Des indicateurs biologiques pour évaluer les populations de cervidés

Durant le mois de mars, en Normandie, les forestiers de l’ONF réalisent chaque année des bio-indicateurs dans la majorité des forêts domaniales : indices d’abondance, indice de pression floristique. Ces bio-indicateurs permettent d’établir de façon objective et scientifique le suivi des populations de cervidés, garant du subtil équilibre entre maintien des espèces de cervidés et renouvellement des forêts.

L’équilibre forêt-gibier et le renouvellement de la forêt :

Assurer nos besoins issus de la forêt, notamment en bois, tout en garantissant la pérennité de celle-ci pour qu’elle puisse assurer les besoins de toutes les générations, est le fondement de la gestion durable menée en forêt par l’ONF. Préserver le cycle de la forêt en s’assurant de son renouvellement, lorsqu’elle arrive à maturité, est donc une visée absolue.

La forêt est un écosystème avec d’infinis interactions, entre les espèces, entre les espèces et leurs habitats etc… Il en est une entre les cervidés et les arbres. Ces animaux sont en effet friands des bourgeons de jeunes arbres ; ils se frottent également à eux en les abîmant et les fragilisant quand ils sont jeunes. Lorsque les populations de cervidés sont trop importantes, la pression sur le milieu, notamment les arbres, se fait sentir et peut remettre en question le renouvellement de la forêt. Un certain équilibre est à obtenir et à maintenir entre les deux.

Une mécanique naturelle d’autorégulation autour du point d’équilibre existe mais sa lenteur de mise en place, et en l’absence de prédation sur ces animaux, met en péril la forêt. C'est alors au forestier de veiller à cet équilibre.

Des indicateurs de suivis :

Aussi, afin de mesurer le niveau de population et la pression exercée, depuis plus de 20 ans, de nombreux protocoles d'inventaire ont été développés, et éprouvés, notamment par l’IRSTEA (Institut de recherche en sciences et technologie pour l’environnement et l’agriculture) et l’OFB (Office français de la biodiversité). C’est ainsi que 3 types d’indicateurs biologiques sont mis en œuvre par l’ONF en forêts domaniales :

  • Indice d’abondance : il en existe deux, l'indice nocturne (IN), pour le cerf, et l'indice kilométrique (IK) pour le chevreuil. Ils sont basés sur le nombre de contact visuel avec des cervidés durant un circuit prédéterminé et parcouru chaque année
  • Indice de pression sur la flore : il s'agit de l'indice de consommation (IC) basé sur l’observation de la végétation (dont les petites semis ou plants d’arbres) consommée par la dent des chevreuils et des cerfs sur une placettes de 1m2 implantées selon un maillage prédéterminé sur chaque forêt concernée
  • Indice de performance (réalisé pendant la saison de chasse) : cet indice est établi à partir de mesures biométriques sur les animaux, comme la longueur des pattes ou le poids des jeunes par exemple. Il y a en effet biologiquement une corrélation entre la ressource du milieu et le niveau de la population, au travers de la vigueur des animaux.

La réalisation de ces indicateurs ne donne pas une quantité d’animaux mais permet dans le temps d’objectiver l’évolution des populations d’une forêt donnée et la pression exercée. C’est ainsi qu’on parle d’indice. Ces indicateurs sont réalisés chaque année depuis plus de 20 ans pour certains massifs forestiers.

Tour d'horizon des bio-incateurs de suivi de la grande faune

Les bio-indicateurs grande faune en Normandie

IN (Indice nocturne) cerf
22

C'est le nombre de circuits parcourus chaque année, pour mesurer l'abondance relative des populations de cerfs

IK (Indice kilométrique) chevreuils
194

C'est le nombre de circuits établis sur la quasi totalité des forêts domaniales, pour une longueur totale de 982 km

IK (Indice kilométrique) chevreuils
3 928

C'est le nombre de kilomètres total parcouru sur les 194 cirutits IK, chaque année, pour mesurer l'abondance relative des populations de chevreuils

IC (Indice de consommation)
2 700

C'est le nombre de placette de 1 m2, analysées chaque année et suivies dans le temps pour mesurer l'abroutissement de la végatation et donc le niveau des populations de cervidés

Définir le niveau des prélèvements d’animaux :

Sur la base de ce suivi et en couplant avec la surface de forêt arrivant au stade de renouvellement dans les années à venir, les quantités d’animaux à prélever, par type, sexe et âge, pour permettre de maintenir le point d’équilibre, sont définies et proposées lors des instances CDCFS (Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage) tenues par les DDT(M) (Direction départementale des territoires – et de la mer-). Elles prennent alors la forme d’une proposition de plan de chasse. Après analyse, et étude des éléments objectifs apportés, la commission statue sur un plan de chasse, avec un minima et maxima à réaliser. Ce dernier est ensuite soumis au public pendant plusieurs semaines avant d’être arrêté par arrêté préfectoral (vers mai). Ce plan de chasse est transmis ensuite aux locataires de chasse pour mise en œuvre pendant la prochaine saison de chasse.