Grand Tétras : comment l’ONF agit pour préserver cette espèce menacée
Le Grand Tétras, un oiseau qui dépend étroitement de la forêt
Héritier des périodes glaciaires, le Grand Tétras est une espèce particulièrement adaptée aux climats froids. Sa répartition s'étend dans les forêts boréo-alpines, de la Sibérie aux massifs montagneux d'Europe occidentale. En France, le Grand Tétras (Tetrao urogallus), surnommé « coq de bruyère », est un oiseau emblématique des forêts d'altitude. Espèce sédentaire vivant principalement au sol, il s'y nourrit, s'y reproduit et y élève ses jeunes. Son mode de vie est étroitement lié à la structure de la forêt et aux ressources qu’elle lui procure au fil des saisons.
Au printemps, le Grand Tétras retrouve une alimentation variée composée de jeunes pousses herbacées, de bourgeons de feuillus, notamment de hêtres, d'arbustes tels que les myrtilliers et les sorbiers, mais aussi de chatons de saules et de bouleaux. Cette période est cruciale pour l'espèce. Sur les places de chant, les mâles entament leurs parades nuptiales tandis que les femelles sélectionnent les secteurs les plus favorables pour pondre, couver leurs œufs puis élever leurs jeunes.
À la belle saison, l’alimentation devient plus diversifiée. Les poussins se nourrissent d’insectes puis adoptent progressivement le régime alimentaire des adultes. Fruits, végétaux et fleurs leur permettent d’accumuler les réserves nécessaires pour affronter l’hiver. Durant cette période, les aiguilles de résineux constituent presque exclusivement leur alimentation.
Cette dépendance aux ressources forestières explique pourquoi la gestion des habitats est au cœur de la conservation de l’espèce. Le Grand Tétras a besoin d’une forêt diversifiée offrant une mosaïque de milieux, alternant des espaces ouverts où peuvent se développer les myrtilliers et autres végétations basses dont il dépend, et des secteurs forestiers plus denses comprenant des résineux qui lui servent à la fois de refuge et de ressource alimentaire en hiver.
L’oiseau a également besoin d’une autre ressource devenue de plus en plus précieuse dans les massifs de montagne : la tranquillité.
Grand Tétras : pourquoi l’espèce est-elle menacée ?
En France, le Grand Tétras a disparu des Alpes depuis les années 2000. Dans les Cévennes, quelques individus issus d’une réintroduction menée de 1978 à 2004 se sont maintenus jusqu’en 2020 environ, avant de disparaître également. Les populations encore présentes dans les Pyrénées, les Vosges et le Jura sont fortement fragilisées et menacées d’extinction. Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer ce déclin.
Le dérangement, particulièrement problématique en hiver
Espèce farouche et discrète, le Grand Tétras est un oiseau particulièrement sensible au dérangement, quelle que soit la saison. Cette fragilité est encore plus importante en hiver, lorsque les ressources alimentaires sont rares et que l’oiseau doit économiser son énergie
Dans les massifs montagneux, le développement des activités touristiques et de loisirs a profondément modifié la fréquentation des forêts. Ski, raquettes, randonnée, présence de chiens ou autres activités peuvent conduire les oiseaux à fuir. Or, une fuite représente une dépense énergétique importante à une période où l’animal dispose de ressources très limitées et doit faire face à des conditions climatiques rudes en altitude.
« En 50 ans, l’occupation et l’utilisation de la montagne ont beaucoup changé. Face à ces évolutions, l'ONF accompagne la cohabitation entre les activités de pleine nature et la préservation du Grand Tétras, notamment grâce à des actions de sensibilisation et au maintien de zones de quiétude », rappelle Quentin Berenguer, forestier à l’ONF dans les Pyrénées.
Le changement climatique modifie les conditions de vie de l’espèce
Le Grand Tétras aime les conditions froides et enneigées. Or, l’accélération inédite du réchauffement climatique a bouleversé les conditions auxquelles il est confronté dans les massifs français.
« On observe aujourd’hui des décalages entre les feuillaisons plus précoces et l’accessibilité aux insectes pour les poussins pendant les trois premières semaines de leur vie », explique le forestier. S’ils ne peuvent s’alimenter correctement, le taux de survie des nichées est nécessairement plus bas. »
Les printemps pluvieux qui ont tendance à s’intensifier avec les réchauffements climatiques en montagne entraînent également des conditions défavorables pour les nichées qui pâtissent d’une météo froide et humide : les jeunes poussins ont alors un taux de survie moindre.
En altitude, la diminution de l’enneigement constitue aussi une évolution préoccupante pour une espèce dont le comportement hivernal est adapté à la présence de neige.
