Réserve biologique intégrale de la Vau des Loups
La réserve biologique intégrale de la Vau des Loups est située au sud de la forêt domaniale de Sommedieue, dans la région naturelle des côtes calcaires de Meuse. Elle présente une topographie variée, avec une zone de plateau, des versants et deux vallons, dépassant une centaine de mètres de dénivelé et offrant diverses expositions.
La réserve est constituée principalement de hêtraies-chênaies qui ont fortement souffert de deux tempêtes successives (1990 et 1999). En majorité, les peuplements sont donc relativement jeunes ou ouverts, avec une importante quantité de bois mort au sol ou sous forme de chandelles. De plus vieux arbres ont cependant résisté aux tempêtes, surtout dans les vallons.
Cette réserve fait partie du réseau de RBI créées après les tempêtes de décembre 1999 afin de suivre la dynamique naturelle de reconstitution des peuplements forestiers après une telle grande perturbation naturelle.
Elle est incluse à 80 % dans la ZNIEFF de type 1 "Gîtes à chiroptères de Sommedieue".
©Samuel Sénécal / ONF
avec de nombreux carpophores
©Yannick Véra / ONFHistoire
La forêt domaniale de Sommedieue est issue de la confiscation de biens du diocèse de Verdun et des ducs de Lorraine à la Révolution.
La partie de la forêt où se situe la réserve apparaissait boisée sur la carte d’état-major de la première moitié du XIXe siècle et peut donc être considérée comme de la forêt ancienne (à la différence notamment de forêts privées contigües et qui sont issues de reconquête d'anciennes terres agricoles).
Le nom de Vau des Loups (ou Voie des Loups comme on peut le lire sur certaines cartes) suggère la présence de cet animal dans ce secteur par le passé. Mais cette partie de la forêt domaniale était aussi appelée bois de la Ronde Côte sur la première carte d’état-major.
Pendant la Première guerre mondiale, la forêt de Sommedieue a été diversement affectée par les combats. La partie nord, touchant à l'extrémité sud de la ceinture fortifiée de Verdun, a été touchée par la bataille en 1916. La partie sud, où se trouve la RBI, a été épargnée, alors qu'elle n'est qu'à une dizaine de kilomètres à l'ouest de la ligne des combats de 1914 et 1915 (tranchée de Calonne, Les Eparges). Le site de la réserve a seulement connu quelques zones de cantonnements dont il ne reste presque aucune trace.
Le projet d'une RBI à la Vau des Loups date de l'année 2000, à la suite de la tempête de décembre 1999. Dès cette date, le site a été "gelé", en vue de la création d'une réserve. Mais il a aussi la particularité d'avoir déjà été touché par la tempête de 1990, à la suite de laquelle certaines parcelles de la forêt domaniale avaient été exploitées puis régénérées naturellement. Les parcelles du futur projet de réserve n'avaient que partiellement été exploitées, et pas du tout après la tempête de 1999.
chablis dégradés (couchés dans la même direction) et jeune peuplement issu de reconstitution spontanée
©Samuel Sénécal / ONFGéologie - Pédologie
Le substrat géologique de la RBI de la Vau des Loups est relativement homogène et constitué essentiellement de calcaires coralliens de l’Oxfordien moyen (étage du Jurassique supérieur).
La diversité de sols est liée aux variations topographiques, allant des sols superficiels de type rendzine sur le plateau jusqu’aux sols bruns mésotrophes épais en fond de vallon.
il disparaît en été, comme souvent dans les vallons entaillant les plateaux calcaires
©Nicolas Drapier / ONFMilieux naturels
La réserve de la Vau des Loups est essentiellement composée d'habitats forestiers. Les hêtraies sont majoritaires (97% de la surface) : hêtraie calcicole mésophile à Laîche glauque (CB : 41.131 - N2000 : 9130) en situation de plateau ou de versant à faible pente ; hêtraie calcicole à Dentaire pennée (41.133 - 9130), à affinités montagnardes, sur versants ombragés et frais ; hêtraie calcicole mésoxérophile (41.16 - 9150) sur sols carbonatés superficiels de rebord de plateau ou sur sols plus profonds mais filtrants et donc également secs. En fond des vallons, la frênaie-chênaie pédonculée à Primevère élevée (41.231 - 9160) est présente surs sols plus humides. Tous ces habitats sont d’intérêt communautaire mais néanmoins communs dans la région naturelle des plateaux calcaires du nord-est.
