Trame turquoise et vieux bois : un projet structurant pour la biodiversité des forêts publiques
Renforcer la trame de vieux bois dans les forêts liées à l’eau
Maintenir des vieux arbres et du bois mort constitue un levier essentiel pour préserver la biodiversité forestière. Ces éléments forment la trame de vieux bois, aujourd’hui pleinement intégrée à la politique environnementale de l’ONF.
Le projet « Trame turquoise et vieux bois » a ciblé plus spécifiquement les forêts situées à proximité des cours d’eau, des zones humides et des milieux aquatiques, désignées sous le terme de trame turquoise, où les enjeux de continuité écologique sont particulièrement forts.
« Le projet visait à passer d’une logique de démonstration à une logique d’action, en améliorant concrètement la trame de vieux bois dans les forêts en lien avec l’eau », explique Mireille Schaeffer, coordinatrice du projet à l’ONF.
Libre évolution : sécuriser des forêts laissées à maturité
Un axe central du projet a consisté à identifier et pérenniser des surfaces forestières en libre évolution au sein de la trame turquoise. L’objectif n’était pas de retirer de nouvelles parcelles à la gestion forestière, mais de conforter sur le long terme des zones déjà peu ou pas exploitées en leur donnant un statut clair dans les aménagements forestiers.
À l’issue d’un travail cartographique et de concertation avec les équipes de terrain, près de 2 000 hectares ont ainsi été identifiés, dont environ 1 500 hectares boisés et classés en « hors sylviculture en libre évolution » (HSNLE).
Cette démarche a contribué à une meilleure appropriation de la libre évolution par les aménagistes de l’ONF et les collectivités propriétaires.
Arbres-habitats : structurer un réseau suivi dans le temps
Le projet a également renforcé la prise en compte des arbres-habitats, arbres vivants ou morts porteurs de cavités, fissures ou bois mort, indispensables à de nombreuses espèces forestières.
Une base de données régionale a été constituée afin de centraliser leur recensement dans les forêts publiques d’Auvergne-Rhône-Alpes. Elle regroupe aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’arbres-habitats et permet de suivre l’atteinte des objectifs fixés par l’ONF, à savoir trois arbres-habitats par hectare en moyenne.
« Cet outil permet de garder la mémoire des arbres conservés, de suivre nos objectifs et de valoriser le travail réalisé par les équipes sur le terrain », souligne Mireille Schaeffer.
La base est désormais intégrée aux pratiques de gestion et mise à jour régulièrement.
Des outils opérationnels et des formations pour les gestionnaires
Pour accompagner les forestiers dans leurs décisions, le projet a abouti à l’élaboration de deux clés d’aide à la décision :
- l’une pour identifier des surfaces à placer en libre évolution ;
- l’autre pour choisir et conserver les arbres-habitats lors des opérations de martelage.
Déclinés en versions détaillées et synthétiques, ces outils sont conçus pour un usage opérationnel, aussi bien lors de la préparation des aménagements que sur le terrain.
La montée en compétence des acteurs a constitué un autre pilier du projet. Cinq sessions de formation-action ont été organisées en conditions réelles de martelage dans différents départements de la région. Elles ont réuni des agents de l’ONF ainsi que des partenaires locaux impliqués dans la gestion des milieux aquatiques et humides.
Des formations ont également été conduites sur des dispositifs pédagogiques dédiés tels que l’iloscope et le marteloscope de La Motte-Servolex, favorisant le partage d’expériences et le croisement des regards entre forestiers et gestionnaires de l’eau.
Sessions de formation-action en forêt : observation des peuplements, caractérisation des arbres et échanges entre agents.
Un héritage durable pour la gestion forestière
Les actions menées concernent principalement les ripisylves, les forêts humides et les forêts de plaine en bord de cours d’eau. Elles bénéficient notamment à des groupes d’espèces dépendantes à la fois des milieux forestiers et aquatiques, comme les amphibiens ou les chauves-souris pour lesquels la présence de bois mort, de cavités et de peuplements matures est déterminante.
Si le projet s’achève, ses effets s’inscrivent dans la durée. Les outils produits, la base de données des arbres-habitats et l’évolution des pratiques constituent désormais un socle solide pour poursuivre l’intégration de la biodiversité dans la gestion forestière des forêts publiques.
Le principal enjeu pour la suite est de poursuivre la sensibilisation, notamment sur les arbres-habitats, car les objectifs ne sont pas encore atteints partout.