Un ancien bâtiment restauré pour accueillir la biodiversité

Au cœur de la forêt domaniale de Fontainebleau, un patrimoine naturel exceptionnel s’étendant sur près de 20 000 hectares, un ancien bâtiment militaire connaît aujourd’hui une seconde vie. La poudrière, désaffectée depuis plusieurs décennies, vient d’être restaurée pour devenir un refuge précieux pour les chauves-souris et plusieurs espèces d’oiseaux en déclin.

Un hotspot de biodiversité à préserver

Classée Natura 2000 et reconnue comme Réserve de biosphère par l’UNESCO, la forêt de Fontainebleau est l’un des espaces naturels les plus riches d’Île-de-France. Elle abrite une grande diversité de milieux – futaies, landes, mares, chaos rocheux – qui offrent des habitats variés à une faune et une flore remarquable.

Cette mosaïque de paysages explique la présence d’espèces sensibles ou menacées, notamment chez les chauves-souris. En France, tous les chiroptères sont en déclin, victimes de la destruction de leurs habitats, de la pollution lumineuse ou encore du dérangement. Fontainebleau joue un rôle essentiel dans leur conservation : 18 des 36 espèces françaises y ont été recensées.

L’ONF maintien des arbres à cavités, indispensables pour ces mammifères nocturnes mais aussi pour de nombreuses autres espèces : oiseaux, autres petits mammifères, insectes, mousses et lichens. Toutefois, pour passer l’hiver, les chauves-souris ont besoin de gîtes très spécifiques : obscurité, humidité stable, tranquillité.

La poudrière : un refuge idéal

Situé en lisière de réserve biologique dirigée, le bâtiment de la poudrière offrait déjà des conditions favorables à l’hivernage des chauves-souris. Des inventaires récents menés par le réseau mammifères de l’ONF ont confirmé la présence d’espèces patrimoniales comme le grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), la barbastelle d’Europe (Barbastella barbastellus) ou l’oreillard roux (Plecotus auritus).

Pour protéger durablement ce site sensible, un projet de restauration a été lancé grâce au mécénat de HSBC. L’objectif : sanctuariser le lieu tout en améliorant son attractivité pour la faune.

Entrée du bâtiment avant la restauration, ne garantissant pas un accès limité

Des travaux légers mais essentiels

Pour préserver durablement ce refuge, une série d’interventions ciblées a été menée.

La première étape a consisté à sécuriser le site en restaurant le mur d’enceinte et en installant des grilles métalliques aux niveau des ouvertures. Ces aménagements empêchent désormais l’accès du public à l’intérieur du bâtiment, garantissant ainsi la tranquillité indispensable aux espèces sensibles.

Parallèlement, des nichoirs pour oiseaux et des gîtes spécialement conçus pour les chauves-souris ont été installés. Ces équipements complètent les cavités naturelles déjà présentes dans la forêt et offrent de nouveaux espaces de repos ou de reproduction pour la faune.

La toiture du bâtiment a également fait l’objet d’une attention particulière : la restauration des tuiles permet de stabiliser les conditions intérieures, un élément crucial pour les espèces qui y trouvent refuge, notamment en hiver.

Enfin, un panneau pédagogique a été implanté le long de la route forestière voisine. Accessible à tous les visiteurs, il explique le rôle écologique des chauves-souris, leur fragilité et l’importance de respecter ces lieux protégés. Cet outil de sensibilisation permet de toucher un large public, bien au-delà des seuls curieux s’approchant du bâtiment.

Après les travaux

Un projet qui pourrait se poursuivre

Cette première phase de restauration marque une étape importante pour la préservation de la faune forestière. Une seconde tranche de travaux est d’ores et déjà envisagée : elle permettrait d’ajouter des chiroptières, ces ouvertures spécialement conçues pour faciliter l’accès des chauves-souris par la toiture, et de restaurer la partie du toit qui n’a pas pu être rénovée jusqu’ici.

Pour mener à bien cette suite logique du projet, un nouveau mécénat sera nécessaire. Cette mobilisation future offrirait l’opportunité de renforcer encore l’accueil des espèces menacées et de consolider un site devenu essentiel pour la biodiversité de la forêt de Fontainebleau.

En 2024, à la suite d’un bilan présenté par les membres du réseau mammifères concernant les chiroptères présents sur le massif j’ai appris qu’il y avait un enjeu de préservation de l’ancienne poudrière. Des financements ont alors été recherchés pour mener le projet à terme. C’est donc grâce au mécénat que les travaux ont pu avoir lieu. Tout n’a pas pu être réalisé mais c’est déjà une première étape qui permettra nous l’espérons un renforcement des populations d’oiseaux et de chauve-souris dans ce secteur

Jean-François Baron, forestier à l'ONF

installation des chauves-souris qui profiteront du nouveau refuge

Une colonie de chauves-souris sauvées et relâchées à Fontainebleau

Début janvier 2026, le réseau SOS Chauves-souris Île-de-France, animé par l’association Azimut 230, contacte l’ONF en urgence : une colonie de 75 pipistrelles communes a été découverte en pleine hibernation dans le coffre d’un volet roulant chez un particulier. Brutalement réveillées en plein hiver, ces chauves-souris risquaient un affaiblissement rapide et leur survie était compromise.

Grâce à une chaîne de bénévoles et l’ANVL (Association des Naturalistes de la Vallée du Loing et du massif de Fontainebleau), les animaux sont transférés au centre de soins Faune Alfort, où les équipes se mobilisent pour les nourrir et les stabiliser. Une fois suffisamment en forme, un lieu de relâcher adapté est identifié : la poudrière de Fontainebleau.

Au 16 janvier, 57 chauves-souris ont pu être installées dans les gîtes artificiels du site. Les dernières poursuivent leur convalescence avant de retrouver la liberté.

Cette opération exemplaire montre l’efficacité d’un réseau structuré et l’importance de disposer de sites restaurés et sécurisés pour accueillir une faune aussi fragile.