Un printemps en forêt

Dans les forêts publiques françaises, l’ONF mène une sylviculture adaptée aux différentes fonctions de la forêt, mais aussi aux saisons. Le printemps, c’est le moment de l’aménagement des forêts pour le public, des inventaires naturalistes, de la protection des jeunes pousses contre le gibier, mais aussi de l’anticipation du risque d’incendie.
©Giada Connestari / ONF

Du mobilier bois pour accueillir le public en forêt

Quoi de mieux qu'une balade en forêt pour recharger les batteries ? Les forêts sont des lieux de détente et de loisirs, appréciés des riverains et des touristes pour randonner, faire du sport, bouquiner... bref, se ressourcer ! En France, la forêt accueille près de 700 millions de visites par an. Dans les forêts domaniales et communales gérées par l'ONF, les forestiers et chefs de projets imaginent des parcours qui répondent aux attentes du public et des collectivités, tout en assurant la préservation de l'environnement.

Des espaces naturels aménagés

Pour pique-niquer en famille ou entre amis, vous avez sûrement déjà utilisé les bancs et les tables en bois que l'on trouve aux abords des sentiers forestiers. Pour les plus sportifs, peut-être avez-vous déjà testé les parcours de santé ? Tous ces équipements sont le fruit du travail de l'ONF ! Dans les douze ateliers bois de l'ONF, concepteurs, menuisiers, charpentiers et graveurs conçoivent avec les forestiers des équipements et mobiliers bois qui s'intègrent parfaitement au milieu naturel.

Robustes et durables, l'ensemble de ces équipements extérieurs sont réalisés à partir de bois 100% français, local de préférence et systématiquement certifié PEFC (label garantissant une gestion écoresponsable des forêts). « J'aime me dire qu'en coupant certains arbres arrivés à maturité, on les valorise en leur donnant une seconde vie à travers le mobilier bois », explique Daniel Vaubourg, chef de l'Atelier bois Grand Est.

©Giada Connestari / ONF

Sensibiliser et informer les promeneurs

Si les équipes veillent à fournir aux visiteurs des conditions d'accueil optimales et adaptées à leurs besoins, elles sont aussi pleinement mobilisées pour les informer et les sensibiliser sur le rôle des forêts, leur richesse (écologique, culturelle, historique), la gestion durable assurée par l'ONF ainsi que sur les bons comportements à adopter pour préserver ces espaces.

Lors de vos excursions, vous avez peut-être aussi testé une découverte 2.0 des milieux forestiers ? Pédagogiques et ludiques, les applications mobiles de découverte conçues par l'ONF vous informent et vous guident pour vous faire découvrir la nature autrement.

Plan de travail 87

La forêt de Tronçais : une forêt accessible à tous

©Giada Connestari / ONF

Dans les forêts gérées par l'ONF, les forestiers s'attachent à rendre les sentiers accessibles à tous. La forêt domaniale de Tronçais (Allier) en est un parfait exemple.

Mondialement connue pour la qualité de ses bois, elle a obtenu le label national Forêt d'Exception® en mai 2018.

Depuis de nombreuses années, forestiers et élus travaillent main dans la main pour faire de cette forêt un espace d'accueil et de loisirs accessible à tous. Cette collaboration s'est notamment traduite par l'aménagement d'un sentier accessible aux personnes à mobilité réduite. Entièrement financé par la collectivité et coordonné par l'ONF, il permet aux personnes âgées, malvoyantes et handicapées de profiter de la bordure de l'étang de Saint-Bonnet.

