©Dominique Amon-Moreau / ONF

Réserve biologique dirigée de la Gorge aux Merisiers

La réserve biologique dirigée (RBD) de la Gorge aux Merisiers se trouve en forêt domaniale de Fontainebleau (77).

Localisation

  • forêt : forêt domaniale de Fontainebleau
  • commune : Fontainebleau
  • département : Seine-et-Marne (77)
  • région : Ile-de-France

Identité

  • date de création : 09/10/1953
  • surface : 25,94 ha
  • catégorie UICN d'aire protégée : 4
  • code national INPN : FR2300008
  • code international Protected planet : 62725

Gestion

  • direction territoriale ONF : Seine-Nord
  • agence territoriale : Ile-de-France Est

La réserve de la Gorge aux Merisiers fait partie des sept premières RBD créées dès 1953 en forêt domaniale de Fontainebleau. 

Elle est concernée par la vaste ZNIEFF de type 1 "Massif de Fontainebleau", qui englobe toute la forêt domaniale et à laquelle sont superposées au titre de Natura 2000 une zone spéciale de conservation et une zone de protection spéciale.

Depuis 1965, la forêt de Fontainebleau est un site classé au titre de la loi sur les sites et paysages de 1930. Les forêts domaniales de Fontainebleau, des Trois Pignons et de la Commanderie constituent la plus grande partie de l'aire centrale de la réserve de biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais, créée en 1998. Pour une protection maximale contre diverses pressions foncières, le massif a été classé en forêt de protection en 2002. Enfin, il a reçu le label Forêt d'Exception en 2012.

La RBD de la Gorge aux Merisiers a été parcourue sur 70 % de sa surface par un incendie en juillet 2026. Les impacts sont particulièrement visibles sur les landes, les platières et peuplement de pins, voire la chênaie pubescente.

Histoire

Comme tout le massif de Fontainebleau, la Gorge aux Merisiers, jusqu'au XIXe siècle, était en grande partie composée de pelouses et de landes pâturées, entretenues par cette pratique et dans une moindre mesure par les lapins de garenne. A titre indicatif, en 1675, le droit de pâturage sur la commune de Fontainebleau portait sur 2268 vaches avec 4 ou 5 taureaux, et le droit de panage sur 4536 porcs qui se nourrissaient des glands de la forêt.

Témoins de l'occupation ancienne de la forêt, la Gorge aux Merisiers possède trois vestiges archéologiques, des abris ornés sous rochers de grès.

La présence d’éclats d’obus témoigne du passé militaire de Fontainebleau et de sa forêt. La réserve de la Gorge aux Merisiers est contigüe au site dit du Polygone, terrain militaire établi par le maréchal Berthier en 1805. Il a notamment été employé comme champ de tir d'artillerie, dans l'axe du Petit Mont Chauvet qui domine la plaine d'une cinquantaine de mètres (et qui est lui aussi dorénavant classé en réserve biologique). Le Polygone reste utilisé par le ministère des Armées.

Les parcelles de la future réserve biologique ont été rattachées au domaine de l’État en 1871. La zone a été classée en RBD par arrêté d’aménagement en 1953.

Géologie - Pédologie

Sur une cinquantaine de mètres de dénivelé, la géologie et le relief de la réserve sont typiques du massif bellifontain : plateau avec platière de grès (du Stampien moyen) passant à l'ouest au calcaire d'Etampes (Stampien supérieur), dominant des pentes de sable de Fontainebleau, elles-mêmes largement recouvertes de chaos de blocs issus de l'écroulement de la platière à la suite de l'affouillement du sable par l'érosion. Quant à la Gorge aux Merisiers, sur laquelle descend la partie nord de la réserve, il s'agit d'un vallon dont le versant opposé remonte vers des reliefs similaires formant le Rocher du Long Boyau.

Les sables, siliceux et très pauvres en éléments nutritifs, donnent des sols très acides de type de podzols. Le calcaire d’Etampes, plus ou moins recouvert de limons quaternaires d'origine éolienne, donne des sols allant de rendzines superficielles et carbonatées dès la surface, jusqu'à des sols bruns plus ou moins épais. 

