Protehyl, vers une solution écologique de lutte contre l'hylobe

Morsures liées à l'hylobe – ©François-Xavier Saintonge / DSF

Les risques liés à l'hylobe

L’hylobe (Hylobius abietis, L.) est le premier ravageur des plantations d’essences résineuses en Europe. Présent partout en France, sa prévalence est plus forte dans les régions où prédominent les boisements de conifères plantés, notamment le long d’une diagonale Bordeaux-Metz. L’adulte pond d’avril à juillet sur les souches fraîchement coupées (préférence pour le Pin ou l’Epicéa), notamment dans les coupes rases de résineux. Les larves se développent sous l’écorce des racines pendant 5 à 18 mois, les adultes émergent à la fin de l’été et effectuent un repas de maturation sexuelle sur l’écorce des jeunes plants de conifère avec une préférence pour le Douglas et le Mélèze. Ils hivernent ensuite dans la litière puis ré-émergent au printemps suivant, où ils se nourrissent à nouveau avant de pondre. Ainsi, deux vagues d’attaques sont observées au printemps et en fin d’été. Les morsures des insectes interrompent le flux de sève, réduisent la croissance et peuvent entrainer la mort des plants.

Cycle de vie de l'Hylobe - ©INRAe

Quelques chiffres clés concernant la 1ère année de plantation...

On peut considérer que le risque est probablement stable à l'échelle du territoire national depuis plusieurs décennies, mais que l'augmentation brutale des coupes de résineux en Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté va engendrer des populations d'hylobe inédites.

François-Xavier Saintonge, expert au Département de la Santé des Forêts (DSF)

L'hylobe touche-t-il tous les résineux de la même manière ?

Essences Nombre de plants vendus (en millions) Surface plantée % de plantations attaquées par l'hylobe
Pin maritime 40,7 30 860 ha  6 %
Douglas 10,1 9 210 ha  31 %
Autres résineux 11,3 7 510 ha  18%
Total 62,1 47 580 ha  21 %

 

À ce jour, aucune méthode simple et fiable ne permet de prévoir le niveau de dégâts à court ou à moyen terme.

Feuilles de bouleau – ©ONF

Problématique du projet

Les Bouleaux peuvent-ils protéger les Douglas contre les Hylobes... ?

ProteHyl explore des solutions fondées sur la nature, alternatives à l’usage de produits chimiques. Les scientifiques ont déjà mis en évidence, en laboratoire, les propriétés « anti-ravageur» du Bouleau, qui reposent sur 3 mécanismes complémentaires :

  • effet répulsif sur les ravageurs ;
  • induction des défenses chez les arbres à proximité ;
  • attirance pour les prédateurs des ravageurs.

Dans ce projet, c’est grandeur nature que nous testerons différentes techniques forestières pour tirer profit de ces propriétés prometteuses du bouleau.

Structurellement, la forêt française présente beaucoup de peuplements résineux issus de programmes de boisement de l’après-guerre, arrivant à maturité et devant être renouvelés. Conjoncturellement, la crise sanitaire dans le Grand Est (sécheresse et scolytes) a engendré une exploitation anticipée des plantations d’épicéa en 2019-2020, estimée à l’équivalent de 10 années de récolte, et par suite un besoin de reconstitution de plus de 60 000 ha en peuplements résineux. Les perspectives de plantation à court terme sont donc à la hausse mais ces plantations de résineux après coupe de résineux sont particulièrement propices aux attaques d’hylobe.

Le Douglas en quelques chiffres...

La France
1er
producteur de Douglas en Europe
1/3
de la production de sciages résineux
11 millions
de plants commercialisés/an
9 000
ha/an de Douglas plantés
Tronc de bouleau – ©ONF

Objectifs du projet

Ce projet poursuit trois ambitions :

  1. Evaluer rigoureusement, via un réseau expérimental national, l’efficacité de différentes méthodes de protection faisant appel au bouleau (planté, broyé, sous forme de molécule diffusée).
  2. Vérifier que ces techniques seront bien acceptées par les propriétaires et entrepreneurs forestiers.
  3. Intégrer ces techniques dans la stratégie de gestion globale du ravageur (détection, prévention) au niveau des territoires forestiers.

L’ONF s’est engagé fortement et sans ambiguïté sur l’arrêt de l’utilisation des produits phytosanitaires en forêt, ce projet Protehyl illustre le besoin de progrès technique que nécessite un tel engagement, puisque les ravageurs sont toujours aussi menaçants pour l’avenir de la forêt !
Gérer les risques avec des solutions fondées sur la nature, voici la raison d’être de ce travail associant forestiers publics et privés, gestionnaires et pépiniéristes, professionnels et chercheurs.

Vincent Boulanger, responsable du projet Protehyl - expert RDI (ONF)

... quels sont les résultats attendus ?

Bouleau - ©ONF

ProteHyl devrait permettre de mettre au point différentes techniques préventives de lutte contre l’hylobe, source d’innovation dans les pratiques forestières.

Le premier résultat attendu est la possibilité de se soustraire à l’usage d’insecticides de synthèse, en les substituant par l’usage de propriétés naturelles d’une plante compagne (le bouleau).

Nous espérons également identifier les avantages et inconvénients techniques, logistiques, ergonomiques et environnementaux des différentes méthodes pour que les reboiseurs puissent proposer aux propriétaires forestiers des itinéraires de plantation en toute connaissance de cause.

Jeunes plants résineux en pépinière – ©ONF

Le fonctionnement du projet et les liens avec le méta-projet hylobe

 

 

Organisation du projet

Organisation du projet - ©Cecile Nivet / Xylofutur

Les différentes phases du projet

Volet 1
Implantation du réseau de sites expérimentaux
Volet 2
Suivi des sites et analyse des données
Volet 3
Elaboration de méthodes opérationnelles partagées par les acteurs
Volet 4
Communication au sein de la filière forêt-bois

Les partenaires du projet

Les financeurs du projet

Quelques photos...