Réserve biologique dirigée de la Forêt de Rambouillet
La réserve biologique dirigée de la Forêt de Rambouillet est composée de 19 sites répartis dans cette grande forêt domaniale (14 000 ha). Elle est issue des RBD historiques créées en 1988, réunies en une seule réserve en même temps que la surface totale en a été doublée et que cette nouvelle entité a été dotée de son premier plan de gestion, processus ayant officiellement abouti en 2021.
Quinze des sites constituant la réserve ont gardé le nom de RBD anciennes dont ils sont issus : ce sont les sites du Bois Boisseau, du Cerisaie, de la Claye, de l'Étang du Roi, de la Fosse Brou, du Grand Étang Neuf, de la Houssine, de la Mare aux Buttes, de la Mare aux Canettes, des Mares de Pecqueuse, des Mares Moussues, du Parc d'en Haut, du Petit Étang Neuf, du Pont Grandval, des Vaux de Cernay. Quatre autres ont été créés en même temps que la RBD agrandie : sites de l'Épars, de la Mare aux Canes, de Porte Baudet, de Toulifaux. La surface de chacun de ces sites est très variable, de moins d'un hectare à presque 400 ha.
La forêt domaniale de Rambouillet est une forêt contrastée, où coexistent des milieux très secs et très humides en relation avec la nature géologique des sols et la position topographique, et dont la diversité tient aussi à celle des activités humaines passées ou présentes. La forêt est exceptionnelle, en particulier pour la diversité de ses milieux humides, complétés par des milieux ouverts comme les pelouses et les landes sèches, sans oublier les milieux forestiers proprement dits.
Les sites composants la RBD sont concernés par 15 ZNIEFF de type 1, la forêt domaniale étant en totalité en ZNIEFF de type 2.
La forêt domaniale et la réserve biologique sont concernées par trois sites Natura 2000 : les deux ZSC "Forêt de Rambouillet" et "Tourbières et prairies tourbeuses de la forêt d'Yveline", et la ZPS "Massif de Rambouillet et zones humides proches" couvrant toute la forêt domaniale. La forêt de Rambouillet fait partie du PNR de la Vallée de Chevreuse. Elle a par ailleurs été classée en forêt de protection pour lui assurer une protection maximale contre toute éventuelle menace de défrichement (urbanisation, création d'infrastructures...).
La grande RBD de la Forêt de Rambouillet va être complétée par une réserve biologique intégrale (RBI) concernant deux sites totalisant 206 ha. En plus de certaines parties boisées de la RBD qui sont placées en libre évolution, la trame de vieux bois de la forêt domaniale est complétée par un réseau d'îlots de sénescence.
Histoire
Les sites de la RBD, comme l’ensemble de la forêt, présentent une histoire riche et variée.
La forêt de Rambouillet est passée depuis le Moyen Age de domaines abbatiaux au domaine royal sous les capétiens, puis à différents domaines seigneuriaux. Au début du XVIIIe siècle, le comte de Toulouse constitue un grand domaine forestier (15 000 ha dont 4 500 ha de "vides" consacrés à l'activité pastorale), qui sera ensuite agrandi puis revendu à Louis XVI en 1782. Devenue bien national à la Révolution, puis domaine impérial, la forêt de Rambouillet devient domaniale en 1870. Aujourd’hui encore, entourée de bois privés, elle s’inscrit dans un vaste massif forestier de plus de 20 000 ha.
L’occupation et les diverses activités humaines ont été très importantes dans cette forêt dès l’antiquité, comme en témoignent de nombreux vestiges archéologiques. Elles ont contribué à structurer les paysages et les écosystèmes, autour des activités d’exploitation des bois, de chasse, d’élevage, créant ainsi une mosaïque de milieux qui se retrouve encore de nos jours et sur l’ensemble des sites de la RBD.
Ainsi, la réserve présente :
- des forêts feuillues anciennes, dont la présence continue est attestée sur les cartes disponibles depuis le XVIIIe siècle ;
- des landes plus ou moins humides, autrefois parcourues par une activité pastorale importante, puis souvent reboisées en pins sylvestres à partir du XIXe siècle ;
- de très nombreux points d’eau, allant de mares à de grands étangs, quasiment tous créés par l’homme, en barrant des cours d’eau ou en creusant pour divers besoins : pêche, abreuvement des bêtes, extraction de matériaux, et même l'alimentation en eau du château de Versailles. La RBD est très concernée : Grand Étang Neuf, Petit Étang Neuf, Étang du Roi, Mare aux Canes, Mares de Pecqueuse, réseaux de mares de la Claye et de l’Epars...
