Forêt d’Eawy : un Val Ygot réinventé pour allier mémoire et adaptation climatique

En forêt d'Eawy, l'Office national des forêts (ONF) doit pratiquer une coupe d'arbres début 2026 sur le site du Val Ygot, patrimoine mémoriel important de la Seconde Guerre mondiale. Cette exploitation s'inscrit dans le cadre de la gestion forestière habituelle mais d'une façon très spécifique ici, compte tenu de la présence de ce site historique....

Sécuriser et renouveler le site

Le circuit mémoriel du Val Ygot, site historique de la Seconde Guerre mondiale, se situe en forêt domaniale d’Eawy, en sous-bois de la parcelle 214, recouverte d’épicéas. Malheureusement ce peuplement est devenu très vulnérable. En cause, la prolifération de pucerons et de scolytes, entraînant des dépérissements. Les arbres présentent alors un danger. Ils s’affaiblissent et des chutes de branches pourraient causer des dégâts humains et matériels. La préservation et la sécurisation du site est donc primordiale.

Ces épicéas, âgés de plus de 70 ans, sont par ailleurs, arrivés à maturité sylvicole et doivent être renouvelés.

A la lumière d’une étude paysagère menée par l’Agence étude de l’ONF, il a été décidé :

  • de récolter les épicéas dépérissant pour les remplacer
  • de garder un bouquet d’anciens résineux sains à titre mémoriel

Au-delà de la sécurisation du site et ses vestiges, l'objectif est également de le mettre en valeur grâce à une recomposition végétale.

3 phases de travaux sur 15 ans

Pour ne pas altérer trop brusquement le paysage, le remplacement des épicéas se fera en 3 phases de coupes. La première se déroulant début janvier 2026.

Ces différentes phases seront étalées sur les 10 ou 15 prochaines années. C’est un défi technique hors norme sur les volets exploitation et reboisement. Le paysage va évoluer tout au long du projet, tout comme l’état sanitaire des arbres, ce qui nécessitera peut-être des ajustements dans la planification initiale des coupes.

Pour le reboisement, les essences envisagées ont été choisies pour leur résistance et leur capacité d’adaptation au changement climatique : séquoia sempervirens, pin de Calabre, cèdre du Liban, chêne pubescent, alisier torminal, etc... Ces travaux de plantation pourront démarrer dès l’hiver 2026.

Dans le cadre de la gestion forestière, et compte tenu d’une problématique sanitaire, l’Office national des forêts va procéder à des coupes d’arbres dans la parcelle 214. Du fait de la présence d’un site de V1 valorisé comme site d’accueil mémoriel, l’exploitation a été imaginée selon un plan de coupes sur 3 ans, avec l’objectif de repenser dans son ensemble l’aménagement de ce lieu. Paysage et adaptation au climat sont les 2 grands critères pris en compte pour exploiter et reboiser ce site.

Où vont les bois coupés ?

Comme pour la très grande majorité des bois exploités en forêts domaniales normandes, les bois seront principalement vendus et transformés localement. Ils seront vendus comme bois d’œuvre et bois d’industrie. Le bois d’œuvre sert à des utilisations nobles du type charpente, menuiserie, etc. Quant au bois destiné à l’industrie, il est transformé en panneaux, papier et carton.

Le site de V1 du Val Ygot, un circuit mémoriel

Durant la Seconde Guerre mondiale, des centaines de sites de lancement de missiles V1 ont été construits par les Allemands en Normandie. Le Val Ygot, en forêt domaniale d’Eawy, fait partie de la première génération de rampes V1. Mais à Noël 1943, les bombardements alliés font avorter sa finalisation. Le site n’a alors jamais fonctionné.

Suite aux bombardements, des pans entiers de forêt sont détruits. Les trous de bombes sont d’ailleurs toujours visibles. Des résineux ont alors été plantés au début des années 1950, dans le cadre des dommages de guerre. En 1997, une convention d’occupation du terrain pour service d’intérêt général autorise la mise en valeur du site du Val Ygot par l’Association de sauvegarde du site de V1 du Val Ygot à Ardouval (ASSVYA). Depuis 2021, son entretien courant est assuré par la Communauté de communes Bray Eawy. L’ONF reste le gardien des peuplements et des infrastructures liées à la gestion forestière du site. Des abris, des ateliers d’assemblage, des habitations, un bunker et une rampe de lancement orientée vers Londres sont toujours debout. Ouvert gratuitement aux visites tout au long de l’année, un parcours jalonné de panneaux explicatifs permet de découvrir à quoi ressemblait le site.

A mi-chemin entre Ardouval et Pommeréval, le Val Ygot attire chaque année des milliers de visiteurs, dont des internationaux.