“Nos équipes DFCI sont très mobilisées dans le sud de la France, et restent vigilantes dans les régions touchées par une sécheresse superficielle des sols”

Chaque été, partout dans le monde, des incendies dévastateurs ravagent les forêts. Quel est l’état des lieux de la situation en France pour cette saison 2021 ? Quel lien peut-on faire entre changements climatiques et incendies ? Les équipes de Défense des forêts contre les incendies (DFCI) de l'Office national des forêts (ONF) font le point à la date du 18 août.
Entretien avec Jean-Louis Pestour, directeur d'agence DFCI et responsable national incendies de forêts à l'ONF.

Alors que des feux d’une ampleur inédite continuent de sévir en Grèce, en Turquie, en Italie, en Espagne, et récemment en Algérie, quel est l’état de la situation en France, et notamment dans le sud ?

La sécheresse et les incendies ont touché le bassin méditerranéen avec une grande violence. Au total, du 1er juillet au 15 août 2021, nous dénombrons 278 feux en France, couvrant 1 459 hectares, ce qui est légèrement en dessous de la moyenne annuelle enregistrée ces dix dernières années. En cause ? Depuis le début de l’été, les conditions climatiques sont plus clémentes, avec des pluies régulières et peu espacées.

Cependant, ces chifres ne prennent pas en compte les importants feux en cours à ce jour. Il faudra les réévaluer très vite. Ce que l'on peut déjà dire : avec les derniers incendies, on va repasser au-dessus de la moyenne ! Dans le Var, un important feu sévit en effet et va dépasser les 5 000 hectares. Depuis 1973, on a seulement connu 11 feux aussi grands en France. Partout, restons vigilants : les fortes chaleurs qui sévissent touchent les départements du pourtour méditerranéen français et en particulier le Var, les Bouches-du-Rhône et le Gard.

Comme chaque année et partout en France désormais, les équipes de l’ONF spécialisées dans la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) sont sur le front de la surveillance des massifs et de la première intervention sur les feux détectés aux côtés des services départementaux d'incendie et de secours.

En images, la forêt de Gonfaron après le passage de l'incendie en 2021

Feux de forêt : au 21 août 2021, bilan de l'incendie de Gonfaron

Le 16 août, un feu s'est déclaré en bordure d’une aire d’autoroute à Gonfaron, dans les Maures (Var). La végétation très sèche et des vents forts ont facilité sa propagation. Par mesure de précaution, au moins 7 500 personnes ont été évacuées de leur domicile, essentiellement en provenance des campings et de villas dans les espaces boisés. Au maximum, 1 108 hommes et la flotte aérienne ont été mobilisés pour stopper l’évolution du feu, qui, d'après le dernier bilan, était stabilisée le 21 août. Les équipes de la DFCI de l’ONF déplorent environ 7 017 hectares parcourus par l'incendie. Le bilan humain s’élève à 2 morts, 6 blessés dont 4 pompiers. Le feu de Gonfaron est le plus important de l'été 2021. A titre de comparaison cependant, les grands feux de 2003 avaient consumé 18 813 hectares dans le seul département du Var, et 61 424 hectares au total pour la zone Sud.

En chiffres, le feu de Gonfaron

Avec la menace du changement climatique, les forêts sont-elles davantage exposées aux incendies qu’auparavant ?

Le climat n’est pas une cause directe d’incendie, mais il influe sur les conditions d’éclosion et de propagation des incendies. En France, la foudre est l’unique cause naturelle de départ de feu (à l’exception très rare des causes volcaniques) et elle concerne en moyenne moins de 10% des départs de feu. Cela signifie que 90% des incendies sont d’origine humaine.

Parmi ceux-là, environ un tiers des incendies est volontaire, un autre tiers est causé par des accidents (équipements publics défaillants, voiture en feu le long d’une route, etc), et le dernier tiers provient de négligences (jet de mégot, barbecue, travaux générant des étincelles, etc).

Le changement climatique, qui s’accélère à un rythme sans précédent, peut avoir une influence sur la surface et l’intensité du feu qui dépendent des réserves en eau du sol, de l’hygrométrie de l’air (taux d’humidité), de la température et du vent. Avec les phénomènes de sécheresse de plus en plus fréquents et plus intenses, notamment en été, les risques d’incendies et de propagation de feu s’intensifient.