Depuis longtemps, la forêt de Rambouillet a été très concernée par les usages récréatifs, depuis la chasse (Rambouillet était une résidence royale) jusqu'au développement précoce des activités touristiques grâce à de nombreux sites pittoresques, dont certains étangs.
Les enjeux de conservation du patrimonial naturel, connus de longue date des naturalistes et des scientifiques, ont incité l’ONF à créer un premier réseau de 20 réserves biologiques dirigées, officialisé en 1988. Occupant alors une surface totale de 576 ha, sur les secteurs considérés comme les plus remarquables de la forêt, elles avaient été définies selon des critères essentiellement floristiques. Un comité scientifique, composé de personnalités naturalistes et scientifiques locales, a été associé étroitement dès le départ à la gestion et à l’étude des réserves.
L’amélioration des connaissances sur les RBD dans le cadre de leur gestion et des activités du comité scientifique, la prise en compte de nouveaux enjeux notamment faunistiques, ainsi que la survenue de la tempête de 1999 qui a réouvert de grandes surfaces précédemment boisées, ont conduit à proposer une extension du réseau à 1 152 ha désormais répartis sur 19 sites, regroupés sous la dénomination unique de RBD de la Forêt de Rambouillet.
tributaire amont de la Guesle
©Archives départementalesalors utilisé par les lavandières
©Archives départementalesGéologie - Pédologie
Les substrats géologiques de la réserve sont principalement des sables de Fontainebleau (du Stampien moyen), des argiles à meulières (Stampien supérieur) ou des sables argileux (Burdigalien). Ces matériaux pauvres sont très souvent recouverts d'épaisseurs variables de "sables soufflés" ou de "limons des plateaux" d'origine éolienne, eux-mêmes plus ou moins lessivés et acides. On trouve aussi des alluvions dans certains vallons.
Sur la majorité de ces matériaux, les sols de la plupart des sites de la RBD sont acides, souvent lessivés, et souvent aussi hydromorphes quand la topographie est plus ou moins plane. On trouve ainsi des sols bruns acides à mull sur les limons des plateaux, des sols variés à moder, des sols lessivés acides sur les sables soufflés, des podzols sur sables purs et colluvions sableuses. On trouve aussi des sols alluviaux, plus riches, et une exception de sol brun calcaire sur un affleurement très localisé de calcaire sannoisien (Grand Étang Neuf).
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Milieux naturels
La RBD de la Forêt de Rambouillet se caractérise par une très grande diversité d'habitats naturels. Les milieux forestiers sont dominants en surface (57%), formant la matrice dans laquelle sont répartis les landes (17%), les prairies et fruticées (12 %), les étangs et mares (1%), les marais et tourbières (1%).
De nombreux habitats sont d'intérêt communautaire, certains communs, d'autres particulièrement rares et d'autant plus précieux que la surface couverte est faible :
- habitats aquatiques ou amphibies des mares, étangs et fossés : gazon à Littorelle (CB : 22.11 x 22.31 - N2000 : 3110), herbier flottant à characées (22.1 x 22.44 - 3140) ou à potamots (22.13 x 22.4 - 3150) ;
- landes : lande humide atlantique à Bruyère à quatre angles (31.11 - 4010), lande sèche à Callune et bruyère cendrée (31.12 - 4030) ;
- milieux tourbeux (naturellement très réduits en surface) : tourbière haute active (51.1 - 7110) ou dégradée à Molinie (51.2 - 7120), dépression à Rhynchospore (54.6 - 7150), tourbière boisée à Bouleau pubescent (91D0), bas-marais neutro-alcalin (54.2 - 7230) ;
- habitats forestiers : hêtraie atlantique à Houx (41.12 - 9120) ou à Jacinthe des bois (41.13 - 9130), chênaie pédonculée à Molinie (41.51 - 9190), forêt alluviale à Aulne et Frêne (44.3 - 91E0).