©Corinne Campoy / Agence Montagnes d'Auvergne / ONF

Les inventaires naturalistes du réseau Avifaune

« Plus on réduit la biodiversité, plus on réduit nos chances de faire face à l'avenir », scandait Nicolas Hulot, ministre chargé de l'environnement, à la tribune de l'Assemblée nationale le 21 mars 2018. La protection de la faune et de la flore est essentielle, au même titre que la lutte contre le changement climatique. A ce titre, les chercheurs du Museum national d'Histoire naturelle et du CNRS ont récemment alerté l'opinion publique sur la disparition d'un tiers des oiseaux des campagnes françaises en quinze ans, en raison de l'intensification des pratiques agricoles. Conscients de la vulnérabilité de certaines espèces animales, les forestiers de l'ONF sont mobilisés depuis de nombreuses années au sein de six réseaux naturalistes dans le cadre de la stratégie nationale en faveur de la biodiversité et de la politique environnementale de l'ONF.

Gélinotte des bois - ©Jean-Baptiste Malinverno / ONF

Des inventaires de la biodiversité

Depuis le début du printemps, les 62 membres du réseau Avifaune sont à pied d'œuvre pour réaliser des inventaires naturalistes partout en France. Leur mission première consiste en l'acquisition d'une meilleure connaissance des peuplements d'oiseaux en forêts publiques.

Les inventaires du réseau Avifaune sont effectués de mars à juin car il s'agit de la période de reproduction de la plupart des oiseaux. Ils ont lieu en particulier dans les réserves biologiques, dans le cadre d'une mission d'intérêt général confiée par l'État à l'ONF. Ils sont également effectués dans des forêts domaniales, à la demande des agences ONF locales. « Par exemple, dans une forêt très fréquentée, les forestiers peuvent faire appel au réseau Avifaune s'ils se questionnent sur l'influence de l'accueil du public sur la faune », précise Pascal Denis, animateur du réseau Avifaune.

©Véronique Vinot / ONF

"On note tout ce qu'on voit et entend !"

Aigle botté, Aigle de Bonelli, Autour des palombes, Gélinotte des bois, Balbuzard pêcheur, Circaète Jean-le-Blanc, Milan royal, Cigogne noire, Bécasse des bois, pics, petites chouettes de montagne... Le réseau Avifaune de l'ONF est structuré en groupes dédiés à des familles d'oiseaux.

Pour procéder aux inventaires, les équipes placent des points sur une cartographie GPS, espacés de 300 mètres les uns des autres. Les comptages débutent une demi-heure après le lever du soleil, et se terminent vers 10 heures. « On note tout ce qu'on voit et entend pendant 20 minutes à chaque point. Le but est d'essayer de repérer les couples qui vont potentiellement se reproduire », explique Véronique Vinot du réseau Avifaune. Le chant est un indice majeur pour détecter la présence d'oiseaux. Chaque espèce a le sien. « En principe, excepté pour le rouge-gorge, c'est le mâle qui chante, et les femelles ne poussent que des petits cris », ajoute-t-elle. Une fois les relevés effectués, ils sont retranscrits sur des tableaux excel de façon à en déduire des statistiques. Le nombre de couples ou d'oiseaux seuls sont comptés, en précisant le nombre d'espèces protégées ou en danger. Toutes ces données sont ensuite versées dans la Base de données naturalistes, qui alimente le système d'information du Museum (SINP).

Un appui à la gestion forestière

Ces indicateurs servent d'appui à la gestion forestière. En effet, les données fournies permettent d'adapter la sylviculture en fonction de la faune présente dans le milieu. « On transmet les données aux gestionnaires forestiers de façon objective. On peut aussi leur apporter des orientations de gestion. C'est ensuite à eux de prendre les décisions en conséquence », précise Véronique Vinot. Les forestiers doivent avant tout respecter les prescriptions environnementales définies par l'ONF. Par exemple, si telle ou telle espèce présente est considérée comme menacée, ils ont l'obligation d'interrompre ou de ne pas engager de travaux sylvicoles pendant la période de reproduction dans un périmètre précis. Loin d'agir en cercle fermé, ces réseaux naturalistes nouent au quotidien de nombreux partenariats, locaux et nationaux, avec des associations, organismes et acteurs reconnus dans le domaine de la conservation de la nature et de la recherche. Des conventions cadres sont notamment signées chaque année avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l'Office pour la protection des insectes, le Museum national d'histoire naturelle, le CNRS...

