Réserve biologique intégrale de la Gorge aux Loups
La Gorge aux Loups est une des sept réserves biologiques intégrales de la forêt domaniale de Fontainebleau. Elle est héritière d'une des anciennes séries artistiques créées en 1861 et qui ont été les premiers espaces naturels protégés au monde. En 1953 leur ont succédé les toutes premières réserves biologiques. Créée en tant que réserve biologique dirigée (RBD) en 1953, la réserve de la Gorge aux Loups a été convertie en RBI et agrandie en 2014.
La réserve de la Gorge aux Loups est concernée par la vaste ZNIEFF de type 1 "Massif de Fontainebleau", qui englobe toute la forêt domaniale et à laquelle sont superposées une ZSC et une ZPS.
Depuis 1965, la forêt de Fontainebleau est un site classé au titre de la loi sur les sites et paysages de 1930. Les forêts domaniales de Fontainebleau, des Trois Pignons et de la Commanderie constituent la plus grande partie de la zone centrale de la réserve de biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais, créée en 1998. Pour une protection maximale contre diverses pressions foncières, le massif a été classé en forêt de protection en 2002. Enfin, il a reçu le label Forêt d'Exception® en 2012.
Histoire
La réserve de la Gorge aux Loups est entièrement constituée de forêt ancienne, les cartes attestant la présence l'état boisé depuis au moins le XVIIIe siècle. Mais la situation des différentes parcelles est très contrastée.
La parcelle 527 et une partie de la parcelle 526 se trouvent dans le périmètre des anciennes séries artistiques créées par décret impérial du 18 juillet 1861. Cette mesure avait été prise à la suite de revendications des artistes de l'école de Barbizon, qui souhaitaient voir les motifs de leurs œuvres (arbres remarquables, paysage, mares...) préservés des exploitations forestières.
La parcelle 527 a été classée en réserve biologique en 1953, en tant que RBD, sur une surface de 27,8 ha. En 2014, la réserve a été convertie en RBI et agrandie (à 82,1 ha) avec la parcelle 526 et la parcelle 518.
Durant la soixantaine d'année qu'aura duré son classement en RBD, lapartie initiale de la réserve de la Gorges aux Loups n'a en fait subi aucune intervention. La parcelle 527 est même restée en libre évolution depuis 1861.
Quant aux parcelles 518 et 526, leur naturalité est bien moindre. Elles avaient été plantées de résineux au début du XXe siècle, après avoir été autrefois constituées de landes parcourues par des incendies. Les dernières exploitations y remontent aux années 1990.
©ONF
Géologie - Pédologie
La substrat de la réserve est constitué principalement de sable de Fontainebleau, couronné de platières de grès formant des bandes d'orientation est-sud-est / ouest-nord-ouest, le tout appartenant au Stampien moyen. L'érosion a creusé les sables en petits vallons (dont la Gorge aux Loups), tandis que les grès forment les points hauts (dont le rocher Boulin). Certains versants sont recouverts de blocs de grès provenant du démantèlement des platières.
Dans la partie ouest de la réserve, le grès est surmonté par le calcaire d'Etampes (Stampien supérieur). Là comme dans les fonds, le substrat est plus ou moins recouvert de limons des plateaux, d'origine éolienne sous climat périglaciaire et comportant une partie de sables locaux remaniés (sables soufflés).
Sur sables de Fontainebleau en place et sables soufflés épais, siliceux et acides, les sols sont des podzols. Là où le calcaire est présent à faible profondeur, on passe à des brunisols, plus riches en éléments nutritifs.
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Milieux naturels
L'habitat naturel dominant et la principale richesse de la réserve est la hêtraie atlantique acidiphile à Houx (CB : 41.12 - N2000 : 9120), qui présente dans la partie ancienne de la réserve une maturité remarquable avec de nombreux sujets âgés ou dépérissants. C’est un milieu très riche en gros bois et en bois mort de toutes dimensions. Sur les sols les moins acides, l'habitat passe à la hêtraie neutrophile (sensu lato) (41.13 - 9130). Le Hêtre est prépondérant dans l'étage dominant et le chêne encore bien présent, mais sous forme de vieux sujets et il est globalement en régression ; le sous-étage est dominé par le Hêtre, accompagné du Charme. Le Chêne sessile et le Pin sylvestres sont spontanément plus abondants, car moins concurrencés, dans les chaos de blocs sur sols particulièrement acides et filtrants.
Dans l’autre partie de la réserve, on trouve des milieux anciennement artificialisés par des plantations de résineux : Pin sylvestre, Pin laricio de Corse ainsi que des Douglas ; ces derniers, notamment parcelle 526, en bordure de route, peuvent avoir belle allure (une vingtaine de mètres de haut et des diamètres de 70 cm). Les feuillus indigènes (bouleau, tremble, chêne) se développent en sous-étage de ces peuplements résineux.
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Flore et fonge
La flore vasculaire est typique des habitats forestiers présents et donc relativement pauvre en espèces : 58 ont été trouvées, ainsi que 37 espèces de mousses et 17 de lichens.
Les champignons sont une richesse de la réserve. Entre 2018 et 2020, le réseau Mycologie de l'ONF a mis en évidence 199 espèces.
©Dominique Amon-Moreau / ONF
Faune
Comme pour la flore et les champignons, l'intérêt principal de la réserve concerne les insectes liés aux bois morts. Parmi les coléoptères saproxyliques, ont notamment été trouvés 24 espèces bioindicatrices de la qualité des forêts françaises, dont le Lucane cerf-volant (DH2) et le Grand capricorne (DH2 et 4, PN), relativement communs, mais aussi le très rare Taupin violacé (DH2).
favorable à certains insectes saproxyliques
©Dominique Amon-Moreau / ONFGestion
Comme dans toute RBI, les peuplements de la réserve de la Gorge aux Loups sont placés en libre évolution. Seules des opérations de sécurisation sont conduites en bordure des routes et chemins longeant la réserve, les arbres coupés y étant laissés sur place. Les ongulés restent régulés par la chasse, en l'absence de prédateurs naturels.
La réserve n'étant parcourue par aucun sentier de randonnée préexistant balisé et sécurisé (à la différence de plusieurs autres RBI bellifontaines), la circulation du public y est interdite.