La forêt domaniale de Montmorency classée « forêt de protection »

Par un décret signé le 30 mars dernier par le Premier ministre, une étape décisive a été franchie pour notre territoire : la forêt domaniale de Montmorency bénéficie désormais du statut de "forêt de protection". Une décision majeure, qui inscrit dans la durée la préservation de ce patrimoine naturel remarquable, face à une pression foncière particulièrement soutenue.

L’inauguration de ce classement s’est tenue le vendredi 10 avril 2026 au Château de la chasse en présence de Madame Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, engagée de longue date pour la protection de ce poumon vert départemental, de Monsieur le préfet du Val‑d’Oise, ainsi que de nombreux maires, élus locaux et parlementaires.

À cette occasion, une plaque a été dévoilée devant le château et un chêne a été planté par les élus présents et des enfants de la commune de Domont.

La forêt la plus fréquentée du Val-d'Oise

Forêt de Montmorency - Château de la chasse - ©Jean-Yves Lacote / ONF

À une vingtaine de kilomètres au nord de Paris, la forêt domaniale de Montmorency s'étend sur 1970 hectares dessinant un vaste massif de châtaigniers aux portes de la métropole. Acquise par l’État dans les années 70, elle constitue aujourd’hui un atout majeur pour le territoire.

Plus grande forêt du Val‑d’Oise, elle est aussi la plus fréquentée avec près de six millions de visiteurs chaque année. Elle déploie un paysage vallonné ponctué d’étangs, de belvédères, de sites historiques et d’arbres remarquables.

Constituée de châtaigniers qui représentent 70% de ses peuplements

Alors que la plupart des forêts d’Île‑de‑France étaient traditionnellement dominées par le chêne, la forêt domaniale de Montmorency fait figure d’exception. Autrefois forêt privée, elle fut largement plantée de châtaigniers, un choix intimement lié à l’histoire économique et viticole du territoire.

Arbre robuste et polyvalent, le châtaignier s’impose alors comme une ressource stratégique. Son bois, apprécié pour sa résistance et sa durabilité, est utilisé pour fabriquer les échalas qui soutiennent les vignes, mais aussi pour le cerclage des tonneaux et le chauffage. Quant à la châtaigne, elle constitue longtemps un aliment du quotidien.

Une forêt aujourd'hui fragilisée

Chataigniers morts suite à la maladie - ©Ysatys Nadji / ONF

Malgré les efforts engagés par l’ONF dès l’acquisition de la forêt par l’Etat pour diversifier les peuplements, la forêt domaniale de Montmorency demeure aujourd’hui encore très majoritairement composée de châtaigniers. Un héritage historique qui, s’il a longtemps fait sa richesse, constitue désormais un facteur de fragilité.

Car une forêt dominée par une seule essence est plus exposée aux aléas climatiques et sanitaires. Le châtaignier n’échappe pas à cette règle. La monoculture accentue la vulnérabilité du massif en limitant sa capacité de résilience face aux pressions extérieures.

Parmi les menaces les plus préoccupantes figure la maladie de l’encre du châtaignier. Présente dans les sols depuis la fin du XIXe siècle, elle provoque une nécrose des racines et entraîne le dépérissement progressif des arbres. En Île‑de‑France, ses effets se font sentir de manière accrue depuis le début des années 2010, fragilisant durablement l’équilibre de la forêt domaniale de Montmorency.

Quelles sont les prochaines étapes pour le massif ?

Plantation en forêt de Montmorency - ©JY Lacote - ONF

Compte tenu de la situation particulière du massif, l’ONF fait le choix d’élaborer un document de gestion durable volontairement plus agile, couvrant une période de dix ans. 

Les orientations du futur aménagement prendront impérativement en compte la situation sanitaire exceptionnelle de la forêt et les dépérissements qu’elle entraîne. Les décideurs locaux seront étroitement associés à ces orientations de gestion future.

Il s’agit d’accompagner la forêt dans une phase de transition, en tenant compte de ses fragilités tout en préparant son renouvellement.
Grâce au statut très protecteur dont elle bénéficie désormais, le périmètre de la forêt domaniale de Montmorency est fixé et durablement assuré. À nous, collectivement, de permettre à cette forêt et aux arbres qui la composent de se développer, de croître et de retrouver une dynamique favorable. Protéger aujourd’hui, c’est offrir à la forêt le temps et l’espace nécessaires pour continuer à vivre demain.

Pierre-Emmanuel SAVATTE, Directeur de l'agence ONF Ile-de-France Ouest