L’éco-pâturage, pratique ancestrale en forêt de Fontainebleau

Dans une démarche de gestion écologique, l’ONF fait appel à des moutons afin de maîtriser la végétation et de préserver les landes et pelouses de la forêt de Fontainebleau.

L’éco-pâturage, une vieille méthode au goût du jour

L’éco-pâturage consiste à faire pâturer des animaux dans des milieux ouverts pour les entretenir sans machines ni produits chimiques. Inspirée des anciens modes d’entretien naturel par les animaux, cette pratique ravit autant les moutons que les promeneurs, tout en participant activement à la préservation de la biodiversité.

Le troupeau de brebis, guidé par leur berger, en transhumance dans la forêt de Fontainebleau. - ©ONF

Et si on faisait un petit saut dans le temps ?

Jusqu’au début du XXe siècle, les troupeaux de moutons, porcs et même vaches pâturaient largement nos forêts permettant de maintenir des milieux ouverts, comme les landes, pelouses ou clairières.
Peu à peu abandonnée, cette pratique renaît depuis plusieurs années, portée par les enjeux actuels de gestion, la politique de zéro produit phytosanitaire en forêt publique, de protection des espèces et de préservation de la biodiversité.

Afin de rejoindre leur lieu de pâturage, les brebis ont bénéficié de l’appui des services départementaux, mobilisés pour sécuriser et bloquer temporairement la route. - ©ONF

Pourquoi l’éco-pâturage a toute sa place en forêt domaniale ?

Au-delà de l’image bucolique qu’il renvoie, l’éco-pâturage en forêt domaniale répond à une stratégie de gestion écologique des milieux ouverts. 
Certaines zones de la forêt, comme les landes ou les pelouses, ont tendance à se refermer naturellement sous l’effet de la dynamique végétale. Cela peut entraîner la disparition progressive de ces milieux spécifiques, riches en biodiversité, mais aussi modifier les paysages.
C’est dans ce contexte que l’éco-pâturage devient un outil précieux pour la gestion forestière. Il intervient en complément d’interventions mécaniques, parfois également nécessaires pour l’entretien de ces milieux fragiles et menacés. Ce mode de gestion, en apportant une action plus continue et directement liée aux processus naturels, favorise une mosaïque d’habitats et renforce la diversité floristique en empêchant certaines espèces dominantes de prendre le dessus. Il participe aussi à la préservation des races rustiques et soutient l’activité des éleveurs locaux.
Dans certaines zones sensibles au feu, le pâturage permet également de réduire les risques d’incendie en limitant la masse végétale sèche. 

Le troupeau continue sa transhumance sur les sentiers de la forêt au lever du soleil - ©ONF

Une action surtout centrée sur les réserves biologiques dirigées

Comme chaque année depuis plus de dix ans, un éleveur et son troupeau de 300 brebis reviennent dans la forêt domaniale. Les brebis sont présentes sur le massif entre avril et mi-septembre environ avec une rotation sur différentes Réserves biologiques dirigés (RBD). Ces réserves sont en effet principalement constituées de milieux ouverts, habitats de nombreuses espèces protégées.
Ces réserves se caractérisent en grande partie par une mosaïque de landes sèches et de pelouses sablo‑calcaires qui abritent une faune et une flore rares et singulières. Bien que reconnus comme des habitats d’intérêt européen, ces paysages non boisés se raréfient, notamment en Île‑de‑France. Sans intervention, la végétation s’y développe et referme peu à peu le paysage, une dynamique naturelle qui n’est pas sans conséquence pour la biodiversité.

L’objectif principal est donc de maintenir un milieu capable d’accueillir certaines espèces fragiles. Parmi elles, l’Alouette lulu, un oiseau protégé nichant au sol, se déplaçant à terre en courant, raison pour laquelle elle apprécie particulièrement les pelouses. Historiquement présente sur le massif de Fontainebleau, une étude locale montre une diminution inquiétante de ses effectifs liée à la disparition de son habitat : on ne dénombre plus que 23 à 30 couples sur le massif. La préservation des milieux ouverts apparaît ainsi indispensable pour conserver cette espèce. 
Ces milieux font d’ailleurs partie des enjeux identifiés dans le site Natura 2000 du massif de Fontainebleau. L’éco-pâturage trouve donc toute sa place, en complément des méthodes traditionnelles. 

Une fois installé, le troupeau va paître pendant un mois dans une zone délimitée - ©ONF