La sauvegarde des forêts d’Île-de-France au cœur de la gestion de l'ONF

Dans une région fortement urbanisée comme l’Île-de-France, les forêts publiques sont à la fois des espaces naturels essentiels, des lieux de promenade très fréquentés et des milieux fragilisés par les crises sanitaires et le changement climatique. Cette FAQ répond aux principales interrogations des promeneurs et citoyens sur la gestion durable, la protection des forêts franciliennes, leur renouvellement et leur rôle social.

Malgré une forte urbanisation, 24 % du territoire régional est boisé, ce qui place l’Île-de-France au 6ᵉ rang des régions françaises. À titre comparatif, les Hauts-de-France et la Normandie ne sont boisées qu’à 14 %. Heureusement que l’Île-de-France, dix fois plus peuplée que le reste du pays, n’est pas dix fois moins boisée que la moyenne nationale. Elle comprend même quelques-unes des plus grandes forêts publiques françaises, comme Fontainebleau (22 000 hectares) ou Rambouillet (14 000 hectares), et abrite des forêts urbaines ou périurbaines de belle taille comme Sénart ou Saint-Germain (3 000 hectares).

Non. En moyenne au cours des 14 dernières années les volumes de bois récoltés dans les forêts domaniales franciliennes (2,62 m3 par hectare et par an) sont inférieurs de moitié à ce que la forêt produit (4,7 m3 par hectare et par an). Les prélèvements (volumes de bois coupés) sont même en légère baisse ces dernières années. Rappel : la forêt continue de croître et sa surface a même doublé en deux siècles en France, signe que la forêt française n’est pas « surexploitée » .

Couper des arbres peut sembler contraire à l’idée de protection. Or, ces coupes, indispensables pour produire du bois, font partie intégrante d’une gestion forestière durable. Elles ne sont pas contradictoires avec la notion de sauvegarde des forêts, dès lors que la gestion forestière s’effectue de façon raisonnée en assurant durablement la pérennité du domaine forestier. Ces coupes permettent notamment de :

Valoriser le bois dans la construction, l’ameublement ou la rénovation énergétique, en stockant durablement le carbone. Lorsque ce bois est issu de forêts gérées et certifiées, sa production contribue ainsi à l’économie locale et à la réduction de notre empreinte carbone par rapport à l’utilisation d’acier, de béton ou de plastique.

Garantir la sécurité des usagers. En Île-de-France, les forêts accueillent plus de 100 millions de visites chaque année. Les arbres morts ou fragilisés près des chemins peuvent représenter un danger et doivent être coupés pour la sécurité de tous.

Favoriser la régénération naturelle en apportant de la lumière aux jeunes arbres. En prélevant les arbres arrivés à maturité, on permet aux plus jeunes de se développer à leur tour, perpétuant ainsi un cycle continu de renouvellement forestier.

Préserver la biodiversité. Les coupes sélectives contribuent à maintenir une mosaïque de milieux - zones ouvertes, espaces plus denses ou encore sous-bois structurés - dont chaque espèce a besoin pour s’épanouir. Certaines, comme le milan royal, dépendent par exemple de milieux ouverts pour chasser. En favorisant cette diversité de structures forestières, on soutient la présence d’une grande variété d’arbres, d’animaux et d’individus d’âges variés.

Ces interventions s’inscrivent dans un modèle de gestion forestière durable et multifonctionnelle, très éloignée d’une logique de seule production. Elles permettent de préserver des forêts résilientes et diversifiées, tout en conciliant le rôle social, écologique de la forêt et sa capacité à fournir du bois.

En Ile-de-France, les coupes rases sont minoritaires ; elles interviennent uniquement pour des raisons sanitaires. Lors de crises graves - maladies, attaques d’insectes ou épisodes de sécheresse - ces coupes sanitaires doivent être réalisées pour limiter la propagation des agents pathogènes et sécuriser les zones concernées.