En savoir plus sur l'impact du changement climatique sur les forêts
Consulter le dossier Changement climatique
Un habitat forestier fragile
Le changement climatique et le dérangement ne sont pas les seuls défis auxquels le Grand Tétras est confronté. La qualité et la structure de l’habitat jouent également un rôle déterminant. Celles-ci peuvent-être dégradées par une trop forte pression des ongulés, qui consomment la végétation au sol nécessaire à l'espèce. Pour accomplir l'ensemble de son cycle de vie, le Grand Tétras a besoin de ressources alimentaires variées, notamment de myrtilles et de résineux, mais aussi de secteurs propices à la reproduction avec des arbres servant de perchoirs, et d'un sous-bois suffisamment structuré pour lui offrir à la fois abri et liberté de mouvement. C’est précisément sur cet équilibre forestier que les personnels de l'ONF et leurs partenaires agissent, en adaptant les pratiques de gestion et en préservant les habitats dont dépend l’espèce.
Comment l’ONF protège-t-il le Grand Tétras ?
L’ONF agit en adaptant la gestion forestière aux besoins de l’oiseau, en restaurant les habitats favorables, en maintenant des zones de quiétude durant les périodes les plus sensibles pour l’espèce et en participant au suivi des populations. Dans les Pyrénées comme dans le Jura et les Vosges, ces actions sont menées avec de nombreux partenaires de la conservation de la nature (voir ci-dessous).
Sur le terrain, cette mobilisation prend des formes très concrètes.
Restaurer les habitats forestiers
Pour améliorer l'habitat du Grand Tétras, les forestiers interviennent ponctuellement en retirant certains arbres ou en limitant localement la régénération du hêtre. L'objectif est de laisser davantage de lumière parvenir jusqu'au sol afin de favoriser le développement des myrtilliers et d'autres végétaux indispensables à l'espèce. Ces interventions permettent aussi de maintenir des espaces propices aux déplacements de l'oiseau et de faciliter son envol. Pour produire tous leurs effets, elles s'accompagnent d'un travail mené avec les chasseurs en faveur d'un meilleur équilibre forêt-ongulés. Une pression trop forte des ongulés sur la végétation peut en effet compromettre la qualité de l'habitat recherché.
Maintenir les ressources alimentaires
Dans les Pyrénées, l’ONF mène également des chantiers de plantation de pins sylvestres et de pins à crochets. Ces résineux jouent un rôle important pour le Grand Tétras. Leurs aiguilles constituent notamment une ressource alimentaire en hiver et leurs houppiers (NDLR : la cime de l’arbre) peuvent offrir des possibilités de refuge.
Ces plantations sont réalisées avec des partenaires locaux, notamment dans le cadre de chantiers citoyens associant les forestiers et des élèves de lycées agricoles. « Au-delà de la plantation elle-même, ces opérations constituent aussi des moments de sensibilisation. Les étudiants découvrent concrètement les enjeux liés à la conservation d’une espèce et la manière dont la gestion forestière peut contribuer à préserver sa biodiversité », précise Quentin Berenguer.
Préserver la quiétude de l’espèce
Au sein des forêts publiques, l’ONF met en œuvre des mesures destinées à préserver la quiétude du Grand Tétras aux périodes les plus sensibles de son cycle de vie. Dans les secteurs où l’espèce est présente, les travaux forestiers et les coupes de bois sont ainsi concentrés à la fin de l’été et à l’automne. Le reste de l’année, des périmètres de tranquillité sont maintenus afin de limiter les perturbations et de garantir à l’oiseau les conditions nécessaires à son alimentation, sa reproduction et son hivernage. Ces règles s’appliquent également aux usages récréatifs : dans les zones d’hivernage, la pratique du ski et les autres activités susceptibles de générer du dérangement sont limitées, voire exclues.
Des exemples d’actions dans les forêts publiques :
Dans les Pyrénées, les forestiers restaurent l’habitat du Grand Tétras
En quinze ans, les effectifs de Grand Tétras ont chuté de 37,5 %, selon les données du programme de suivi coordonné par l’Observatoire des galliformes de montagne. Alors que plusieurs milliers d’individus peuplaient encore le massif au début des années 2000, la population ne compterait plus que 1 315 coqs chanteurs en 2025. « Nous savions que l’espèce se portait mal dans les Vosges et le Jura et aujourd’hui, nous sommes très inquiets de voir à quel point cela s’aggrave aussi dans les massifs pyrénéens », témoigne Quentin Berenguer.
Face à cette situation, l’ONF travaille avec de nombreux partenaires experts : Office français de la biodiversité, fédérations de chasse, Parc national des Pyrénées, Groupe Tétras 64 et acteurs locaux.
