Dans la vie de la sécherie de la Joux à l'heure du Plan de relance

Partez à la rencontre de Jérôme Lejeune, technico-commercial à l'Office national des forêts (ONF) à l’unité de production Sécherie de la Joux dans le Jura.

Lors de l’automne 2020, la Sécherie de la Joux était en pleine effervescence. Notre plan d’approvisionnement en graines était bouclé depuis le mois de juin et nous réceptionnions les différentes récoltes. Cette année, le printemps très clément laissait présager une fructification exceptionnelle.

Nous avons donc élaboré un plan d’approvisionnement très ambitieux avec des objectifs bien supérieurs aux années passées, particulièrement sur les espèces ayant du potentiel dans l’adaptation des forêts au changement climatique, comme le sapin de Bornmuller ou le cèdre de l’Atlas. D’ailleurs, nous avons établi ces prévisions sans certitude sur le budget que nous allions pouvoir mobiliser pour des récoltes aussi importantes.

Il y aura forcément des sujets pour lesquels l’arbitrage sera compliqué, notamment autour du chêne pubescent et du cèdre de l’Atlas. Pour ces essences stratégiques, les peuplements de récoltes se situent majoritairement en forêts publiques, la priorité sera donc naturellement donnée à l’Office.

Jérôme Lejeune, technico-commercial à l’unité de production Sécherie de la Joux.

Et puis, il y a eu l’annonce du Plan de relance. Véritable bouffée d’oxygène face à nos incertitudes quant au financement de nos récoltes massives, il a aussi relativement bousculé notre activité. Malgré un plan d’approvisionnement très ambitieux, nous avons dû revoir nos prévisions pour augmenter les récoltes de graines pour certaines essences d’accompagnement intéressantes en termes de diversification, telles que l’érable, l’alisier ou le cormier.

Nous avons également réajusté les récoltes sur des espèces stratégiques comme le chêne pubescent et le cèdre de l’Atlas, des essences phares dans le cadre de l’adaptation des forêts au changement climatique.

Sécherie de la Joux. - ©ONF / Imagéo

Des besoins immenses

Les besoins en chêne pubescent sont notamment immenses : nous sommes passés de 500 litres de glands par an, à 10 000 litres rien que pour l’Office. Malheureusement, contrairement aux autres essences, il n’a pas très bien fructifié cette année. Pour optimiser les récoltes effectuées par ramassage au sol, nous avons donc exceptionnellement fait appel à des grimpeurs afin de secouer les branches et faire tomber plus de glands.

Du côté du cèdre, nous sommes allés estimer les fructifications dans les peuplements classés du Lubéron. Nous pensions alors récolter 20 à 30 hectolitres de cônes. Mais, depuis le sol, il est difficile d’apprécier ce qu’il y a dans les arbres et finalement, près de 120 hectolitres nous ont été livrés, soit environ 2 millions de plants.

Je suis là depuis 7 ans, et c’est la première fois que je vois autant de cèdres circuler dans la sécherie ! Malgré les bonnes récoltes, nous ne ferons pas de stocks cette année sur les essences stratégiques. Nous espérons quand même fournir au moins 80% des demandes de l’Office pour les essences traditionnelles présentes en France. Nous nous devons aussi de fournir un minimum de graines aux forestiers privés car le Plan de relance les concerne au même titre que l’Office.

Schéma représentant le parcours du traitement des graines en sécherie. - ©ONF

Dans le cadre du Plan de relance, l’Office prévoit également la plantation à petite échelle d’essences méridionales et exotiques dont le potentiel est intéressant pour l’adaptation des forêts au changement climatique. Nous importons donc des graines issues de semenciers étrangers. Cependant, cela suggère de nombreux paramètres que nous ne maîtrisons pas : germinations précoces, douanes…

Entre les récoltes massives, celles identifiées au jour le jour et celles relancées soudainement sur des essences déjà bouclées… on peut dire que l’année fut très dense. Mais face aux enjeux, nous espérons que les prochaines années seront aussi bien fournies en graines !

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