Avec le plan de relance, les pépiniéristes au cœur de la forêt de demain

Pour adapter les forêts françaises aux phénomènes de sécheresse, l’Office national des forêts (ONF) implante de nouvelles essences plus résistantes aux fortes chaleurs. Un projet de grande ampleur mené main dans la main avec les pépiniéristes forestiers. Dans le cadre du plan de relance, l’Etat prévoit un soutien pour la filière "graines et plants".
Entretien avec Samuel Lemonnier, pépiniériste forestier en Normandie.

 

Ce plan de relance prévoit 200 millions d’euros pour la forêt, avec notamment un soutien pour la filière "graines et plants", et vise à engager des actions pour adapter les forêts françaises au réchauffement climatique. Comment les pépiniéristes participent, eux aussi, à anticiper ce changement ?

A la pépinière Lemonnier, cela fait dix ans que l’on a commencé à faire des tests sur des essences, dites "d’avenir" et que nous les élevons en production. Ce sont des espèces d’arbres qui pourraient convenir à la forêt de demain. Parmi ces essences d’avenir, il y a des variétés anciennes, abandonnées, que l’on peut remettre au goût du jour. C’est le cas du cyprès de Lawson par exemple. Des arbres du sud de la France peuvent être des essences d’avenir pour le Nord ou l’Est de la France.

Il y a aussi des essences nouvelles, que l’on ne connaît pas et que l’on importe d’autres continents comme le pacanier. Résistant aux sécheresses, ce noyer américain pourrait convenir dans certaines forêts françaises. Dans le cadre du projet "FuturForEst" de l’ONF, qui a pour objectif de penser les forêts de demain dans le Grand-Est, nous cultivons également du sequoia toujours vert, du chêne pubescent et du liquidambar. Le travail du forestier est d'envisager la forêt dans 60, 80, voire 100 ans pour certaines essences comme le chêne. Nous, pépiniéristes, devont les soutenir dans cette démarche.

Quelques essences d'avenir à la pépinière Lemonnier :

Rencontrez-vous des difficultés avec ces essences d’avenir ?

Ces tests sur les essences d’avenir ont leur lot de problématiques que seul le temps pourra résoudre. Premièrement, nous élevons ces essences en pépinière sans savoir quels résultats nous aurons une fois les plants introduits dans les parcelles. Deuxièmement, dans ces phases de tests la difficulté est de trouver une ressource en graines suffisante. C’est un point essentiel qu'il faudra développer dans les années à venir et sur lequel tous les acteurs du monde forestier, l'ONF, l'INRAE, l'Etat, doivent travailler dès aujourd'hui pour garantir l'avenir des forêts et leur résilience face au changement climatique. Au stade où nous en sommes, le partage d’informations et la mise en commun du savoir-faire sont deux aspects fondamentaux. Nous sommes tous conscients que le temps presse.

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