Hauts-de-France : une mosaïque forestière en pleine transformation
Une richesse exploitée par l'Homme
Avec seulement 16,3 % de leur surface boisée, les Hauts-de-France figurent parmi les régions les moins forestières de France. Cette proportion modeste, à comparer avec les 30 % de la moyenne nationale, résulte d’une histoire marquée par la richesse des sols où l’on a privilégié les cultures plus que la forêt, une forte densité de population et une urbanisation intense.
Aujourd’hui, la forêt régionale couvre 520 460 hectares, répartis de façon inégale selon les départements :
- Oise : 21 % de taux de boisement, le plus élevé de la région ;
- Aisne : 19 % ;
- Somme et Nord : chacun 9 % ;
- Pas-de-Calais : 8 %.
Ces forêts, souvent morcelées et relativement jeunes, portent l’empreinte des grands cycles de défrichement puis de reconquête forestière du XXe siècle. Quelques ensembles se distinguent néanmoins par leur ampleur et leur diversité :
- les massifs historiques du sud de la Picardie (Compiègne, Retz, Chantilly–Halatte–Ermenonville, Saint-Gobain) ;
- les grands boisements de l’Avesnois (Mormal, Abbé Val-Joly, Anor, Fourmies, Trélon) ;
- la plaine de la Scarpe (Raismes-Saint-Amand-Wallers) ;
- la forêt de Crécy-en-Ponthieu ;
- les massifs du Boulonnais (Boulogne, Desvres, Hardelot) ;
- les forêts du littoral (Côte d’Opale et Ecault).
Cette diversité géographique constitue un socle précieux pour les enjeux écologiques et sociétaux contemporains.
Des paysages forestiers façonnés par l’histoire
Dunes littorales, hêtraies cathédrales, allées cavalières, clairières humides… Les forêts des Hauts-de-France composent un patrimoine paysager d’une richesse insoupçonnée. Elles témoignent aussi, parfois de manière spectaculaire, des grandes étapes de l’histoire régionale.
La forêt de Raismes–Saint-Amand–Wallers, au cœur du Parc naturel régional Scarpe-Escaut, illustre cette interaction entre nature et industrie. Les affaissements miniers ont donné naissance à des marais, étangs et zones humides, aujourd’hui devenus des havres de biodiversité, dont la célèbre mare à Goriaux.
Dans les forêts royales de Compiègne et de Retz, intimement liées aux châteaux de Compiègne et Villers-Cotterêts, l’histoire se lit au détour des carrefours en étoiles et grandes allées cavalières tracés pour les chasses à courre, des chênes ou des hêtres multi-centenaires classés remarquables ou encore de l’allée des Beaux-Monts, témoin de la présence de Napoléon III, ou de l’allée royale qu’empruntait François 1er.
Plus à l’ouest et au nord, les blockhaus disséminés dans les forêts Saint-Gobain, Saint-Michel, Mormal, Nieppe ou Boulogne rappellent l’intensité des conflits du XXe siècle et le rôle stratégique de ces espaces naturels. Cette intensité se mesure également dans les forêts de Vimy et de Vauclair, hauts-lieux du tourisme de mémoire, façonnées par les trous d’obus et la reconstruction d’après-guerre.
Ces paysages composites incarnent la capacité des forêts des Hauts-de-France à conserver et protéger les marques laissées par les sociétés humaines au fil des siècles.
Des forêts aux paysages variés
©Félix Vigné / ONF
©Félix Vigné / ONF
©Félix Vigné / ONF
©Manon Frangeul / ONF
©ONF
©Elise Picquet
©Elise Picquet
©Félix Vigné / ONF
©Office de tourisme
Une biodiversité remarquable et protégée
Ces massifs forestiers abritent une biodiversité exceptionnelle, tant par leurs milieux que par les espèces qui y trouvent refuge. Avec 17 réserves biologiques et 65 500 hectares classés Natura 2000, les forêts domaniales constituent un sanctuaire pour 31 % de la flore régionale d’intérêt patrimonial.
Parmi les espèces emblématiques ou menacées :
- le Chat forestier, discret et exigeant ;
- la Martre, emblème des grands massifs feuillus ;
- la Barbastelle d’Europe, chauve-souris forestière rare ;
- des papillons patrimoniaux comme le Petit Mars changeant ;
- des espèces de flore tel le Lobaria pulmonaria en forêt de Boulogne ou le Dichrane vert en forêt de Compiègne ;
- la Cigogne noire, présente surtout dans l’Avesnois et la Thiérache.
Grâce au patient travail des forestiers, plusieurs milieux sensibles ont été restaurés ou mis en valeur. Des mares telles que la mare aux Pourceaux (forêt de Crécy) ou celles du canton du Vivier-Corax (forêt de Compiègne) ont obtenu le label « Mare remarquable » du Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France.
Depuis 2010, un vaste programme de restauration hydraulique est également conduit en forêt de Compiègne, associant renaturation de rus, création de frayères, et sensibilisation du public via un sentier pédagogique. En forêt de Mormal, plus de 1 000 hectares de cours d’eau sont protégés au titre de Natura 2000, confirmant le rôle majeur de ces milieux dans la résilience écologique régionale.
Certaines de ces actions bénéficient de financements par l’Etat dans le cadre des missions d’intérêt général (MIG Bio) ou bien de mécénats grâce au fonds Agir pour la forêt. Suivis de la macrofaune, inventaires mycologiques, lutte contre les espèces exotiques envahissantes, écopâturage, travaux de protection de la faune et de la flore, etc, sont autant de projets mis en œuvre par les agents de l’ONF.