Les réseaux naturalistes de l'ONF

Il existe depuis 2004 six réseaux naturalistes à l'Office national des forêts, qui réalisent des études scientifiques dans différents domaines du patrimoine naturel et à différents moments de l'année. Avec le réseau Avifaune, il existe les réseaux Entomologie (étude des insectes) et Herpétofaune (étude des amphibiens et reptiles), qui réalisent leurs inventaires de février à juillet. Le réseau Habitat/flore et le réseau mammifères commencent en avril, et celui qui étudie la mycologie débute un peu plus tard dans l'année.

©Linéal / ONF
©van Meer / ONF

Protéger les jeunes pousses du gibier

Lors de vos récentes balades, peut-être avez-vous déjà remarqué des protections autour de certains arbres et jeunes plants ? « C'est le seul moyen d'assurer la croissance des jeunes tiges face aux dents du gibier. Nous savons que les plants que nous installons en forêt, après un à deux ans passés en pépinière, sont bien fertilisés et seraient rapidement consommés par les cervidés », explique Vincent Boulanger, responsable du pôle R&D de Fontainebleau à l'ONF.

©Vincent Boulanger / ONF

Différents types de protection en forêt

Le printemps est la saison privilégiée pour l'installation de clôtures anti-gibier. « On est au début de la saison de végétation. C'est à cette période que nous recommandons aux forestiers de mettre en place des mesures de protection», poursuit Vincent Boulanger. Si la présence des cervidés est une richesse considérable en matière de biodiversité, cette dernière ne doit pas se faire au détriment de la croissance et de la vitalité des jeunes arbres. « En situation d'abondance, les populations de gibier détruisent les plants d'avenir, ce qui a des conséquences directes sur la sylviculture et la biodiversité », explique Renaud Klein, expert national chasse à l'ONF. Une situation prise très au sérieux par les forestiers : dans près d'un tiers des surfaces des forêts domaniales, notamment dans le secteur nord-est, le déséquilibre forêt-gibier menace la pérennité des forêts.

©Vinvcent Boulanger / ONF

Dans chaque forêt, les forestiers sont chargés d'évaluer la pression du gibier sur la végétation forestière puis de formuler une demande de clôture aux ouvriers des unités de production ONF.

Des protections dites "individuelles" autour de jeunes plants dans le cas des régénérations artificielles par plantation, ou "générales", englobant toute une parcelle dans les cas des régénérations par ensemencement naturel, peuvent alors être installées et régulièrement entretenues par les équipes de l'ONF. Ce n'est qu'une fois le bourgeon situé hors de portée de la dent du gibier que les clôtures pourront être retirées.

Des "enclos-exclos" pour évaluer les effets du gibier

Pour mieux appréhender l'ampleur du phénomène de déséquilibre faune-flore, les forestiers installent également des dispositifs en forêt, appelés "enclos-exclos". Dans ces surfaces grillagées de 40 m² environ, il s'agit d'exclure les populations de gibier d'une zone donnée. Les forestiers comparent ensuite l'état du milieu sans ongulés (l'enclos) à celui du milieu environnant où ils circulent librement (l'exclos). « Grâce à ce dispositif, nous pouvons mieux évaluer les conséquences des populations de gibier en forêt et renforcer nos mesures de protection», conclut Vincent Boulanger.

©Vincent Boulanger / ONF

Déséquilibre forêt-gibier

La recherche s'empare du sujet

En 2017, une étudiante en 3e année de thèse au CNRS Montpellier s'est penchée sur plusieurs situations d'échecs de régénération forestière. Co-encadré par des chercheurs de l'ONF et de l'ONCFS, sa thèse met en lumière l'existence d'un phénomène d'inversion des essences en forêt causé par le gibier. Une situation suivie de près par les chercheurs puisque certaines de ces essences menacées par le gibier sont identifiées comme mieux adaptées face au changement climatique.