Milieux naturels

En grande partie boisée, la réserve de la Gorge aux Merisiers présente une belle variété d'habitats forestiers et de milieux ouverts. 

La chênaie pubescente (CB 41.71) est typique des sols superficiels sur calcaire et des expositions chaudes. Sur sols également plus ou moins secs mais sur sables ou grès, on trouve la chênaie sessiliflore acidiphile (CB : 41.5). Ces divers types de chênaies, formant généralement des peuplements clairs, sont plus ou moins mélangés de Pin sylvestre, surtout présent sur les sols les plus acides. Sur les sols plus profonds sur le plateau calcaire, la chênaie passe à la hêtraie (41.13 - 9130). 

Les pelouses sèches sur sables calcaires (CB : 34.12 – N2000 : 6120), habitat d’intérêt communautaire prioritaire, présentant un grand intérêt botanique et pour les papillons. Cet habitat, qui porte encore le témoignage de pratiques pastorales abandonnées depuis longtemps, est désormais sujet à un enfrichement progressif.

Sur sols acides, les landes sèches à Callune et Bruyère (31.2 – 4030) abritent elles-aussi une riche diversité floristique et faunistique.

Flore

Du fait de la grande diversité de conditions stationnelles et d'habitats, avec des milieux forestiers et surtout des milieux ouverts à la flore très variée, la réserve héberge un flore vasculaire très riche, dont plus de 90 espèces considérées comme patrimoniales.

L’Alisier de Fontainebleau est protégé au niveau national. 11 espèces sont protégées au niveau régional, dont l’Amélanchier à feuilles ovales, le Petit Pigamon, la Renoncule tripartite et l’Aspérule des teinturiers. Parmi les autres espèces patrimoniales, on peut citer l'Œillet des chartreux, la Pulsatille, la Céphalantère rouge, la Scille d'automne, le Silène conique...

Faune

Les enjeux de conservation faunistiques de la réserve de la Gorge aux Merisiers se partagent entre les milieux boisés et les milieux ouverts.

Ainsi, pour les insectes, on trouve en forêt des coléoptères saproxyliques remarquables (dont l'Ostomate basilic, espèce particulièrement rare), et dans les pelouses et landes des papillons ou orthoptères comme l'Ephippigère.

Parmi les oiseaux remarquables, le Pic mar et le Pic noir sont typiques des vieux peuplements, tandis que l’Engoulevent d’Europe niche au sol dans les landes. La réserve est aussi fréquentée par la Pie-grièche écorcheur, l’Alouette lulu et la Bondrée apivore.

La réserve héberge de nombreuses espèces de chiroptères, dont le Murin de Daubenton, la Noctule de Leisler, la Pipistrelle Pygmée, et surtout le Grand murin.

Gestion

La gestion de la RBD de la Gorge aux Merisiers se partage entre gestion conservatoire active des milieux ouverts et libre évolution de boisements présentant déjà une maturité écologique plus ou moins élevée (comme en témoigne par exemple la richesse en coléoptères saproxyliques).

A la suite de l'incendie de 2026, sur une partie des pelouses et des landes, des actions de restauration vont d'abord consister à extraire les résineux brûlés, tout en veillant au respect du sol. Il pourra ensuite s'agir de contenir la colonisation par certaines espèces herbacées sociales et dynamiques (Fougère aigle, Molinie, Brachypode penné). Un vigilance particulière sera assurée vis-à-vis de l'installation d'espèces exotiques envahissantes comme le Raisin d'Amérique ou le Cerisier tardif.

La hêtraie calcicole de plateau et d'autres peuplements forestiers feuillus ou mixtes (feuillus et résineux) sont laissés en libre évolution, y compris dans la zone incendiée. Dans les milieux ouverts également, des zones témoins de la reconstitution spontanée seront conservées et suivies. 

Ressources