Y-a-t-il des forêts plus vulnérables que d’autres ?

Ce n’est pas un problème d’essence forestière, c’est un problème de couple espèce/climat, car aujourd’hui quasiment tous les peuplements forestiers sont adaptés au climat des zones où ils sont implantés. Par exemple, le pin sylvestre, qui est une essence répandue partout en France, est sensible aux incendies dans l’arrière-pays de la Méditerranée car il peut y fait très sec, mais il brûle peu sur le reste du territoire national. Mais si un jour le climat devient très sec dans les Vosges, le pin deviendra probablement aussi sensible aux incendies, au moins dans un premier temps sur les sols les moins bien alimentés en eau.

Cette vulnérabilité grandissante interroge-t-elle le choix des essences aujourd’hui implantées ?

Les forestiers observent attentivement la façon dont les arbres réagissent à l’évolution du climat et  testent d’ores et déjà avec les chercheurs  des essences susceptibles de s’adapter aux conditions futures en un lieu donné. Dans le sud de la France qui devrait devenir très sec et chaud au moins en été, nous cherchons à éviter une régression des formations forestières et un risque de désertification, et dans le nord, les forestiers font en sorte de sélectionner et de favoriser des essences productives résilientes.

Toute la complexité de la gestion forestière actuelle consiste à faire des paris sur l’avenir en prenant en compte un environnement incertain et changeant. Ce dont on est sûr en Méditerranée, c’est que le climat sera encore plus sec et donc que le territoire sera plus souvent parcouru par le feu. Il arrivera sûrement un moment où la seule réponse sera d’implanter des essences exotiques plus résilientes à ces conditions climatiques arides.

Une partie des équipes de l'ONF DFCI Hérault-Gard-Lozère. - ©Teva Bourdin / ONF

Au-delà de la zone méditerranéenne, le changement climatique vient-il bouleverser et augmenter les risques d’incendies dans d’autres départements français, y compris plus au nord ?

Aujourd’hui, plus de trois quart des  surfaces détruites par les feux de forêt sont localisées dans le grand Sud. Les scénarios d’évolution climatiques du GIEC dont nous disposons montrent  une tendance  à l’extension du risque d’abord vers le Sud-Ouest, l’Ouest (Bretagne, Val de Loire, région parisienne), et la haute vallée du Rhône, avant de concerner dans un second temps, vers la fin du siècle, quasiment tout le territoire national.

Mais le changement climatique ne sera pas une affaire linéaire. Ce que les météorologues nous indiquent, c’est que ce phénomène va se caractériser par une succession d’années  "normales" et d’années "extrêmes", avec des pics de sécheresse et de chaleur. L’expérience montre que l’impact de ces années extrêmes est très fort sur les peuplements forestiers qui sont affaiblis et dépérissent, accentuant de ce fait leur sensibilité aux incendies.

Dans le massif des Maures : un écosystème dévasté, des tortues en danger

©Henri-Pierre Savier / ONF

Les feux de forêt 2021 vous ont choqué ? Vous voulez faire quelque chose ? Agissez avec le fonds de dotation "ONF-Agir pour la forêt" ! Dans le massif des Maures, un immense incendie a parcouru plus de 7000 hectares de cette forêt varoise. Aidez-nous à faire renaître de ses cendres ce site unique et à sauvegarder les tortues d’Hermann, une espèce protégée désormais en danger.

Aujourd'hui, les interventions sont principalement localisées dans le quart sud-est de la France. La DFCI est-elle aussi opérationnelle et mobilisée dans ces territoires situés plus au nord ? 

Dans l’ensemble des forêts publiques françaises, les forestiers de l’ONF intègrent le risque d’incendie dans leur décision d’aménagement, participent à des actions de sensibilisation du public pour obtenir une réduction du nombre d’incendie et intègrent à leurs missions de surveillance le danger d’incendie, en particulier lors d’épisodes de fortes sécheresses. 

La différence entre la Méditerranée et le reste du territoire, c’est qu’en région méditerranéenne, nous avons des commandes supplémentaires de l’Etat dans le cadre de la mission d’intérêt général DFCI, qui étendent nos missions à l’ensemble des forêts, pas seulement celles relevant du régime forestier.

Quelques chiffres clés :

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