C’est notamment le cas pour les châtaigniers touchés par la maladie de l’encre, un champignon du sol qui provoque un dépérissement rapide et massif. Dans plusieurs forêts domaniales d’Île-de-France - Montmorency, Fausses-Reposes, La Malmaison à l’ouest, et La Grange à l’est - les châtaigniers sont atteints sur de larges surfaces.

Dans ces zones, les arbres sont malades sur des hectares entiers, ce qui rend les coupes inévitables. Elles répondent à plusieurs objectifs :

Assurer la sécurité du public. Les arbres morts ou fortement affaiblis risquent de chuter et représentent un potentiel danger pour les promeneurs, cyclistes ou riverains.

Accélérer le renouvellement forestier. Les châtaigniers atteints empêchent l’installation naturelle d’autres variétés d’arbres pendant des décennies. Les forestiers coupent donc les arbres dépérissants et les remplacent par des espèces non sensibles à la maladie et mieux adaptées au climat de demain, permettant à la forêt de redémarrer plus rapidement.

Valoriser le bois avant qu’il ne se dégrade. Avant que la maladie ne rende le bois totalement inutilisable, il est encore possible — à un stade précoce — d’en faire des usages (bois d’œuvre, bois énergie…). Cela évite que le bois pourrissant, en pourrissant, relâche le carbone stocké dans l’atmosphère.

Pourquoi certains arbres coupés paraissent-ils encore en bonne santé ?

Un arbre peut être déjà condamné biologiquement tout en conservant un bois visuellement sain. Le dépérissement commence souvent par la descente de cime (plus de feuilles au sommet), avant le pourrissement du tronc.

Couper à ce stade permet :

• D’utiliser le bois pour des usages nobles ;

• De préparer la régénération de la forêt ;

• De sécuriser les espaces pour que le public puisse profiter de la forêt en toute quiétude.

Pourquoi observe-t-on des petites pousses (“rejets”) autour des souches ?

Ces jeunes rejets, peu exigeants en eau, repartent naturellement après la coupe. Mais le pathogène responsable du dépérissement attaque les racines. Les rejets survivent un temps grâce à l’humidité disponible en surface, mais ils seront touchés à leur tour dès qu’ils devront développer un système racinaire plus profond. Ils sont donc condamnés à moyen terme.

Pourquoi faut-il parfois retirer aussi des arbres pourtant sains dans les zones touchées par les maladies ?

Dans certaines zones dominées par les châtaigniers, on trouve aussi d’autres variétés d’arbres qui ne sont pas atteintes. Toutefois, ces arbres occupent l’espace - notamment au niveau de leurs racines - dont la forêt a besoin pour se reconstituer. Afin de permettre les replantations et de garantir une régénération durable, il est parfois nécessaire de les enlever également.

Quelles arbres sont replantés après les coupes ?

L’objectif est de créer des forêts plus résistantes au changement climatique grâce à une grande diversité d’espèces d’arbres et à des variétés plus adaptées au climat du futur. Cette diversité renforce la résilience des forêts et garantit la biodiversité et la richesse écologique des milieux.

Parmi les essences d’arbres principales plantées, on trouve :

• Chêne sessile, chêne pubescent ;

• Alisier torminal, merisier, cormier ;

• Sorbier des oiseleurs ;

• Tilleul à petites feuilles ;

• Érable plane, érable champêtre ;

• Pin laricio.

Oui. Comme ailleurs en France, les forêts d’Île‑de‑France subissent déjà de plein fouet les effets du réchauffement. Les sécheresses à répétition menacent de nombreuses variétés d’arbres : le hêtre, très sensible au manque d’eau et aux fortes chaleurs, en est l’exemple le plus marquant.

Cette faiblesse accrue rend les arbres plus vulnérables aux maladies et aux insectes ravageurs. On observe notamment une forte progression de la maladie de l’encre chez le châtaignier, ainsi qu’une multiplication d’insectes xylophages, (qui se nourrissent de bois) favorisée par des températures plus élevées.

