Un hiver en forêt

De génération en génération, les forestiers de l'Office national des forêts (ONF) mènent une sylviculture adaptée à chaque forêt publique en prenant en compte le rythme des saisons. Depuis le 21 décembre, c'est l'hiver : la saison privilégiée pour les coupes de bois par les forestiers. A quoi servent-elles ? Comment sont-elles réalisées ? Selon quels critères ? Découvrez toutes ces informations dans notre article.

En hiver, c’est comme si la nature se mettait en pause : des animaux hibernent, le feuillage des feuillus disparaît, un manteau blanc de neige s'installe et un grand calme s’empare des forêts. Les promeneurs, quant à eux, se font plus rares. Pour les forestiers, en revanche, c’est à cette période que l’activité sylvicole bat son plein, car c’est la saison privilégiée des coupes de bois et travaux forestiers.

©Clod Illustrateur / ONF
Désignation à la peinture des arbres à couper – ©Buffet Laurene / ONF

C'est quoi une coupe de bois ?

D'octobre à fin février, les bûcherons (de l'Office national des forêts et des entreprises locales partenaires) sont à pied d'œuvre en forêt. Vous croiserez peut-être ces professionnels lors de vos balades, ou entendrez sûrement au loin le bruit de leurs machines. Leur mission : couper les arbres préalablement marqués, au marteau ou à la peinture, par les techniciens forestiers territoriaux lors de l'opération de martelage.

Bien sûr, il ne s'agit pas de couper n'importe comment. La coupe de bois permet de réduire la densité d'arbres sur une surface forestière, pour permettre aux jeunes pousses de grandir, de profiter de la lumière, de l'eau, et de s'épanouir à leur tour. 

Mais pourquoi couper l’hiver ? Les raisons de cette saisonnalité ne sont pas laissées au hasard par les forestiers. À cette époque de l'année, la forêt est en sommeil, la sève n'alimente plus les branches des arbres, il n'y a plus de bourgeons, les feuilles tombent... C'est donc la période idéale pour agir tout en respectant le cycle naturel de l'arbre.

Régénération naturelle de pins. – ©ONF

Pourquoi coupe-t-on du bois ?

Une question simple en apparence. Généralement, le bois est coupé pour répondre aux besoins de la société : bois de chauffage, maisons, parquets, emballages, papier... Il permet ainsi d'alimenter la filière-bois, travaillant à partir d’une ressource écologique et renouvelable et porteuse d’emplois locaux.

Cela n'est pas tout ! En récoltant les bois, l'ONF assure aussi le renouvellement des forêts et leur vitalité. Une opération de gestion des forêts cruciale et qualifiée de "durable" parce qu'elle s'exerce systématiquement dans le respect de l'accroissement naturel des forêts. Autrement dit, les forestiers ne prélèvent jamais plus de bois que ce que la forêt est en mesure de produire !

Et la biodiversité dans tout ça ?

Arbre marqué à la peinture, conservé pour la biodiversité - ©Véronique Vinot / ONF

Garant du maintien et du développement de la biodiversité, le forestier s’assure pendant le martelage que les espèces animales nichant dans les arbres ne seront pas mises en danger par l'intervention des bûcherons. En présence d'un nid d’espèce protégée ou d'animaux dans les arbres, ils ont pour consigne stricte de ne pas intervenir. Le saviez-vous ? Les forestiers désignent également les arbres à conserver pour la biodiversité.

©ONF

Les différentes coupes de bois en futaie régulière

Il existe différents types de coupes en fonction de l'âge et de l'état des peuplements. Éclairage sur les coulisses de la gestion forestière :

  • La coupe de première éclaircie

Pour grandir, les très jeunes arbres ont besoin d'espace et de lumière. Dans le cas d'un peuplement riche et trop serré, ces derniers ne peuvent plus se développer correctement. On pratique alors ce type de coupe pour réduire la densité des arbres et laisser les plus prometteurs respirer.

