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Réserve biologique dirigée des Tourbières du Somail

La réserve biologique dirigée (RBD) des Tourbières du Somail se trouve en forêt domaniale du Somail (34).

Localisation

  • forêt : forêt domaniale du Somail
  • communes : Le Soulié, Riols
  • département : Hérault (34)
  • région : Occitanie

Identité

  • date de création : 25/03/1994
  • date d'extension : 28/05/2026
  • surface : 38,36 ha
  • catégorie UICN d'aire protégée : 4
  • code national INPN : FR2300126
  • code international Protected planet : 142713

Gestion

  • direction territoriale ONF : Midi-Méditerranée
  • agence territoriale : Hérault / Gard

La réserve biologique dirigée des Tourbières du Somail est formée de trois sites de sagnes situés dans le massif du Somail, autour de 900 m d'altitude : Grandsagnes, Bourdelet, Oustal Naout. Le Somail est un petit massif montagneux au sud du Massif Central, au nord-ouest du département de l’Hérault. Les sagnes sont des complexes de milieux humides typiques de ces basses montagnes, associant tourbières, prairies et landes humides.

A faible distance de la plaine du Languedoc et de milieux méditerranéens, les sites de la RBD font partie des tourbières les plus méridionales du Massif Central. Moins typiques que les tourbières de régions au climat plus favorable, elles n'en sont pas moins des refuges pour nombre d’espèces rares dans la région. 

La réserve fait partie du Parc naturel régional du Haut-Languedoc. Elle est incluse dans la vaste ZNIEFF de type 2 "Massif du Somail". La sagne du Bourdelet est également concernée par la ZNIEFF de type 1 "Vallée de l’Arn (et Tourbières de Baïssescure et du Bourdelet)" ; elle l'est aussi par la ZSC "Vallée de l'Arn", étant traversée par cette petite rivière.

Histoire

L'actuelle forêt du Somail est issue d'anciennes forêts domaniales (Blanque, Saint-Pons) et de plusieurs phases d'acquisitions et de reboisements. Les premiers reboisements ont suivi les lois sur la restauration des terrains en montagne (RTM) après les inondations de 1859 et 1875. Celles-ci avaient gravement affecté le bassin de la Garonne, dont font partie l’Arn et l’Agout, qui drainent les massifs du Somail et de l’Espinouse. La second vague de reboisements résulte de la loi de 1913, encourageant le reboisement des terres abandonnées du fait de l'exode rural.

Cet historique explique la physionomie actuelle de la forêt, composée de hêtraies sur souche (taillis convertis vers 1880/1890, enrichis en sapins, épicéas et pins) et de boisements récents, principalement résineux, réalisés à partir de 1935.

Les trois zones humides de la RBD ont connu des historiques variables, en lien avec ces phases de reboisements :

  • La sagne du Bourdelet aurait dû être intégralement drainée puis enrésinée à la fin des années 1960, mais les reboisements se sont finalement arrêtés à son immédiate périphérie, couvrant néanmoins la quasi-intégralité du bassin versant. Ceci a eu un impact important sur l’alimentation en eau de la zone humide. Dans les années 1970 une digue a été créée sur l'Arn en aval de la tourbière afin de créer une retenue DFCI. Ce petit plan d’eau constitue aujourd’hui un point d’attrait important pour le public.
  • Grandsagnes, la plus vaste des trois, est celle qui a subi les plus lourds impacts, associés à la création d’un "sylvetum" entre les années 1951 et 1969, laquelle s'est accompagné d'un drainage massif du site.
  • A l’inverse, la sagne d’Oustal Naout semble avoir été épargnée par les drainages ou les plantations. Mais les plantations résineuses proches, dans le bassin versant, ont probablement joué ici aussi un rôle négatif sur l'alimentation en eau, de par leur pouvoir de pompage et d'évapotranspiration.

C’est dans le cadre de la révision de l’aménagement forestier de la forêt domaniale du Somail en 1989 que le classement en RBD a été proposé pour les trois sagnes du Bourdelet, de Grandsagnes et d’Oustal Naout, avec un objectif de restauration des sites.

Géologie - Pédologie

Les trois tènements de la RBD se situent sur le vaste plateau du Somail, ensemble de dômes gneissiques parsemés d’affleurements granitiques et ceinturés par des séries schisteuses dont l’âge varie du Cambrien inférieur au Viséen.

Localisés en amont de ruisseaux ou en bordure d’étang, les sites de la réserve présentent des conditions de topographie locale propices à un fort engorgement, ayant permis la formation de sols tourbeux (histosols). Ces sols sont constitués presque exclusivement de débris végétaux évoluant très lentement en raison de la saturation en eau et de la faible oxygénation du milieu, empêchant l'activité biologique qui pourrait décomposer cette matière organique. Dans la réserve, il peut y avoir jusqu'à plus d’un mètre de tourbe, localement.