Plusieurs fois par an, ces acteurs confrontent leurs observations et leurs connaissances afin d’identifier les mesures les plus pertinentes pour améliorer les conditions de vie du Grand Tétras. « Ces espaces de discussion et de coopération autour de la biodiversité sont une formidable opportunité de participer à aider le Grand Tétras à se maintenir », poursuit le forestier.
« Sportif », le grand tétras qui s’était égaré au pied des pistes
Décembre 2025. Station de La Pierre-Saint-Martin, dans les Pyrénées-Atlantiques. Un Grand Tétras s’approche des installations de la station de ski et manque même d’entrer dans un magasin de matériel. Rapidement surnommé « Sportif », l’oiseau attire l’attention. Derrière cette scène insolite, les forestiers voient surtout le signe d’une situation préoccupante : un Grand Tétras qui se rapproche autant des infrastructures humaines se trouve dans une situation inhabituelle et potentiellement dangereuse pour sa survie.
L’ONF est chargé de sa capture avec pour objectif de le déplacer en lieu sûr. Mais avant d’intervenir, les forestiers concertent les différents acteurs impliqués dans la protection de l’espèce. Parc national des Pyrénées, Groupe Tétras 64 et associations échangent sur la méthode à employer, le transport de l’oiseau et le choix du site où le relâcher. « Nous avons réfléchi à la façon la moins perturbante d’attraper l’oiseau, de le transporter et enfin à l’endroit idéal où le relâcher », raconte Quentin Berenguer. L’opération est finalement menée à bien. L’histoire de « Sportif » illustre une réalité du travail de conservation : la protection du Grand Tétras repose autant sur les interventions de terrain que sur la capacité des acteurs à coordonner leurs expertises.
Dans les Vosges, l’ONF agit depuis plus de 40 ans pour protéger le Grand Tétras
Dans le massif vosgien, la situation est critique. La sous-espèce présente dans les Vosges et le Jura, Tetrao urogallus major, est aujourd'hui au bord de l'extinction. Les suivis réalisés par les naturalistes du Groupe Tétras Vosges, du Conservatoire des espaces naturels, du Parc naturel régional et des forestiers de l'ONF permettent de surveiller les derniers individus. Dans les réserves naturelles du Tanet-Gazon du Faing et du Grand Ventron, les observateurs recherchent les indices de présence : coqs chanteurs, plumes, crottes ou encore images issues de pièges photographiques. Mais les dernières observations dressent un constat particulièrement préoccupant.
Cette situation n'est pourtant pas due à une absence d'actions de conservation. Bien au contraire : depuis plus de quarante ans, l'ONF et ses partenaires, à commencer par l’association Groupe Tétras Vosges portée historiquement par Michel Munier, adaptent la gestion forestière pour préserver l'habitat du Grand Tétras et enrayer son déclin.
Une prise en compte progressive dans la gestion forestière
Dans les années 1970, des naturalistes se mobilisent pour préserver les habitats du Grand Tétras. Dès 1981, l’ONF adopte les premières mesures locales de prise en compte de l’espèce dans la gestion forestière.
Dix ans plus tard, en 1991, une directive ONF vient renforcer cette politique à l’échelle du massif vosgien. La protection du Grand Tétras est désormais pleinement intégrée à la gestion des forêts. Cette période voit également la création de réserves naturelles nationales et de réserves biologiques destinées notamment à protéger les habitats de l’espèce. L’objectif est clair : offrir au Grand Tétras des espaces dans lesquels il peut vivre avec un minimum de dérangement.
Des forêts gérées pour favoriser la myrtille
En 2012, une nouvelle étape est franchie avec la publication du guide de sylviculture « Des forêts pour le Grand Tétras », réalisé par plusieurs acteurs de la gestion forestière et de la conservation de l’espèce (dont le CNPF et l’association Groupe Tétras Vosges). L’objectif est de mieux connaître les besoins du Grand Tétras pour mieux adapter les interventions sylvicoles.
Depuis 2013, des travaux sont ainsi menés chaque année dans le massif vosgien pour restaurer certains habitats. Les forestiers interviennent notamment autour des zones de myrtilles. En réalisant des coupes d’arbres ciblées, ils apportent davantage de lumière au sol et créent des conditions favorables au développement de cette ressource alimentaire. « Ces dix dernières années, grâce à l’aide des ouvriers sylvicoles, nous avons pu restaurer l’équivalent de 500 hectares d’habitat du Grand Tétras sur l’ensemble du massif vosgien », explique Juliette Antonot, chargée d’environnement à l’Agence Vosges Montagne. Ces travaux sont notamment soutenus par la DREAL, l’Union européenne et la Région Grand Est.
