Rapaces forestiers : quinze ans d’alliance au service de la biodiversité

Depuis près de quinze ans, l’ONF et le Groupe pour la préservation de la faune sud-alpine (GPFSA) unissent leurs expertises pour protéger les rapaces tout en assurant la gestion durable des forêts. Une coopération exemplaire renforcée début juin lors d’une journée de formation dédiée aux agents forestiers.

Apprendre à observer pour mieux protéger

Réunis à Digne-les-Bains, une vingtaine d’agents de l’ONF ont suivi une formation dédiée à la prise en compte des rapaces dans les activités forestières, animée par Didier Freychet et Cédric Arnaud du Groupe pour la préservation de la faune sud-alpine (GPFSA).

Au programme : présentation des principales espèces présentes dans les Alpes du Sud, reconnaissance des indices de présence, périodes sensibles de nidification, réglementation et retours d’expérience issus du terrain. Aux côtés des intervenants du GPFSA, Justine Kordylas et Dimitri Demange, référents rapaces de l’ONF dans les Alpes-de-Haute-Provence, ont rappelé les procédures internes permettant d’intégrer les enjeux de biodiversité dans la gestion forestière.

Des forestiers de l'ONF assistent à une présentation dans une salle de formation.
Une première partie en salle a permis aux équipes de l'ONF d'approfondir leurs connaissances sur les rapaces forestiers avant les observations de terrain. - ©Céline Bernard / ONF

Un partenariat novateur

Cette journée s’inscrit dans une collaboration développée depuis plus de quinze ans entre forestiers et naturalistes dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Le GPFSA assure le suivi de nombreuses espèces de rapaces et centralise les données d’observation recueillies sur le territoire. Lorsque des travaux forestiers sont programmés à proximité de secteurs sensibles, les gestionnaires forestiers peuvent solliciter l’association afin d'obtenir une expertise et des préconisations adaptées.

Les échanges permettent ensuite d’ajuster certaines interventions : modification des calendriers de travaux, définition de zones de quiétude, maintien d’écrans végétaux ou encore mise en place de clauses environnementales spécifiques dans les chantiers. Ce partage d’informations régulier entre naturalistes et forestiers, permet une prise en compte toujours plus précoce des enjeux liés à la biodiversité.

On peut voir, sur cette photo, les deux intervenants du GPFSA de dos observant les rapaces avec des jumelles.
Les deux intervenants du GPFSA observant les rapaces. - ©Céline Bernard / ONF

Les Alpes-de-Haute-Provence, un territoire majeur pour le circaète Jean-le-Blanc

Les Alpes-de-Haute-Provence accueillent environ 250 couples nicheurs de circaètes Jean-le-Blanc, soit près de 10 % de la population française de cette espèce protégée, emblématique des milieux méditerranéens.

Le circaète est une espèce fragile du fait de sa reproduction: chaque couple ne pond qu’un seul œuf par an et les jeunes restent sensibles au dérangement pendant plusieurs mois.

L’identification des nids constitue donc un enjeu majeur. Elle nécessite souvent plusieurs années de prospection et repose sur un important travail d’observation réalisé par les naturalistes, mais également par les forestiers présents quotidiennement sur le terrain.

Quatre agents de l'ONF et deux intervenants du GPFSA observent les rapaces à l'aide de jumelles portables et fixes.
Quatre agents de l'ONF et deux intervenants du GPFSA observent les rapaces à l'aide de jumelles. - ©Céline Bernard / ONF

Notre mission est d’accompagner les agents dans la prise en compte des rapaces lors des interventions en forêt, en faisant le relais avec les experts naturalistes et en participant à la sensibilisation des équipes.

Justine Kordylas, technicienne forestière à l’ONF sur le secteur de Barcelonnette et référente rapace

Des décisions qui modifient concrètement les chantiers forestiers

La prise en compte des rapaces influence directement certaines interventions en forêt.

Lorsqu’un nid actif est identifié, différentes mesures peuvent être mises en œuvre : report de travaux, limitation des accès, préservation de zones de tranquillité ou maintien d’un couvert végétal protecteur autour du site de nidification.

Dans les forêts publiques des Alpes-de-Haute-Provence, plusieurs chantiers sont ainsi adaptés ou décalés chaque année afin de limiter les risques de dérangement des espèces sensibles.

Certaines situations nécessitent également des ajustements rapides. Lors de la préparation d’une coupe forestière, la présence suspectée d’un couple de rapaces sur un secteur concerné par une manifestation sportive a conduit les différents acteurs à revoir les modalités d’intervention afin de préserver la tranquillité du site.

Six agents de l'ONF observent, à l'oeil nu, les rapaces volants au dessus d'eux.

L'observation à également pu être réalisée à l'œil nu, les rapaces ayant été particulièrement actifs le jour de la formation. Cela a permis aux forestiers de mettre en pratique et d'illustrer les enseignements théoriques abordés en première partie de la formation.

Les agents de l'ONF observent les rapaces volants au dessus d'eux. - ©Céline Bernard / ONF

Notre rôle est de faire le relais entre les agents de terrain et les spécialistes du GPFSA. Grâce aux données collectées et partagées depuis près de vingt ans, nous pouvons adapter la gestion forestière, décaler certaines interventions lorsque cela est nécessaire et mieux prendre en compte les espèces les plus sensibles.

Dimitri Demange, technicien forestier à l’ONF et référent rapace

Une formation entre théorie et terrain

Au cours de la formation, les participants se sont rendus sur un site forestier à proximité de Digne-les-Bains afin de poursuivre les échanges sur le terrain.

Munis de jumelles et de longues-vues, ils ont pu observer plusieurs espèces de rapaces, notamment un circaète, une buse et un faucon crécerelle, illustrant concrètement les enjeux abordés durant la formation. Au-delà de l’acquisition de connaissances techniques, cette journée a permis de renforcer les liens entre forestiers et naturalistes autour d’un objectif commun : préserver la biodiversité tout en assurant une gestion durable des forêts.

Les participants et encadrants de la formation observant les rapaces grâce aux jumelles et à l'œil nu.
Les participants et encadrants de la formation observant les rapaces. - ©Céline Bernard / ONF

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