Les modifications apportées à l’alimentation en eau, en abaissant le niveau, ont généré une dégradation des histosols par décomposition de la matière organique (minéralisation), plus ou moins prononcée selon les secteurs. Il est à noter cependant que la retenue du Bourdelet a contribué à "rajeunir" la tourbière et à conserver, du moins à ses abords, une partie de tourbière encore active marquée par la présence de végétaux caractéristiques. 

Milieux naturels

Dans les trois sagnes, dont l'évolution a été en partie accélérée par les anciens drainages à finalité sylvicole, les habitats les plus répandus sont les tourbières dégradées à Molinie (CB : 51.2 - N2000 : 7120) et les saussaies marécageuses (44.92).

Au Bourdelet, un ruisseau (24.11 x 24.41 - 3260) alimente l'étang aux eaux oligotrophes (22.11 x 22.31 - 3130), lui-même bordé d'un bas marais acide à Trèfle d'eau et Laîche noire (54.4). Plus à l'écart se trouvent des prairies humides à Molinie (37.31 - 6410) et des landes (31.22 - 4030).

L’Oustal Naout comprend une prairie à Molinie (37.31 - 6410) ponctuée de plages de bas marais acide.

Grandsagnes est la plus étendue mais la plus dégradée des trois zones de la RBD. Elle garde les stigmates du drainage passée et se trouve largement dominée par l'habitat de tourbière dégradée à Callune et Molinie.

Flore

Bien qu'appauvries, les tourbières de la RBD des Tourbières du Somail abritent encore une flore caractéristique, avec des espèces de milieux tourbeux ou marécageux à affinités atlantiques, en limite de leur aire de répartition : Narthécie des marais, Scutellaire naine, Campanille à feuilles de lierre. Le Trèfle d’eau est également une espèce typique, inféodée aux tourbières.

La RBD abrite deux espèces protégées au niveau national : le Rossolis à feuilles rondes (Droséra), espèce caractéristique des milieux tourbeux, et l’Œillet superbe.

Faune

Les sagnes sont favorables à une forte diversité de niches écologiques à l’interface entre les écosystèmes terrestres et aquatiques. Ce complexe d'habitats permet la présence, la reproduction et/ou le passage de nombreuses espèces, souvent interdépendantes et très liées à la conservation de leurs habitats.

Les milieux aquatiques sont favorables aux odonates et aux amphibiens. Ainsi, la présence de l’Alyte accoucheur (PN, DH4), du Crapaud commun (PN), du Triton palmé (PN), de la Grenouille agile (PN, DH4), de la Grenouille rousse (PN) et de la Salamandre tachetée (PN) est avérée.

Le Bourdelet est un des deux sites de nidification du Grèbe castagneux (PN, DO1) connus sur le Somail. Il abrite aussi le Lézard vivipare (PN).

On soulignera la présence de mammifères inféodés aux milieu aquatiques tels que le Campagnol amphibie et le Crossope aquatique. Celle de la Loutre d’Europe est avérée depuis 2024. Ces espèces sont protégées au niveau national.

Gestion

Les tourbières, autrefois partiellement dégradées par des travaux aujourd'hui arrêtés grâce à leur classement en réserve biologique dirigée, sont désormais dans un état relativement stable. Bien que la colonisation par les ligneux y soit modérée, la gestion vise principalement à restaurer les habitats menacés par l’assèchement, notamment en supprimant les anciens canaux de drainage et en limitant la propagation des saules. Un réseau piézométrique a été installé pour surveiller les variations du niveau des nappes, et en 2024, une étude hydrologique a été lancée à Grandsagnes pour évaluer l’efficacité des actions passées et identifier de nouvelles améliorations.

Depuis la création de la RBD, le pastoralisme mis en place sur le Bourdelet, et dans une moindre mesure Grandsagnes, a permis de freiner l’évolution naturelle qui conduit sinon à l’envahissement par les ligneux hauts et la banalisation des biotopes. De plus, le passage des bêtes et le piétinement enfoncent la tourbe et permettent le dégagement et la création de nouveaux groupements floristiques pionniers.

Le site du Bourdelet, localisée à proximité du Saut de Vézoles, attire des touristes, notamment en saison estivale. Cette fréquentation a justifié la création d’un ponton et la mise en place de panneaux pédagogiques en 2017. Ces derniers décrivent l’historique du site, son fonctionnement et sa biodiversité, les travaux de gestion mis en place pour restaurer et préserver le site.

Ressources