D'autres habitats, qui ne relèvent pas de la directive Habitats, sont également remarquables : bas marais à Choin noir (54.2) ou à Laîche noire (54.4), aulnaies et boulaies marécageuses à sphaignes ou Piment royal (44.9).
Site de l'Epars
©Valérie Delage / ONF©Nicolas Drapier / ONF
Site de la Claye
©Valérie Delage / ONF©Nicolas Drapier / ONF
avec Rossolis et Piment royal (arbuste)
©ONF©Nicolas Drapier / ONF
avec végétations aquatiques et amphibies
©ONF©Nicolas Drapier / ONF
Flore et fonge
La réserve présente la particularité, pour la région Ile-de-France, d'offrir des caractéristiques atlantiques marquées, renforcées par la nature acide des sols ; ainsi, certaines espèces trouvent ici leur limite orientale de répartition (Bruyère ciliée, Saule rampant…). Par ailleurs, certains vallons forestiers encaissés présentent des tendances microclimatiques montagnardes, et certaines zones humides à microclimat froid ont même permis à des plantes à affinités boréales de subsister (Canneberge...).
Depuis la création des premières RBD en 1988, plus d'une cinquantaine d'espèces végétales protégées ont été observées, dont une dizaine protégées au niveau national : Littorelle uniflore, Pilulaire à globules, Ophioglosse des Açores, Dryoptéris à crêtes, Lycopode inondé, Grande douve, Rossolis à feuilles rondes, Rossolis à feuilles intermédiaires, Flûteau nageant (également inscrit à l'annexe 2 de la directive Habitats et objet d'un plan national d'actions). 46 autres espèces sont protégées au niveau régional. Ceci représente 32 % des 174 espèces protégées observées durant la même période sur l'ensemble de l'Ile-de-France et place, pour ce critère, la RBD de la Forêt de Rambouillet en deuxième position derrière les réserves biologiques du massif de Fontainebleau (plus de 80 espèces protégées).
Plus des trois quarts de ces espèces protégées sont liées aux milieux humides, depuis les eaux libres (étangs, mares, fossés) jusqu'aux landes, en passant par les chemins et boisements marécageux, avec une dominante des conditions acides. Aux espèces déjà mentionnées s'ajoutent par exemple (protégées au niveau régional) : Osmonde royale, Parnassie des marais, Fougère des marais, Piment royal, Illécèbre verticillé...
La bryoflore de la réserve est riche, les espèces les plus intéressantes étant également liées aux milieux humides.
Quant aux champignons, on manque de données sur la réserve en particulier, mais la forêt de Rambouillet dans son ensemble et très riche en espèces.
©Claire Sevin / ONF
©Dominique Amon-Moreau / ONF
une espèce très rare dans cette région de plaine
©Dominique Amon-Moreau / ONF©Dominique Amon-Moreau / ONF
©Dominique Amon-Moreau / ONF
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Faune
La RBD de la forêt de Rambouillet accueille une faune très diversifiée et riche en espèces remarquables. Celles-ci, à la différence de la flore, sont liées à une grande diversité d'habitats, des milieux aquatiques aux vieilles futaies feuillues en passant les landes et autres milieux ouverts (prairies, lisières, chemins...).
Parmi les coléoptères, sur les 1 357 espèces connues sur le massif, 533 sont saproxyliques (1/5 de la faune nationale), dont les trois quarts ont été trouvées dans la RBD ; 59 espèces sont rares, patrimoniales à des degrés divers, dont également les les trois quarts dans la réserve. Certains sites de la réserve sont particulièrement riches en carabes, et plus d'une centaine d'espèces de coléoptères aquatiques ont été trouvées. Les zones humides nombreuses et variées accueillent 52 espèces d'odonates (plus de la moitié du nombre connu en France) dont 9 espèces protégées parmi lesquelles l'Agrion de Mercure (DH2). Les landes et autres milieux ouverts sont riches en lépidoptères (plus de 40 espèces remarquables à divers titres), en orthoptères (18 espèces remarquables), en abeilles sauvages et autres pollinisateurs.