Les peuplements issus de reconstitution spontanée sont riches d’essences variées : alisiers (blanc, torminal), érables (sycomore, plane, champêtre), tilleuls (à grandes feuilles et à petites feuilles), merisier, orme de montagne, frêne, charme… en plus du hêtre et des chênes. Le suivi de l'évolution de ce mélange d'essences sera intéressant, a fortiori dans le contexte du changement climatique.
©Nicolas Drapier / ONF
un des rares milieux ouverts de la réserve.
©Nicolas Drapier / ONFFlore
Les enjeux de la RBI de la Vau des Loups pour la flore vasculaire sont modestes. Les espèces sont essentiellement typiques des habitats forestiers présents. Lors des inventaires réalisés en 2012 puis 2018, deux espèces protégées au niveau régional ont été observées : une petite fougère, l’Ophioglosse commun, et le Petit pigamon des rochers. Ces espèces étant plutôt héliophiles, elles ne devraient pouvoir perdurer dans la RBI qu’au gré des ouvertures naturelles dans les peuplements (chablis, dépérissements).
On peut aussi noter la présence de la Bermudienne des montagnes, une espèce obsidionale, c'est à dire liée à la guerre : elle a été introduite en Lorraine (accidentellement) lors du passage des troupes américaines en 1917.
typique de la hêtraie calcicole sèche
©Catherine Cluzeau / ONFdes milieux humides de fonds de vallons
©Henri-Pierre Savier / ONFFaune
L’inventaire des coléoptères saproxyliques réalisé de 2008 à 2011 a permis d’identifier 70 taxons dont 18 bioindicateurs de la qualité des forêts de France mais seulement 2 d'indice patrimonial 3. Il s'agit globalement d'espèces communes des forêts feuillues de la plaine lorraine.
En ce qui concerne l'avifaune, seulement 31 espèces nicheuses ont été contactées lors d'un inventaire en 2008. La diminution du nombre d’arbres de futaie à la suite de la tempête de 1999, conjuguée à la refermeture déjà complète des trouées par le recru ligneux, peut expliquer en partie ce relativement faible nombre d’espèces. Parmi les pus remarquables : Bouvreuil pivoine, Linotte mélodieuse, Pic épeichette, Pic noir (DO1), Torcol fourmilier, Tourterelle des bois, Verdier.
L'inventaire des chiroptères (2013) a donné des résultats plus intéressants, avec la présence de 12 espèces dont quatre inscrites à l'annexe 2 de la directive Habitats : Grand murin, Grand rhinolophe (rare en Lorraine), Murin à oreilles échancrées, Murin de Bechstein. Bien que la RBI soit composée en grande partie de jeunes peuplements, la richesse en espèces peut être expliquée par le fait que la réserve fait partie d’un grand massif composé d’arbres de tous âges, porteurs de nombreuses cavités. De plus (et même si la réserve n'est pas directement concernée), le sous-sol du massif est parsemé de centaines d’entrées de sapes de la Première guerre mondiale, offrant autant de possibilités d’hibernation pour certaines espèces de chauves-souris
Le renouvellement de ces inventaires, prévus dans le plan de gestion de la RBI, permettra de suivre l’évolution de ces groupes taxonomiques parallèlement à celle des peuplements forestiers.
Gestion
La RBI de la Vau des Loups est soustraite aux exploitations et travaux sylvicoles et donc laissée en libre évolution depuis plus de 25 ans. Elle constitue un observatoire de la reconstitution spontanée des peuplements après tempête. Au fur et à mesure des années, la maturité et la naturalité des peuplements vont augmenter, devenant de plus en plus favorables aux espèces associées au bois mort et aux arbres âgés.
La pénétration dans la réserve est limitée aux études scientifiques et naturalistes et à quelques actions de chasse par an afin de limiter la concentration des sangliers et des cervidés, en l'absence de prédateurs naturels. Seule la route forestière qui traverse la réserve dans sa partie haute est ouverte au public à pied ou en véhicules non motorisés.