La forêt du Semnoz, aux portes d'Annecy – ©Giada Connestari / Imagéo / ONF

La forêt du Semnoz, un joyau près de la ville et de la montagne

Quelles sont les caractéristiques d'une forêt de montagne ? Découvrez un exemple avec le massif du Semnoz, qui surplombe la belle ville d'Annecy et son lac. Là-bas, les forêts abondent aussi bien de randonnées haut perchées que de balades urbaines. L’endroit rêvé pour parcourir les Alpes sauvages, riches de cerfs ou de très rares tétras lyres.

Son profil rocheux surplombe la ville d’Annecy. Recouverte de forêts depuis son pied jusqu’à ses crêtes, le Semnoz est une montagne verte, boisée de pic en cap. Son sommet n’a pas volé son surnom de "montagne aux Annéciens". Avec plus de 820 hectares de hêtraies et de sapinières, la forêt domaniale du Semnoz et sa voisine la forêt communale d'Annecy, y représentent un inestimable poumon vert pour l’agglomération savoyarde. Une forêt urbaine autant que de haute altitude : en matière de sorties, le Semnoz semble en effet avoir réponse à tout, qu’il s’agisse de courtes balades aux portes de la ville ou de longues randonnées face au Mont-Blanc.

En été, à pied ou en VTT, les plus sportifs peuvent s’attaquer à ses hauteurs par la face nord, abrités de la chaleur par le couvert des arbres. A partir de 1 300 mètres, les boisements s’espacent pour céder la place aux alpages et à leurs pelouses rases. Au sommet, les pistes de ski et les sentiers de randonnée de la station du Semnoz, accessible par la RD41, offrent des vues sublimes sur les Alpes. "C’est un vrai paradis pour les activités de haute montagne, mais entre les randonneurs, les bergers et leurs troupeaux et les Tétras lyres, le forestier a fort à faire," explique en riant Gaël Gautier, le responsable de l’Unité territoriale Bauges Aravis à l’Office national des forêts (ONF).

En images, la forêt du Semnoz...

Un refuge sauvage pour les oiseaux rares

Le Semnoz se situant dans le Parc naturel régional du massif des Bauges, ses chemins traversent en effet l’habitat du célèbre Tétras lyre, un coq de bruyère protégé, et de la Gélinotte des bois, une cousine rare et protégée de la perdrix, dont les forestiers veillent à préserver la tranquillité.  

Le promeneur discret aura peut-être la chance de voir s’enfuir devant lui au détour d’un sentier quelques cerfs et chevreuils… En matière de gestion des populations de cervidés, la forêt du Semnoz représente un site de référence. Ceux-ci ne sont pas toujours les alliés du forestier. Car dans le froid de l’hiver alpin, il ne reste souvent à la biche que les pousses tendres des jeunes arbres à se mettre sous la dent, ce qui peut mettre en danger la régénération de la forêt lorsque le nombre des herbivores devient trop grand.

Dès les années 1990, face à l’explosion de leur population, les gestionnaires ont donc mis en place un fin maillage de placettes témoins (petites zones dans la forêt) pour surveiller avec attention leur impact sur les 15 000 hectares du massif. "Chaque année, à la fonte des neiges, nous avons une semaine pour compter les bourgeons terminaux qui ont été broutés sur 250 placettes", précise Alain Lagauzère, le forestier du Semnoz. Et adapter ensuite les plans de chasse en conséquence, afin que faune sauvage et forêt soient à l’équilibre.

Les forêts en devenir, elles, se dissimulent souvent un peu à l’écart des pistes : poussant sur un tapis de myrtilles, les plants de hêtres ou de sapins y sont mis à l’abri de la convoitise des rongeurs derrière une fine clôture plastifiée.

Pour observer d’un peu plus près daims ou même mouflons, il suffit de prendre la route du Semnoz jusqu’au parc de la Grande Jeanne. Une ancienne maison forestière entourée de prairies y a été transformée en parc animalier : cerfs, biches et faons y paissent tranquillement pour le plus grand bonheur des petits et des grands.

Ce chemin est sans doute la meilleure manière de découvrir Annecy, car il circule en hauteur, en balcon, à 450 mètres au-dessus de la ville dans le joli sous-bois de la forêt communale.

Gaël Gautier, responsable de l’unité territoriale Bauges Aravis à l'ONF.

Cette visite champêtre se prolonge par le sentier des crêtes, une balade facile, depuis la Grande Jeanne ou à partir de la route des Espagnoux. Le point de vue parfait, pour regarder à l’automne, les frondaisons des liquidambar et des érables s’embraser de rouge et de jaune…

La forêt en détails...

Des ruines hantées… par les chauve-souris

Mais pour se frotter aux plus vieux troncs des arbres du massif, direction les ruines de l’ancien couvent de Sainte-Catherine, à partir du parking de Vovray. Suspendue entre deux crêtes, le Crêt du Maure et les Rochers du Bec, sa combe boisée, dominée par le Semnoz, a été habitée entre le XIIIe et le XVIIIe siècle par des nonnes.

Selon une rumeur, les religieuses hanteraient toujours les lieux à la nuit tombée… à moins que ce ne soient plutôt les chiroptères : "en effet, le monastère en ruine fait surtout le bonheur des chauve-souris, s’amuse Gaël Gautier, qui sont nombreuses à trouver refuge dans la tranquillité de cet espace boisé classé."

Riche en eau, ce vallon à l’abri des rigueurs du climat montagnard, constitue une véritable réserve de "gros bois" pour les forestiers. On accède ainsi au fond de la combe en marchant sous de hauts troncs, dans l’odeur de résine de l’une des seules futaies régulières d'épicéas en France. Au bout du sentier, les pelouses de la clairière de l’ancien couvent constituent la halte de pique-nique idéale, avec vue sur la montagne et sur le lac annécien.

Au chevet des mares forestières

En contrebas des ruines, un petit chemin mène vers une mare d’eau noire, dont les forestiers veillent de saison en saison à éviter le comblement. Troncs morts et broussaille s’y accumulant menacent en effet l’existence du minuscule point d’eau, dont le curage se fait au besoin très prudemment, afin de ne pas percer la couche argileuse retenant les eaux. Si l’apparence du lieu et son étendue sombre peuvent paraître inquiétantes, il n’en est rien.

Les eaux sont noires car elles sont riches en matière organique. Cette mare est intéressante à la fois pour les insectes, les oiseaux, les batraciens mais aussi les cervidés qui viennent s’y abreuver. A condition toutefois d’éviter sa fermeture, car sans nous, ce type de mare se colmaterait spontanément.

Julien Masse-Navette, forestier ONF à Annecy.

Les lieux à ne pas manquer

  • La station du Semnoz, accessible par la RD41 et ses sentiers de randonnée.
  • Le parc animalier de la Grande Jeanne, par la route du Semnoz.
  • Le sentier des crêtes à partir du parc animalier de la Grande Jeanne ou en bout de la route des Espagnoux.
  • Le vallon de Sainte-Catherine, à partir du parking de Vovray.

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