La réserve héberge trois espèces de poissons d'intérêt communautaire (Chabot, Lamproie de Planer et Bouvière) qui sont aussi indicatrices de la qualité des cours d'eau forestiers.
Les nombreuses zones humides de la réserve accueillent la totalité des espèces d'amphibiens présentes en forêt de Rambouillet, dont une variété exceptionnelle de tritons (les 5 espèces de France métropolitaine sont présentes).
Parmi les reptiles, c'est pour les lézards en particulier que le massif de Rambouillet constitue un bastion d’importance régionale.
L'avifaune nicheuse compte 7 espèces de l'annexe 1 de la directive Oiseaux : Alouette lulu, Engoulevent d'Europe, Fauvette pitchou dans les landes ; Martin-pêcheur et Phragmite des joncs dans les zones humides ; Pic mar et Bondrée apivore en forêt.
19 espèces de chiroptères, soit la quasi-totalité des espèces connues en Ile-de-France, ont été contactées dans la réserve. Pas moins de 7 sont inscrites à l'annexe 2 de la directive habitats : Barbastelle, Grand Murin, Grand Rhinolophe, Oreillard gris, Petit Rhinolophe, Vespertillon à oreilles échancrées, Vespertillon de Bechstein. Les chauves-souris trouvent dans la réserve les milieux dont elles ont besoin tant pour leurs gîtes que pour leur alimentation.
(accouplement)
©Dominique Amon-Moreau / ONF©Dominique Amon-Moreau / ONF
©Dominique Amon-Moreau / ONF
©Frédéric Arnaboldi / ONF
©ONF
Gestion
Le plan de gestion de la réserve, élaboré avec le le comité scientifique, repose sur deux principes de gestion bien différenciés :
- la conservation active de milieux ouverts et d'espèces remarquables associées (flore, insectes, oiseaux), plus ou moins menacés par la dynamique naturelle de la végétation (embroussaillement, reconquête par la forêt) ;
- le développement de la naturalité des peuplements forestiers, profitable à d'autres cortèges d'espèces (insectes saproxyliques, oiseaux et chiroptère cavicoles...), passant principalement par leur classement en libre évolution.
La gestion conservatoire de milieux ouverts mobilise plusieurs types d'interventions :
- entretien, voire d'abord restauration, par coupe d'arbres, débroussaillage, fauchage (pour des prairies, tourbières, landes, berges de mares…), entretien de prairies par pâturage ;
- rajeunissement de milieux (mares, tourbières, marais, landes humides) pour retrouver des stades pionniers de la végétation, grâce à des actions de curage de mares atterries ou envasées, de décapage ou étrépage de marais ou de landes ;
- entretien spécifique de certains chemins pour en faire corridors écologiques, ou conserver des habitats ou espèces remarquables sur les chemins eux-mêmes ;
- travaux spécifiques pour certaines espèces remarquables : mise en lumière plus ou moins forte selon les exigences des espèces, décapage de matière organique pour les espèces pionnières, maintien de zones arbustives pour certains oiseaux... ;
- lutte contre les espèces exotiques envahissantes, animales ou végétales.
Pour les peuplements forestiers, en fonction de leur composition (feuillus indigènes / essences introduites), de leur âge et de leur intérêt écologique variable, le plan de gestion prévoit selon les cas :
- libre évolution (avec éventuellement des actions très ponctuelles d'assistance à la régénération) ;
- renaturation active, par une gestion éliminant les essences introduites au profit des indigènes ;
- restauration de surfaces supplémentaires de milieux ouverts par l'élimination de certains peuplements.
Les inventaires et suivis d'espèces, les suivis des effets des actions de gestion et autres études, représentent une part très importante de la gestion de la réserve depuis son origine, mobilisant les réseaux naturalistes de l'ONF et les membres du comité scientifique.
Enfin, dans le contexte d'une forêt fréquentée, les actions de canalisation des activités de loisir, mais aussi d'information et de sensibilisation du public, revêtent une grande importance.
©Valérie Delage / ONF
pour limiter la colonisation d'une zone humide par les ligneux
©ONFpour en éviter la fragilisation
©ONFune diversité structurale favorable à certaines espèces animales
©Nicolas Drapier / ONFriche en bois morts et "arbres habitats"
©Nicolas Drapier / ONF