Au cœur de la réserve naturelle nationale du Lac Luitel en Isère

Le lac et la tourbière du col du Luitel constituent la plus ancienne réserve naturelle nationale de France. Elle a été créée en 1961 pour une préservation stricte du site. Puisant ses origines dans la dernière ère glaciaire, elle représente un terrain idéal pour l’étude des tourbières. Elle est gérée par l’Office national des forêts (ONF).

Située à 1 260 mètres d’altitude dans la commune de Séchilienne (Isère), la réserve naturelle nationale du lac du Luitel s’étend sur 17 hectares. Elle comprend un lac-tourbière avec de l'eau visible ainsi qu'une tourbière bombée avec de l'eau non visible mais pourtant bien présente.

Site remarquable pour la particularité de ses tourbières, il abrite certaines espèces de rareté nationale et constitue à la fois un formidable lieu d’études ainsi qu’un lieu d’éducation à l’environnement fréquenté par plusieurs milliers de scolaires par an.

Réserve naturelle nationale du Luitel - ©Réserve naturelle nationale du Luitel

Les tourbières, une histoire ancienne

Il y a 20 000 ans, à l’endroit où se situe aujourd’hui le col du Luitel, passait un des bras du glacier de la Romanche. Au fil des avancées et reculs du glacier, les mouvements de glace ont creusé des cuvettes dans le sol. Celles-ci se sont remplies d’une eau froide, peu oxygénée et acide lors de la fonte des glaces, formant ainsi deux petits lacs.

Ces conditions sont idéales pour le développement de plantes flottantes qui constituent un radeau, ensuite utilisé comme support par des sphaignes (mousses). Dans ces eaux acides et peu oxygénées, la matière organique ne se dégrade pas : elle tombe simplement au fond de l’eau et se transforme en tourbe. Petit à petit, cette tourbe finit par remplir et combler complètement les lacs. C’est ainsi que  se sont formées les tourbières du Luitel !

Comprendre la formation des deux tourbières en quatre étapes

Les dates clés de la réserve

1880
Le lac principal est déjà fréquenté, on y pratique diverses activités (pêche, canotage et ski l’hiver).
1937
Le site devient la base d’un chantier de chômeurs visant à construire la route jusqu’à Chamrousse. 80 travailleurs sont logés sur place dans des baraquements.
1943
Afin de contrer un projet de construction d’hôtel, la zone du lac est inscrite à la loi paysage (premier niveau de protection d’un site).
1944
La zone est occupée par les maquisards qui investissent les anciens baraquements.
1961
Le site est classé et devient la première réserve naturelle nationale. Il s’agit du plus haut degré de protection existant. La zone classée comprend le lac Luitel et ses alentours.
1991
La réserve s’agrandit, elle intègre désormais aussi la tourbière bombée du col de Luitel.

Pour conserver cet espace, il est indispensable de connaître tous les éléments de son passé, son histoire.

Carole Desplanque, conservatrice de la réserve naturelle nationale du Luitel, chargée d'environnement à l'ONF Isère.

Carole Desplanque a mené une enquête approfondie avec l’appui de photos et d’anciens ouvrages afin de mieux connaître et prévoir l’évolution de ces milieux.

L'histoire en photo - ©Carole Desplanque / ONF-RNN

Comment gère-t-on une réserve naturelle ?

Inventaire des araignées (2011) - ©S. Rosset-Boulon

Les rôles du gestionnaire sont multiples : surveillance des potentielles atteintes au milieu, inventaires et comptage des espèces présentes…

Une de ses missions principales consiste à effectuer des suivis, seul ou avec l’aide de scientifiques. Il est également nécessaire de réaliser des cartographies (pour recenser les lieux de vie des différentes espèces par exemple), de recueillir des données topographiques ou encore de produire des études.

Enfin, le site est équipé d’une série de capteurs automatiques qui mesurent différents paramètres (pluie, température, niveau de l’eau dans la tourbe, etc.) afin de comprendre le fonctionnement hydrologique des deux tourbières.

La réserve naturelle fait face à plusieurs défis

Les aménagements humains

Certains aménagements autour de la tourbière peuvent impacter le milieu. Pour exemple, l’observation d’une modification de la population d’algues dans les années 80 a conduit à une recherche des causes : les analyses ont démontré que ces disparitions étaient dues à la présence d’une route en amont et du sel utilisé pour son déneigement.

La pollution de l’eau mettait en danger la survie des algues. De plus, lors de la construction de cette même route un des ruisseaux qui alimentait la tourbière a été dévié. Par conséquent, le niveau de l’eau et sa qualité ont été perturbés. Pour répondre à cette problématique, un chantier de restauration et de préservation des eaux arrivant dans le lac a été effectué en 2012.

Le changement climatique

La deuxième problématique est au cœur de l’actualité, elle concerne le climat. En effet, avec le changement climatique qui s’accentue depuis quelques années, on constate des évolutions au niveau des tourbières. L’eau s’évapore plus vite ce qui risque d’entraîner un assèchement des tourbes.

Les services écosystémiques de la tourbière

Les tourbières jouent des rôles importants notamment dans le cycle de l'eau et le cycle du carbone. Ici, la tourbière stocke le carbone à hauteur de 10 % de sa matière vivante ; elle constitue également un stock déjà existant et "piégé" dans les deux tourbières.

Elle permet aussi de ralentir les flux d’eau se déversant en aval grâce à la sphaigne qui absorbe l’eau telle une éponge. Et elle joue également le rôle de soutien d’étiage en restituant l’eau absorbée progressivement lors de périodes de sécheresse.

Une immersion dans la vie de la tourbière

Volez à côté des libellules et plongez dans l'ambiance unique d'un lac tourbière d'altitude à travers le documentaire "Reflets d'Ailes" de Finan Rodinson et Blandine Lyonnard. Découvrez la vie fascinante d'un écosystème à part où l'eau, la terre et le ciel se mêlent pour donner naissance aux spectacles colorés des odonates et autres créatures !

©Finan Rodinson & Blandine Lyonnard

Et aussi :