©Manon Genin / ONF

Habitats-flore : développer un réseau de suivis des habitats forestiers

L’ONF a mis en place, dès 2021, un réseau de suivi des habitats forestiers, avec pour objectif d’évaluer, dans le temps, leur état et leur évolution à travers des données protocolées et structurées.

Dès 2021, l’ONF a engagé une réflexion visant à disposer de données plus fines sur le suivi des habitats, afin de continuer à accompagner au mieux les gestionnaires forestiers dans la mise en œuvre d’une gestion durable, dans un contexte de changement climatique.

L’Inventaire forestier national (IFN) de l’IGN, le Protocole de suivi dendrométrique des réserves forestières (PSDRF) et les sites d’observation du programme Renecofor ont servi de références dans le cadre de l’organisation de cette surveillance des habitats forestiers. L’expertise des six réseaux naturalistes de l’ONF a permis à ce programme d’observation de s’intégrer au Schéma directeur de la surveillance de la biodiversité terrestre (SDSBT) et au travail de ses partenaires (OFB, MNHN/PatriNat, IGN, INRAE).

Serge Cadet, pilote du réseau naturaliste Habitats-flore de l’ONF, résume ainsi l’ambition de l’ONF : « Les habitats sont au centre des politiques européennes et nationales de protection de la nature, avec des indicateurs à documenter. C’est un enjeu très fort. À l’ONF, nous nous appuyons à la fois sur notre réseau de spécialistes naturalistes et sur notre réseau d’aires protégées au sein des massifs gérés pour suivre l’évolution des habitats forestiers en lien avec le changement climatique d’une part, et par comparaison entre libre évolution et forêts gérées d’autre part. »

un naturaliste observe une branche à l'aide d'une loupe
Analyse d’un critère de détermination d’une espèce - ©Genin Manon / ONF

Des protocoles répétés tous les cinq ans

La première campagne d’inventaire habitats-flore est en cours. Elle repose sur le réseau BIODIVERSYLVA constitué, à date, de 54 sites en libre évolution (des réserves biologiques intégrales dans 95 % des cas), reflets de la diversité géographique et écologique des forêts publiques. Sur chaque site, plusieurs placettes de suivis ont été réparties. Les premières placettes ont été installées en 2022 et feront l’objet d’un relevé tous les cinq ans.

L’ensemble des 800 placettes du réseau sera déployé d’ici la fin de l’année 2027. À cette même période, les naturalistes de l’ONF commenceront à réaliser les nouveaux relevés sur les placettes mises en place en 2022. En outre, les sites en libre évolution seront appariés à des sites en forêts gérées. Les données relevées sur ces sites selon un protocole identique à celui mis en œuvre dans les réserves biologiques en libre évolution permettront la publication de résultats comparés.

Notre premier travail, c’est d’alimenter les bases de données et de les mettre à disposition de la communauté scientifique. Nous travaillons au profit de l’intérêt général. En interne, nous nous attelons à faire le lien entre ces données analysées et nos propres besoins d’adaptation au changement climatique, pour savoir comment piloter la gestion forestière au regard de ce que l’on observe.

Serge Cadet, animateur du réseau naturaliste Habitats-flore

Que deviennent les données ?

Les indicateurs récoltés seront notés dans la base de données de l’ONF, puis utilisés en interne ou diffusés à l’externe. La conservation structurée de ces données et leur exploitation scientifique est un enjeu fort, et le lien avec les partenaires est ici très important. De même, à l’image des indicateurs du programme Renecofor, ces données alimenteront la recherche via un portail national. 

Le plus important dans nos travaux scientifiques, c’est de comprendre de quelle façon ils alimentent la recherche. Nos données vont concourir, avec d’autres, à un patrimoine de données mis en commun et interopérable. Leur qualité est primordiale.

Manuel Nicolas, responsable du réseau Renecofor à l’ONF

Accompagner le gestionnaire forestier

Pour établir des tendances, l’ONF s’appuie aujourd’hui sur les observations effectuées par le réseau Renecofor depuis ces trente dernières années. Les constats sur la flore forestière montrent ainsi que celle-ci s’est clairement modifiée face aux pressions environnementales (changement climatique, pollution atmosphérique…).

Parmi ces modifications, on note que les espèces indicatrices de fraîcheur ont régressé au profit d’espèces indicatrices de chaleur, que la flore s’adapte trois fois moins vite que le réchauffement climatique et que les herbivores ont un impact conséquent sur la strate arbustive. À partir de 2028, les relevés du programme d’observation Habitats-flore viendront compléter ces premiers indicateurs.

2 naturalistes observent et font un inventaire habitats-flore
Observation de la fore au cœur de la forêt du Tanargue (Ardèche) - ©Lebrun Hugo / ONF

Suivi d'un inventaire Habitats Flore dans le Jura (39)