Planter les forêts de demain, un défi face au réchauffement climatique ?

L'été dernier l’a confirmé : le changement climatique et les insectes ravageurs ont des impacts dévastateurs sur les forêts françaises. Face à ce nouveau contexte, l’ONF et ses partenaires mènent des recherches. Explications.

En 2019, 218.305 d’hectares de forêt publique ont été touchés par des dépérissements, selon cette carte réalisée par l'ONF. La sécheresse exceptionnelle de l'été et les attaques de scolytes ont profondément affaibli les forêts. Ces scénarios sont amenés à se reproduire en raison du dérèglement climatique. Mobilisé, l’ONF entreprend des projets de recherche avec notamment l’Inra Nancy et Agro Paris Tech pour développer des nouvelles méthodes de plantation et de choix d’essences d'arbres.

©ONF/Nathalie Pétrel

Grand Est : l'enjeu majeur du choix des essences

Le changement climatique a de nombreux impacts : augmentation des températures, des vagues de chaleur et du dessèchement des sols au cours de toutes les saisons. Ces modifications entraînent un dépérissement des essences et une baisse de productivité pour la filière forêt-bois.

La région Grand Est et Bourgogne Franche-Comté figurent parmi les plus touchées. La sécheresse est accentuée par le climat continental, des sols plus propices à se dessécher et la présence d'insectes ravageurs particulièrement actifs. Ainsi, les hêtraies de plateaux calcaires subissent de plein fouet la sécheresse, les chênaies mixtes sont sous la pression de la chenille processionnaire du chêne et les résineux sont attaqués par le scolyte.

Pour lutter contre ces phénomènes, l’ONF s’engage à trouver de nouvelles essences d'arbres, plus adaptées à l’augmentation des températures et aux insectes ravageurs. En partenariat avec Agro Paris Tech, et dans le cadre du projet Espérance/RENEssence, la vulnérabilité des essences présentes en France est évaluée en fonction des différents enjeux exposés. Les chercheurs la caractérisent en observant le volume des arbres, en réalisant des prélèvements afin d’avoir une représentation du risque des espèces face au changement climatique.

Plantation de chênes. - ©ONF

Les données recueillies lors de cette étape permettent ensuite aux équipes du projet CARAVANE (CAtalogue RAisonné des VAriétés Nouvelles à Expérimenter), coordonné par Brigitte Musch de l’ONF, de réaliser un répertoire des différentes essences en fonction de plus de 34 critères. Une fois ces essences caractérisées, les forestiers de l’ONF pourront choisir celles qui seront le plus adaptées au climat local, au sol et aux modèles d’évolution des températures dans la région.

Des îlots d’avenir sont alors constitués pour permettre d’observer l’adaptation des nouvelles essences. Le réseau de test d’essences et de provenances ainsi constitué servira de véritable expérimentation grandeur nature des études scientifiques réalisées. Les forestiers réaliseront les plantations et le suivi des arbres tout au long de leur vie.

La demande en bois est forte, il faut donc trouver des essences résistantes qui auront les mêmes propriétés que les essences traditionnelles.

Myriam Legay, Ingénieure à Agro Paris Tech

Préparer les sols, une alternative aux pesticides

Il est nécessaire de trouver de nouvelles essences mais également de définir de nouvelles méthodes de préparation du sol, pour gérer les forêts durablement. Dans cette perspective, l’ONF a décidé de trouver des alternatives efficaces à l’utilisation des pesticides. C’est l’objectif du projet PILOTE, lancé par le pôle Recherche, développement et innovation de l’ONF, en partenariat avec l’Inra Nancy. Il va permettre de réduire les échecs de plantation, de maitriser les coûts, de réduire les impacts environnementaux et de pallier aux pertes de connaissances par le biais de formations.

Commencée en 2013, cette opération a déjà montré que des préparations adaptées du sol limitent les prises de risque climatique et les échecs. En revanche il faudra encore attendre quelques années pour avoir des résultats sur les coûts de réalisation et l’impact sur les plants.

Engin mécanisé pour la préparation du sol. - ©Camille Paschal ONF

Un des moyens de lutte contre la végétation compétitrice, comme la fougère ou la molinie, contre l’hydromorphie (saturation d'un sol en eau) ou pour améliorer les sols, est la préparation mécanisée du sol. Mais avant de généraliser cette méthode, de nombreuses études et tests doivent être réalisés. L’objectif à long terme est de mettre au point des protocoles qui favoriseront la reprise et la croissance du plant, qui ne sera plus gêné par la végétation envahissante.

Aujourd’hui des machines innovantes conçues spécialement pour et par les forestiers de l’ONF sont essayées. Après le traitement du sol, un profil cultural est ensuite réalisé : une tranchée est creusée et les techniciens analysent les impacts de la préparation mécanisée sur le sol en fonction du type de sol, des conditions de réalisation et des outils. Il s’agit de comprendre si la préparation mécanisée améliore la reprise et la croissance du plant. Les premiers résultats montrent que les engins ont un impact positif sur les plants.

La forêt de Hemilly, un projet expérimental en Grand Est.

Après la dévastation d’une parcelle d’épicéas en forêt d’Hemilly (Moselle) par la tempête de 1999, l’ONF en partenariat avec l’Inra, décide de dédier cette parcelle au projet IPLOR (Innover la Plantation En LORaine). L’objectif du projet est de développer des méthodes qui permettent d’assurer le succès technique des plantations, tout en contrôlant les impacts écologiques potentiels et en maîtrisant les coûts associés. Les méthodes testées sont basées sur des outils mécaniques. Le travail du sol a ainsi commencé dès septembre 2018 et les premières plantations de chêne sessile ont été réalisées en mars 2019. Différentes mesures seront réalisées comme le recouvrement des différentes espèces florales, l’étude des sols, l’état de croissance des chênes etc.

Pour aller plus loin

©ONF