Le risque d’incendie, traditionnellement faible en Île‑de‑France, augmente lui aussi : les épisodes de canicule se prolongent, les sols s’assèchent davantage et certaines forêts deviennent plus inflammables.

Pour faire face à ces menaces, les forestiers adaptent leurs pratiques : diversification des variétés d’arbres, plantation d’espèces plus résistantes au climat futur, suivi sanitaire renforcé, prévention accrue du risque incendie… Un véritable défi, qui consiste à protéger la biodiversité et les paysages actuels tout en préparant des forêts capables de résister au climat de demain.

L’adaptation des forêts au changement climatique, afin qu’elles puissent continuer à jouer leur rôle d’atténuation, constitue une priorité. C’est l’un des défis majeurs que devra relever l’ONF dans les années à venir.

Pour anticiper l’avenir, les forestiers s’appuient notamment sur les scénarios climatiques du GIEC. Selon ces projections, si la hausse des températures atteint +3 °C d’ici 2050, le climat francilien pourrait se rapprocher de celui du pourtour méditerranéen.

Prévoir les impacts du changement climatique pour garantir la survie et la résilience des forêts est donc au cœur de la mission des équipes de l’ONF, mobilisées au service des générations futures.

Concrètement, cela se traduit par la nécessité de :

  • Diversifier les variétés d'arbres présentes en forêt, notamment par la plantation d’espèces adaptées au climat futur ;
  • Concevoir la forêt comme une mosaïque en favorisant la diversité des milieux, des variétés et des âges des arbres présents, ainsi que des modes et choix de sylviculture ;
  • Prévenir les incendies et les risques, avec la mise en place de mesures concrètes comme l’augmentation des patrouilles de suivi, le renforcement d’entraînements conjoints avec les pompiers, l’installation de citernes enterrées et la mise en place d’aménagements spécifiques en période de risque.

La préservation de la biodiversité est au cœur des missions de l’ONF. C’est non seulement une priorité qui se décline chaque jour sur le terrain, mais une responsabilité inscrite dans le Code forestier. On constate d'ailleurs que le niveau de biodiversité en forêt se maintient mieux que dans d’autres milieux : voir par exemple les études de suivi des oiseaux communs.

Afin de maintenir les fonctions écologiques de la forêt à un bon niveau, les forestiers mènent de nombreuses actions concrètes comme :

  • La création d’îlots de vieillissement, où les arbres sont laissés au-delà de l’âge auquel ils pourraient être coupés pour favoriser les espèces qui y trouvent refuge ;
  • La conservation d'arbres creux, morts ou vieillissants (en dehors des chemins), qui servent d’abris à des oiseaux, des chauves-souris et des insectes et constituent une trame de vieux bois indispensable à la survie de ces espèces ;
  • La restauration et l’entretien de zones humides comme les mares, essentielles à la faune en général, plus particulièrement aux amphibiens et à de nombreux insectes, et indispensables aux plantes aquatiques, comme le rarissime Fluteau nageant ;
  • La réalisation régulière d’inventaires de la faune et de la flore pour suivre l’évolution des milieux et programmer des actions et des travaux favorables à la conservation de certaines espèces remarquables ;
  • La création d’une trame de vieux bois pour assurer aux espèces le gite et le couvert partout où ce vieux bois se trouve en forêt, qu’il s’agisse des zones soumises à exploitation forestière ou des zones protégées dans ces forêts, que l’on appelle réserve biologiques dirigées et réserves biologiques intégrales (espaces laissés en libre évolution).

Ces pratiques renforcent la richesse de la fonction écologique des forêts publiques en Île-de-France en multipliant les habitats disponibles pour la faune et la flore.

Oui, les forêts d’Île-de-France bénéficient de protections fortes et variées. Toutes les forêts publiques gérées par l'ONF sont soumises au Code forestier, qui stipule qu'elles doivent être gérées durablement. Certaines d'entre elles sont aussi classées forêts de protection, ce qui interdit toute construction et les protègent d'une pression foncière qui pourrait les menacer en d'autres circonstances.