©Giada Connestari / ONF

Débroussailler pour anticiper les incendies

A l'aube de la saison la plus chaude de l'année, les forestiers de l'ONF se préparent à affronter les incendies. Des zones débroussaillées sont créées et entretenues par les ouvriers forestiers afin de permettre aux pompiers d'intervenir dans les meilleures conditions possibles de sécurité et d'efficacité. Ils doivent pouvoir maîtriser le plus rapidement possible les incendies et limiter le développement des plus importants d'entre eux. Chaque année 1 800 hectares sont débroussaillés par les équipes d'auxiliaires de protection de la forêt méditerranéenne (APFM) de l'ONF.

Ces équipes spécialisées créent et entretiennent les 1 700 ouvrages de Défense des forêts contre l'incendie (DFCI), dans le cadre de la mission d'intérêt général confiée par l'État. En bordure de piste, les citernes DFCI sont des équipements essentiels à la lutte contre les feux de forêts. « Les citernes permettent le ravitaillement des engins de lutte engagés sur un sinistre, offrant une zone de refuge en cas de nécessité. A ce titre, elles font l'objet d'un débroussaillement en plein sur un rayon de 25 mètres, complété par un débroussaillement sélectif sur les 25 mètres suivants », explique Yvon Duché, directeur de l'agence DFCI Midi-Méditerranée.

©Giada Connestari / ONF
©Giada Connestari / ONF

Eviter la propagation des feux

Des techniques de traitement de la végétation sont mises en œuvre, communément regroupées sous le terme générique de "débroussaillement". L'objectif est de diminuer drastiquement le volume de végétation combustible et y créer des discontinuités, afin de réduire l'intensité du feu et limiter sa vitesse de propagation.

Les différentes techniques de traitement de la végétation

Le débroussaillement mécanisé permet d'éliminer rapidement la broussaille sur les zones accessibles aux tracteurs forestiers, tout en maintenant des alvéoles de végétation arbustive à conserver.

Le débroussaillement manuel permet de traiter les endroits les moins accessibles du massif, situés sur des fortes pentes ou des terrains rocailleux, et de sélectionner de manière fine les espèces à éliminer ou à conserver.

L'abattage sélectif des arbres en surnombre et l'élagage de ceux qui seront conservés.

Le brûlage dirigé, technique alternative consistant à la mise à feu préventive de la broussaille, en période hivernale, afin d'éviter que celle-ci ne conduise le feu en saison estivale, en cas d'incendie.

Situé aux portes de Marseille, le massif de l’Etoile a été parcouru par de nombreux incendies lors de ces dernières décennies, dont plusieurs de très grande ampleur. Ce fut notamment le cas en juillet 1997, où 3 450 hectares sont partis en fumée lors d’un incendie ayant brûlé 3 jours durant, menaçant les populations et habitations alentours.

Les arbres présents sur ces bordures de pistes seront conservés dans la mesure du possible, mais certains pourront être abattus si les cimes se touchent, et les branches les plus basses seront élaguées, afin d'éviter qu'en cas d'incendie que le feu ne se communique de la broussaille à la cime des arbres puis de cime en cime.

La vigilance est également de mise quant à la sécurité du public. A cet effet, les chantiers sont entièrement balisés et des panneaux de signalisation installés à chaque extrémité. Lors de vos balades printanières, veillez à respecter les indications !

Des forestiers mobilisés au quotidien

©Nathalie Petrel / ONF

En 10 ans, 115 000 hectares de forêts ont été touchés par les incendies, soit 10 fois la superficie de Paris. Pour y faire face, 300 forestiers et 110 véhicules de patrouille sont mobilisés chaque jour en forêt pendant la saison estivale.

Ils effectuent des missions de prévention auprès du public, d'intervention lors des départs de feu, d'assistance aux forces de secours, de contribution à la recherche des causes d'incendies, puis après les feux des travaux de sécurisation, et de reconstitution écologique.

Depuis 10 ans, la superficie moyenne brûlée chaque année a été réduite de 80% grâce à l'implication de la DFCI.

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