  • Les coupes d'amélioration

Six à dix ans après la première éclaircie, les forestiers interviennent à nouveau pour favoriser la croissance des plus beaux arbres. En application du plan d'aménagement forestier, les forestiers choisissent les essences qu'ils souhaitent privilégier dans une parcelle et coupent les arbres qui freinent la croissance des plus beaux spécimens. Plusieurs coupes d’amélioration ont lieu dans la vie d’un peuplement.

On découpe les bois selon les longueurs précisées dans un cahier des charges établi par les commerciaux des services bois. Ensuite, on extrait les bois de la parcelle, puis on les dépose sur les places de dépôts, en bordure de route ou dans les parcs à grumes.

Tadeusz Paczkowski, responsable d'unité d'exploitation forestière en charge des coupes à l'ONF.

  • Les coupes de régénération

A partir d'un certain âge (60 ans pour le pin, 100 ans pour le hêtre et 150-180 ans pour les chênes), les arbres sont récoltés progressivement : ce sont les coupes progressives de régénération. Ces interventions permettent de valoriser économiquement les bois et de régénérer la forêt. En coupant les arbres mûrs, on apporte de la lumière au sol et on libère l'espace nécessaire au développement de jeunes semis. La relève est ainsi assurée !

  • La coupe sanitaire

Contaminés par la présence de champignons et autres pathogènes, l'écorce de certains arbres se décolore, se fragilise, le pied de l'arbre se nécrose... Il est urgent d'agir ! L'enjeu pour les forestiers : garantir la sécurité des promeneurs en forêt et éviter la contamination sur les arbres voisins.

→ A lire aussi : "En forêt publique, une gestion raisonnée de la ressource en bois"

Rémanents en forêt – ©Nathalie Petrel/ONF

Et après le chantier ?

Après une coupe de bois, il faut le savoir, les entreprises de travaux forestiers ont l'obligation de remettre les chemins et le chantier forestier en état (notamment les "ornières"), dans les conditions techniques et les délais prévus dans le contrat.

Cette obligation est mentionnée dans le cahier national des prescriptions d'exploitation forestière (CNPEF). Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur ce sujet, rendez-vous ici !

Après cette remise en état, les promeneurs peuvent s'étonner parfois de voir qu'il reste des brindilles, des branches et des morceaux de bois au sol. C'est pourtant volontairement et dans l'intérêt de la forêt ! Dans leur jargon, les forestiers les appellent "des rémanents". 

Pourquoi laisser des rémanents au sol ? Tout simplement car ces branches, qui portent des feuilles, des aiguilles ou des bourgeons, se décomposent sous l’action des organismes saproxyliques se nourrissant de bois, et viennent enrichir la fertilité de l’humus et des sols.

Ces branchages comptent beaucoup d'éléments minéraux essentiels à la croissance des arbres et au renouvellement de la forêt, comme le montre le dessin ci-dessous !

Bois façonné ou bois sur pied, qu'est-ce que ça veut dire ?

Bois façonnés. - ©Nathalie Petrel/ONF

Dans les forêts publiques gérées durablement par l’ONF, le bois peut être vendu "sur pied" ou "façonné". Lorsque le bois est vendu sur pied, le client fait exploiter lui-même les arbres qu’il a préalablement achetés. Le technicien forestier territorial (TFT) s’assurera seulement que l’ensemble des tiges achetées par le client a été exploité dans le respect de l’environnement et du reste du peuplement.

Pour le bois façonné, c’est une toute autre histoire. L’ONF exploite lui-même les bois avant de les commercialiser. Les équipes de l’ONF interviennent à chaque étape de l’exploitation, de l’encadrement des bûcherons jusqu’à la présentation des bois pour leur commercialisation. Qu'il soit destiné à faire du parquet, des panneaux ou une charpente, l'arbre ne sera pas coupé et façonné de la même manière par les équipes de l'ONF.

Découvrez toutes les saisons en forêt :