Beaucoup de ces forêts comprennent des réserves biologiques dirigées où la gestion est encadrée pour préserver la biodiversité et des réserves biologiques intégrales, laissées en libre évolution sans intervention humaine.

Enfin, plusieurs d'entre elles se trouvent dans des parcs naturels régionaux.

En résumé, dans les forêts :

  • application du Code forestier et gestion durable obligatoire ;
  • statut de forêts de protection pour certaines, interdisant l’urbanisation ;
  • réserves biologiques dirigées ou intégrales ;
  • intégration dans des parcs naturels régionaux.

Oui, c’est la mission même de l’ONF : concilier dans les forêts gérées les fonctions sociales, de sauvegarde de la biodiversité et de production de bois. En Île-de-France, l’ONF applique de plus une sylviculture adaptée aux spécificités régionales. La majorité des forêts sont gérées en sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) ou futaie irrégulière, c’est-à-dire des forêts où les coupes rases sont marginales. Celles-ci ne sont pratiquées qu’en dernier recours, en cas de crise sanitaire (par exemple, la maladie de l’encre du châtaignier où les arbres meurent sur des hectares entiers).

Entre 2011 et 2024, les prélèvements de bois ont représenté en moyenne environ 56 % de l’accroissement naturel (soit en moyenne 2,6 m³/ha/an). Cela permet de produire du bois, une ressource renouvelable dont la société a traditionnellement besoin et qui s’inscrit aujourd’hui dans la stratégie nationale bas carbone, tout en garantissant la pérennité de la forêt, la préservation de ses paysages et ses fonctions sociales et écologiques.

La réponse est OUI. Avec plus de 100 millions de visites par an, les forêts domaniales jouent un rôle essentiel dans le bien-être des habitants de la région.

Pour favoriser l'accueil du public, l’ONF agit sur plusieurs axes :

  • En entretenant et en sécurisant plusieurs milliers de kilomètres de chemins et de sentiers, ainsi que des parkings ;
  • En équipant aires d’accueil et sentiers de bancs, parcours sportifs, panneaux pédagogiques, cartes pour rendre les promenades plus agréables ;
  • En proposant des animations toute l’année, avec l’accueil de groupes (scolaires et adultes) dans nos centres pédagogiques forestiers et lors d’événements comme « Tous en forêt », les « Estivales de la forêt » ou encore « Branche & Ciné » ;
  • En dialoguant fréquemment avec le public lors de réunions et en l’informant grâce à des vidéos, des newsletters régulières et des groupes facebook dédiés à certaines forêts sur les réseaux sociaux.

Ainsi, la fonction sociale occupe une place centrale dans la gestion des forêts franciliennes. Elle est intégrée au même titre que la préservation de la biodiversité et la production de bois, car donner la priorité à un enjeu ne signifie pas exclure les autres.

Oui, et de plus en plus. Depuis 2017, l’ONF mène une démarche de dialogue renforcé, appelée « Dialogue forêt‑société », afin d’associer davantage les élus, les associations et les citoyens à la gestion forestière.

En Île‑de‑France, ce dialogue se traduit par :
• la tenue régulière de comités de forêt ;
• l’élaboration de chartes forestières pour les forêts de Sénart et de l’Arc boisé ;
• l’animation du label Forêt d’Exception® en forêt de Fontainebleau ;
• des concertations locales lors de projets ou de révisions de documents de gestion (États généraux de la forêt à Saint‑Germain‑en‑Laye, concertations à Fausses‑Reposes et La Malmaison, etc.) ;
• un travail renforcé avec les collectivités pour informer et sensibiliser les citoyens, porter des projets locaux et améliorer l’accueil du public.

Cette démarche permet de mieux intégrer les attentes de la société dans la gestion des forêts franciliennes.

L’ONF communique également régulièrement sur l’actualité forestière via son site internet (www.onf.fr) et ses réseaux sociaux (Facebook, Instagram, YouTube).

Images de forêts gérées par l'Office national des forêts en Île-de-France