Réserve biologique intégrale des Jumelles d'Ornes
La réserve biologique intégrale des Jumelles d'Ornes se trouve à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Verdun, à la limite entre la région naturelle des côtes et plateaux calcaires meusiens et de celle de la plaine argileuse de la Woëvre, plus de 150 m en contrebas. La réserve tient d'ailleurs son nom d'une double butte-témoin située à moins de deux kilomètres à l'est de l'axe principal de la Côte de Meuse.
La réserve est concernées par la ZNIEFF de type 1 "Forêt de Verdun", incluse dans grande ZNIEFF de type 2 "Côtes de Meuse". Comme marque de l'originalité de sa situation, la réserve des Jumelles d'Ornes se trouve également dans la petite zone de recouvrement de deux grands sites Natura 2000, la ZSC "Corridor de la Meuse" à l'ouest et la ZPS "Forêts et zones humides du pays de Spincourt" à l'est.
Par ailleurs, la forêt domaniale de Verdun est classée Forêt d'Exception.
Histoire
Au sein du réseau national des réserves biologique, la RBI des Jumelles d'Ornes représente un cas unique d'imbrication entre histoire et biodiversité.
Pendant la Première guerre mondiale, le secteur des Jumelles d'Ornes a été occupé par les Allemands dès la stabilisation du front à la fin de 1914. Pendant la bataille de Verdun en 1916, le site faisait partie des deuxièmes lignes allemandes. A l'abri du relief, de la forêt et d'aménagements défensifs, les troupes impériales avaient développé une zone de dépôts et de cantonnement pour plusieurs milliers d'hommes, desservie par une gare dont rayonnaient des tronçons de chemin de fer à voie étroite. De tout cela, il ne reste de nos jours, sous le couvert forestier, que trous d'obus et vestiges de tranchées et d'ouvrages bétonnés.
Après la guerre, les peuplements forestiers, qui n'avaient pas été rasés par les bombardements d'artillerie comme en d'autres secteurs du champ de bataille mais étaient néanmoins dépréciés par la mitraille, ont été très peu exploités jusqu'à la fin du XXe siècle. Ils y ont fortement gagné en maturité écologique et en biodiversité.
Sur le versant abrupt de la Côte de Meuse et dans la Woëvre en contrebas (région naturelle humide et historiquement peu propice aux défrichements à but agricole), la réserve est constituée de forêt ancienne : malgré les soubresauts de l'histoire, cette partie du site a été continuellement occupée par de la forêt feuillue depuis plus de deux siècles. En revanche, au dessus, sur le plateau calcaire, comme dans une grande partie de la zone rouge sur laquelle la forêt domaniale de Verdun a été établie après guerre, c'est de toutes pièces que la forêt a été créée par plantations sur les terres agricoles des huit villages rayés de la carte par la bataille, dont le village d'Ornes.
Principalement constituée sur les vieux peuplements feuillus qui font l'intérêt principal du site, la RBI des Jumelles d'Ornes s'est néanmoins vu adjoindre une parcelle de veille pineraie plantée après guerre et sous l'abri de laquelle reviennent les feuillus naturels. La réserve intégrale sera peut-être un jour le dernier témoin de ces plantations massives qui ont permis à la forêt d'exister et maintenant de se renaturer.
©Nicolas Drapier / ONF
©Gersende Gérard / ONF
Géologie - Pédologie
Située à la retombée de la cuesta de la Côte de Meuse sur la plaine de la Woëvre, la RBI des Jumelles d'Ornes repose sur des substrats géologiques bien contrastés :
- pour le plateau et la Côte de Meuse, des calcaires et marnes de l'Oxfordien (premier étage du Jurassique supérieur ou Malm) ;
- au contact de la Woëvre, les argiles du Callovien (dernier étage du Jurassique moyen ou Dogger).
Les sols, qui ont été plus ou moins remaniés par la bataille, sont principalement des sols bruns sur les calcaires et des sols argileux à mauvais drainage naturel dans la Woëvre.
©BRGM
Milieux naturels
Les habitats naturels de la RBI des Jumelles d'Ornes sont essentiellement forestiers et très typiques des deux régions naturelles à la limite desquelles se trouve la réserve :
- hêtraie neutrophile à calcicole (CB : 41.13 - N2000 : 9130) sur la côte et le plateau calcaires (avec en plus le sylvofaciès à Pin noir d'Autriche en cours de renaturation par les feuillus) ;
- frênaie-chênaie pédonculée à Arum (41.2 - 9160) sur les sols argileux et humides de la Woëvre.
Un peu de diversité est apporté par les mares temporaires occupant des trous d'obus et qui sont favorables à la reproduction des amphibiens.
©Catherine Cluzeau / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
©Gersende Gérard / ONF
Flore
La flore vasculaire est essentiellement composée d'espèces forestières communes, avec quelques espèces originales pour la région : Polystic à aiguillons, Pulmonaire obscure, Sureau rouge, Séneçon de Fuchs...
Faune
Les coléoptères saproxyliques ont fait l'objet d'un inventaire qui s'est étendu de 2007 à 2010. 102 espèces ont été trouvées, dont 27 bioindicatrices de la qualité des forêts françaises et parmi elles une espèce à indice patrimonial 4 (très rare). Ces résultats confèrent au site un intérêt de niveau régional : la faune trouvée est globalement typique des forêts de plaine lorraines.
Quatre espèces d'amphibiens communes ont été trouvées, et trois de reptiles.
40 espèces d'oiseaux ont été contactées entre 2010 et 2015. Les cavicoles forestiers sont relativement bien représentés : Pic mar (nicheur) et Pic noir (tous les deux DO1), Grimpereau des bois, Pigeon colombin, Mésanges, Sittelle. Le Pouillot siffleur est nicheur, le Bruant jaune et le Torcol fourmilier le sont en lisière.
Grâce à sa richesse en arbres à cavités mais aussi en sapes et autre ouvrages, la réserve est particulièrement riche en chiroptères, avec 16 espèces contactées sur les 22 connues en Lorraine. Parmi elles, cinq inscrites à l'annexe 2 de la directive Habitats : Grand Murin, Grand rhinolophe, Murin à oreilles échancrées, Murin de Bechstein, Petit rhinolophe. Neuf espèces sont hivernantes dans la réserve.
©Gersende Gérard / ONF
Gestion
La gestion de la RBI des Jumelles d'Ornes consiste essentiellement en suivis naturalistes, par l'ONF et ses partenaires dont la CPEPESC Lorraine (Commission de protection des eaux, du Patrimoine, de l’environnement, du sous-sol et des chiroptères).
La régulation des ongulés par la chasse continue d'être assurée en l'absence de prédateurs naturels.
Des coupes d'arbres dangereux (laissés sur place dans la réserve) sont prévues le long de la route départementale et de chemins longeant le site.
La réserve des Jumelles d'Ornes se trouve à l'écart des zones fréquentées et touristiques de la forêt de Verdun. Une information du public est néanmoins prévue, sur cette réserve aux caractéristiques si particulières et paradoxales. La circulation à l'intérieur de la réserve est interdite, à la fois pour la sécurité du public et la quiétude de la faune, en particulier les chiroptères.