Observer pour mieux protéger
Une partie essentielle du travail des forestiers est invisible pour le grand public : le suivi de l’espèce. Dans le Jura comme dans les Pyrénées, l’ONF participe à différents dispositifs d’observation et de connaissance, notamment dans le cadre de la mission d’intérêt général biodiversité et paysage confiée à l’ONF par le ministère en charge de l’écologie.
Les forestiers et leurs partenaires recensent les mâles chanteurs au printemps, suivent les nichées l’été et les indices de reproduction, observent les secteurs fréquentés par l’espèce et utilisent différents outils de suivi tout au long de l’année.
Pièges photographiques, balises GPS, analyses de données, utilisation du LiDAR et cartographies des habitats naturels permettent progressivement de mieux comprendre la manière dont le Grand Tétras utilise les peuplements forestiers. Le réseau Avifaune de l’ONF contribue également à cette connaissance, notamment à travers sa participation à l’Observatoire des galliformes de montagne et aux travaux liés au renouvellement du Plan national d’action en faveur du Grand Tétras. Un travail de modélisation l’habitat a notamment été mené par Quentin Giry à l’ONF pour cartographier précisément l’habitat potentiel de l’espèce, et son évolution dans le temps. Un outil indispensable aux gestionnaires forestiers et aux acteurs du PNA. « Connaître les secteurs fréquentés par l’espèce, comprendre ses besoins et mesurer l’évolution des populations sont autant de données qui permettent aux forestiers d’adapter leurs interventions », rappelle Sylvain Ducruet, spécialiste des oiseaux forestiers et animateur du réseau national Avifaune de l’ONF.
Protéger le Grand Tétras : un travail collectif
Aucune action de conservation ne peut être menée isolément. Dans les Pyrénées, les forestiers travaillent avec l’Office français de la biodiversité, le Parc national des Pyrénées, les fédérations de chasse et les acteurs locaux. « L’ONF contribue également activement à un programme de conservation génétique de la sous-espèce aquitanicus dans le cadre d’un partenariat franco-espagnol », poursuit Sylvain Ducruet.
Dans les Vosges, l’ONF agit notamment avec les associations naturalistes, les services de l’État, la Région Grand Est et les acteurs engagés dans le programme de renforcement. Les lycées agricoles participent eux aussi à certains chantiers.
Sur le massif jurassien, c’est avec le Groupe Tétras Jura et la Réserve naturelle nationale de la Haute-Chaîne du Jura que les forestiers unissent leurs efforts pour mieux prendre en compte cette espèce dans la gestion forestière.
Cette coopération permet de croiser plusieurs expertises : connaissance de l’oiseau, cartographie du territoire, gestion forestière, suivi scientifique, sensibilisation du public, surveillance des espaces et restauration des habitats. Avec, in fine, l’enjeu de pouvoir adapter les réponses à chaque massif.
Quel avenir pour le Grand Tétras en France ?
Le renouvellement du Plan national d’action en 2026 intervient dans un contexte d’extrême vulnérabilité de l’espèce. Dans les massifs où le grand tétras subsiste encore, l’enjeu est double : préserver les populations existantes et restaurer les conditions nécessaires à leur maintien à long terme.
Pour les forestiers, cela implique de poursuivre les suivis, d’adapter les pratiques sylvicoles, de restaurer les habitats dégradés et de préserver les zones de quiétude. Cela implique aussi de mieux prendre en compte les évolutions liées au changement climatique. Dans les Pyrénées comme dans les Vosges et le Jura, les actions menées sur le terrain poursuivent le même objectif : faire en sorte que la forêt reste un habitat dans lequel le Grand Tétras puisse encore vivre, se nourrir et se reproduire. Au-delà de cet oiseau emblématique, ces actions profitent à une grande part de la biodiversité forestière et montagnarde. Préserver le Grand Tétras, c’est aussi préserver les équilibres et les habitats de nombreuses autres espèces.
Inscription sur la liste des oiseaux protégés en France
Selon un arrêté publié mardi 8 septembre 2026 au Journal officiel, le Grand Tétras a été classé sous le statut d'espèces protégées en France, les rendant non chassables et protégeant également leurs nids et leurs habitats.
Il fait désormais partie des plus de 250 oiseaux inscrits sur la liste des oiseaux protégés en France. Aucune nouvelle espèce n'avait été ajoutée depuis l'arrêté du 29 octobre 2009.
FAQ : tout comprendre sur cet oiseau menacé en France
Où vit le Grand Tétras en France ? Pourquoi cette espèce protégée est-elle menacée ? Découvrez son habitat, son alimentation, les risques qui pèsent sur lui et les actions menées par l'ONF pour le préserver.