La filière forêt-bois : un moteur économique et écologique
Au cœur de la transition écologique, la filière forêt-bois occupe une place stratégique dans les Hauts-de-France. Outre son rôle clé pour la biodiversité, la forêt assure de multiples services écosystémiques :
- d’approvisionnement (bois d’œuvre, bois-énergie, fibres, eau) ;
- de régulation (qualité de l’air, lutte contre les crues, fertilité des sols) ;
- culturels (paysages, loisirs, bien-être, identité locale).
Selon l’IGN, le capital forestier des forêts domaniales régionales est en progression. Le volume moyen, autour de 200 m³/ha, correspond à un niveau de maturité satisfaisant. La récolte, majoritairement constituée de hêtre et de chêne, se répartit de manière équilibrée :
- 50 % de bois d’œuvre destinés au sciage ;
- 50 % de bois d’industrie et énergie.
Cette dynamique s’effectue dans le cadre d’une gestion durable, certifiée PEFC, et sans décapitalisation du patrimoine forestier.
La filière forêt-bois représente en France environ 400 000 emplois, dont plus de 40 000 dans les Hauts-de-France – davantage que l’industrie automobile régionale. Produire du bois localement, dans le respect des capacités naturelles d’accroissement, permet d’alimenter une économie non délocalisable, de soutenir les territoires ruraux et de contribuer à la décarbonation.
Un engagement fort pour la réindustrialisation locale
Dans le cadre de la stratégie nationale de réindustrialisation, l’ONF développe des contrats d’approvisionnement directs auprès des transformateurs régionaux. Ce dispositif, qui privilégie les circuits courts, présente plusieurs avantages :
- sécurisation de l’approvisionnement pour les entreprises ;
- meilleure visibilité pour investir et se moderniser ;
- limitation des exportations de bois brut ;
- création de valeur ajoutée locale et d’emplois ;
- réduction des impacts liés au transport.
Ainsi, dans les Hauts-de-France, le bois issu des forêts domaniales est vendu à 60 % environ par l’intermédiaire de contrats. Ce modèle vertueux s’inscrit dans une logique territoriale soutenue par l’État et les collectivités, visant à renforcer l’autonomie de la filière française tout en garantissant une gestion forestière durable.
Des forêts face aux défis sanitaires et climatiques
Les massifs publics des Hauts-de-France n’échappent pas à la crise sanitaire qui touche la forêt française. Sur les 120 000 hectares de forêts publiques, 15 à 20 % sont aujourd’hui affectés par des dépérissements importants :
- plus de 3 000 ha de frênes touchés par la chalarose, notamment dans le Boulonnais ;
- plus de 1 000 ha d’épicéas victimes des scolytes ;
- plus de 15 000 ha de grands feuillus fragilisés (dont ceux de Chantilly ou Compiègne).
Ces situations obligent les forestiers à ajuster en profondeur leurs pratiques : adaptation des itinéraires sylvicoles, révision des aménagements forestiers, gestion de crise, valorisation rapide des bois dépérissants, mais aussi explication et dialogue avec les territoires pour accompagner cette transition.
Pour renforcer la résilience des massifs, l’ONF déploie le concept de « forêt mosaïque » qui vise à diversifier les essences et à multiplier les modes de sylviculture à l’échelle du paysage. Financé par le plan de relance, puis par France 2030 et France Nation Verte, cet effort a permis de reconstituer en cinq ans plus de 2 000 hectares de forêts publiques avec plus de 40 essences différentes, soit 2,5 millions de plants.
Des forêts ouvertes, partagées et concertées
Dans un contexte de changement climatique, les attentes envers la forêt augmentent, que ce soit de la part des élus, des associations ou simplement des usagers. La pratique de la concertation se développe au quotidien dans les territoires. De nouveaux savoir-faire et savoir-être contribuent au dialogue sur le long terme.
En forêt de Compiègne, une stratégie partagée pour les forêts du Grand Compiégnois a été élaborée entre 2021 et 2022, en étroite association avec les élus, associations et usagers. Cette démarche a permis de renforcer les actions d’accueil, de préservation de la biodiversité et d’adaptation de la forêt au changement climatique.
En forêt de Retz, labellisée Forêt d’Exception® en 2022, c’est un contrat de projet de 21 actions qui est mis en œuvre avec la Communauté de communes de Retz-en-Valois et le Centre des monuments nationaux, associant l’ensemble des partenaires du territoire à la protection et valorisation des richesses patrimoniales de la forêt.
En forêt de Mormal, un dispositif de médiation indépendant a conduit à la co-construction d’un plan d’actions commun entre l’ONF, les acteurs locaux et les habitants.
Dans le Boulonnais, la crise de la chalarose du frêne a donné lieu à un vaste chantier de replantation et à un dialogue renforcé avec les collectivités pour bâtir une vision partagée du paysage forestier de demain.
Ces expériences montrent que la forêt des Hauts-de-France, bien qu’exposée à des enjeux complexes, se construit aujourd’hui dans un esprit ouvert, participatif et résolument tourné vers l’avenir.
Le territoire en bref
L'ONF en région Hauts-de-France
L’ONF rassemble dans cette région des équipes mobilisées au service de la filière forêt bois et du développement des territoires.
Pour toute demande concernant une forêt du Pas-de-Calais, du Nord et de la Somme, nous vous invitons à contacter l'Agence territoriale de Lille.
Si votre sollicitation concerne une forêt située dans l'Aisne ou l'Oise, vous pouvez vous rapprocher de l'Agence territoriale de Compiègne.