En Martinique, des forêts de plus en plus menacées
Comme en Guadeloupe, les équipes de l’ONF notent une intensification de l’activité cyclonique avec des ouragans de plus en plus fréquents dans les Antilles* qui pourraient dévaster les massifs forestiers martiniquais. Les forestiers se rappellent encore du cyclone Dean qui avait causé de lourds dégâts, il y a presque vingt ans. Par ailleurs, ces vents ont aussi pour effet de rendre la houle marine plus violente, accélérant l’érosion du trait de côte. Sur les littoraux, l’ONF gère quelques 2 000 hectares de forêt sur environ 240 km. «Dans ces espaces touristiques, l’accueil du public devient de plus en plus compliqué. En effet, ces épisodes météorologiques érodent significativement les sentiers littoraux… ainsi que toute la biodiversité environnante», explique Félix Bompy, chef du service environnement en Martinique.
Restauration des forêts typiques
Dans ces zones, la biodiversité est fragilisée. Les tortues luth, par exemple, viennent pondre sur les plages et l’érosion menace, comme en Guadeloupe, la survie de l’espèce. Pour freiner ce phénomène, l’ONF réalise des plantations afin de restaurer et reconstituer la ceinture littorale des forêts typiques des petites Antilles.
Si les projections climatiques prévoyaient l’intensification des sécheresses et l’accroissement de l’activité cyclonique, elles n’avaient pas envisagé les modifications des courants marins. En Martinique, comme dans le reste des Antilles, ce phénomène cause depuis les années 2010un déferlement d’algues sargasses sur les plages. « Elles s’accumulent, émettent des gaz malodorants et dangereux, et occasionnent des dégâts sur certains espaces en fond de baie. Elles forment de véritables barrières qui empêchent les tortues de venir pondre. Sur le plan forestier, l’impact peut être néfaste avec des fronts de palétuviers qui dépérissent », regrette Félix Bompy.
Ramasser des sargasses relève du domaine public maritime mais l’ONF apporte néanmoins son concours en facilitant les accès aux engins de collecte, et en veillant à ce que les milieux forestiers ne soient pas endommagés.
Un risque incendie accru
Comme dans les forêts hexagonales, les forêts martiniquaises souffrent de l’intensification des sécheresses. Avec le changement climatique, la durée de la saison sèche augmente et le risque de feux de forêts aussi. En Martinique, 250 à 300 départs de feux par saison sont aujourd’hui recensés. Le dernier feu d’importance, datant de 2010, s’est propagé jusqu’au sommet de la Montagne Pelée (1 300 mètres d’altitude), un site récemment classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
L’ONF bénéficie depuis 2024 d’un soutien financier de l’État, via la MIG outre-mer, et de son volet spécifique consacré à la DFCI. La direction territoriale s’est dotée d’un véhicule armé d’eau pour intervenir sur les feux naissants, et le personnel patrouille pendant le carême (correspondant à la saison cyclonique et la saison sèche). Les agents de l'ONF ont été formés, début 2025, à la mesure de l’inflammabilité et des taux d’humidité des végétaux.