GLORIA : quand la science se met au service des montagnes et du climat
Les hautes montagnes figurent parmi les milieux naturels les plus spectaculaires, mais aussi les plus vulnérables de notre planète. Ces écosystèmes abritent une flore riche, endémique et hautement spécialisée, capable de survivre à des conditions extrêmes. Or, cette biodiversité unique est aujourd’hui gravement menacée par le réchauffement climatique, qui modifie rapidement les équilibres écologiques en altitude.
Pour répondre à cette urgence, le projet GLORIA (Global Observation Research Initiative in Alpine Environments) a mis en place un réseau mondial de surveillance de la biodiversité alpine, auquel l’ONF participe.
Un réseau scientifique mondial
Né en Europe en 1995 avec 18 sites pilotes, le projet GLORIA s’est étendu à l’échelle internationale : Suisse, Pérou, Nouvelle-Zélande, Australie, États-Unis, et bien d’autres régions montagneuses.
Le projet est coordonné par le Centre pour le changement planétaire et le développement durable (Université des ressources naturelles et des sciences de la vie de Vienne) avec l’appui de l’Académie autrichienne des sciences.
Son ambition : observer à long terme les effets du changement climatique sur les écosystèmes alpins, en suivant des indicateurs précis dans des sites de haute montagne.
Les objectifs de GLORIA
- Suivre les changements de biodiversité (richesse, composition, recouvrement) en fonction de l’altitude, du climat et de l’exposition,
- Détecter les signes précoces de déplacement des espèces végétales, qui migrent vers le haut sous l’effet de la hausse des températures,
- Anticiper les risques de perte de biodiversité et les modifications de fonctionnement des écosystèmes alpins,
- Créer une base de données mondiale standardisée, accessible à la recherche scientifique et aux politiques de conservation.
Pourquoi la haute montagne ?
Les écosystèmes alpins présentent des caractéristiques qui en font des indicateurs précieux du changement climatique :
- Ils sont présents à toutes les latitudes (de l’Arctique aux tropiques),
- Ils présentent des gradients écologiques nets et mesurables (température, altitude, enneigement),
- Ils hébergent de nombreuses espèces endémiques, sensibles aux moindres variations climatiques,
- Ils sont peu anthropisés, ce qui permet de mieux isoler les effets du climat par rapport à d'autres pressions.
Une méthode simple, reproductible et efficace
Sur chaque sommet observé, les équipes mettent en place :
- Des parcelles d’observation standardisées, réparties selon les quatre versants et différents niveaux altitudinaux,
- Des relevés de végétation sur des quadrats de 1 m² : composition floristique, abondance, recouvrement, sol, roche, lichen, etc,
- Des capteurs de température enterrés pour suivre l’évolution climatique locale,
- Une documentation photographique et cartographique systématique.
Ce protocole est conçu pour être répété à intervalles réguliers, tous les 7 ans, permettant d’observer les évolutions lentes mais significatives des communautés végétales.
GLORIA dans les Pyrénées
C’est en 2018 que le Conservatoire botanique national des Pyrénées (CBNP) décide d‘installer deux sites GLORIA dans les Pyrénées françaises, dont un en Pyrénées Orientales, sur le territoire de la réserve naturelle d’Eyne.
Situé dans la réserve naturelle de la vallée d'Eyne (Pyrénées-Orientales), le projet a été réalisé à plus de 2 500 mètres d'altitude, pour cinq jours de suivi intensif de la biodiversité alpine.
Cette mission, qui débute la semaine du 14 juillet 2025, constitue une nouvelle étape essentielle dans la compréhension des impacts du changement climatique sur ces écosystèmes fragiles et uniques.
Sur le terrain, c’est donc l’équipe de la réserve naturelle d’Eyne qui organise et suit le site. Dès la mise en place du protocole, la réserve a fait appel aux botanistes locaux : 1 botaniste bénévole, 3 botanistes du Conservatoire Botanique Méditerranée, et 1 botaniste de l’ONF.
Une convention spécifique avec l’ONF encadre la participation des équipes de terrain à ces relevés scientifiques.
En 2018, Nicolas Point, technicien forestier territorial (TFT) à l’Unité Territoriale de Cerdagne-Capcir, avait participé à la première campagne de relevés.
En 2025, il a été de nouveau sollicité pour reprendre les mesures au même endroit, au millimètre près, garantissant ainsi la rigueur scientifique du protocole.
La réserve naturelle d’Eyne, reconnue pour son engagement en faveur de la biodiversité alpine, est également un acteur clé du projet. Sa connaissance fine du territoire et son implication dans les suivis renforcent la qualité des données collectées et assurent la continuité des observations sur le long terme.
©Lily DUNYACH
©Maria MARTIN
©Julianne BURKHART
©Lily DUNYACH
©Lily DUNYACH
©Lily DUNYACH
©Maria MARTIN
Des résultats déjà préoccupants
Dans les sites des Pyrénées, seules deux campagnes de relevés ont été effectuées (2018 et 2025). Les données n’ont pas encore été analysées (analyse prévue fin 2025) ; on ne peut pour l’instant pas dire si des changements ont eu lieu pendant cet intervalle de 7 ans.
Mais dans les sites où ces relevés s’effectuent depuis plus longtemps, les résultats montrent clairement que :
- Des espèces végétales des étages inférieurs montent en altitude, augmentant temporairement la diversité observée sur les sommets,
- Ces nouvelles venues exercent une concurrence directe sur les espèces endémiques, souvent lentes à se développer.
À terme, ces dynamiques pourraient conduire à une « dette d’extinction », c’est-à-dire une disparition progressive d’espèces alpines, qui survivent encore aujourd’hui mais dont l’habitat devient progressivement inadapté.