Suivi d'oiseaux protégés en forêt domaniale de Chizé, au coeur de la réserve biologique intégrale de la Sylve d'Argenson
Au cœur de la forêt domaniale de Chizé en Poitou-Charentes, dans la réserve biologique intégrale de la Sylve d'Argenson, les équipes du groupe naturaliste avifaune de l’ONF, accompagnées des bénévoles du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres, veillent sur deux espèces emblématiques : le circaète Jean-le-Blanc et l’engoulevent d'Europe.
Publié le
9/10/25
La journée débute par un temps d’échange dans la forêt domaniale de Chizé. Vincent Rocheteau, technicien forestier territorial à l’ONF, réunit les bénévoles et les salariés du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres pour présenter les objectifs du jour. Ce premier briefing prépare l’inventaire du circaète Jean-le-Blanc, rapace protégé et emblématique de la région. Ce suivi s’inscrit dans le cadre de la mission d’intérêt général Biodiversité et Paysage, confiée à l’ONF par le ministère en charge des forêts.
©Martin Girard
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Le circaète Jean-le-Blanc est un rapace migrateur et discret qui revient chaque été dans les forêts comme celle de Chizé pour se reproduire. Véritable gourmand de reptiles, il niche surtout dans les résineux et sert d’indicateur de la santé de l’écosystème. Son suivi avec le réseau naturaliste avifaune permet de protéger cette espèce.
©ONF
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Les participants se répartissent donc les secteurs d’observation. À l’aide de cartes des parcelles forestières, Vincent attribue à chaque équipe une zone précise de suivi. Ce découpage méthodique garantit une couverture complète de la forêt et facilite le repérage des couples nicheurs.
©Martin Girard
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Sur le terrain, les équipes rejoignent les points d’observation définis. Accompagné de Valère Marsaudon, responsable de l’unité territoriale d'Aigoual, Vincent installe les longues-vues. L’objectif : détecter des circaètes et relever leur déplacements depuis les zones ouvertes agricoles vers la forêt (ou l’inverse) afin d'identifier des sites potentiels de nidification.
©Martin Girard
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Chaque observation est géolocalisée. A l’aide d’une boussole, Vincent relève la direction des nids potentiels qu’il reporte ensuite sur une carte IGN. Ces données, partagées avec les autres groupes, permettent de cartographier la présence de l’espèce et d’orienter les recherches en cours de journée.
©Martin Girard
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Les circaètes Jean-le-Blanc sont observés à la jumelle et à la longue-vue. Ces rapaces imposants nécessitent de véritables « pistes d’atterrissage » pour se poser dans la forêt, un peu comme des Boeing au milieu des résineux. Leurs allers-retours sont scrutés avec attention car ils renseignent sur les sites de nidification. Fidèles à leur territoire, certains reviennent même dans le même nid d’une année sur l’autre.
©Martin Girard
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Les bénévoles et les salariés du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres participent activement à l’étude en relevant différents indices de présence comme des plumes ou bien les cris des jeunes rapaces qui réclament à manger. Ces éléments complètent les observations visuelles et aident à localiser les nids. Chaque donnée est soigneusement notée, offrant un aperçu précis de la vie du circaète au cœur de la forêt de Chizé.
©Martin Girard
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Après le suivi diurne des rapaces, l’inventaire se poursuit à la tombée de la nuit. Dans la réserve biologique intégrale (RBI) de la Sylve d’Argenson, techniciens de l’ONF, les bénévoles et les salariés du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres et chercheurs du CNRS se rassemblent pour préparer l’écoute des engoulevents, oiseaux discrets et crépusculaires. Ces oiseaux, qui restent souvent invisibles le jour, communiquent par des chants caractéristiques que les équipes vont relever pour cartographier leur présence dans la RBI mais aussi en zone forestière, en dehors de la réserve.
©Martin Girard
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L’engoulevent est un oiseau nocturne qui se distingue par son mode de nidification particulier : il pond directement au sol, sans construire de véritable nid. Ses œufs et ses poussins restent donc exposés, mais parfaitement camouflés parmi les feuilles, la mousse, l’herbe ou la terre, ce qui leur permet de passer inaperçus. Aucun périmètre de sécurité strict n’est appliqué, mais lorsqu’un nid d’engoulevent est repéré, aucune activité forestière ne doit être menée dans la parcelle pendant la période de reproduction.
©ONF
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Effectuant chacun plusieurs points d’écoute de 5 minutes, les observateurs notent chaque chant entendu. Vincent consigne méthodiquement les données sur des fiches d’inventaire, afin de distinguer les territoires occupés par l’engoulevent. Le protocole est rigoureux et nécessite une oreille attentive. Pour cet oiseau, le suivi vise surtout à identifier les milieux de vie les plus favorables.
©Martin Girard
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L’écoute des engoulevents suit des créneaux horaires précis. Au fil de la soirée, les équipes relèvent les chants très particuliers de l’espèce, dont le ronronnement continu évoque celui d’un engin motorisé. Un timbre si singulier qu’on le surnomme parfois l’oiseau « mobylette ». Cette méthode permet d’évaluer la densité des populations et d’assurer le suivi sur le long terme, dans un contexte de biodiversité fragilisée.
©Martin Girard
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A la fin de la session, les équipes se retrouvent pour confronter leurs résultats. Les données issues de chaque point d’écoute sont croisées, comparées et reportées sur des cartes. Cette mise en commun garantit la fiabilité de l’inventaire et enrichit la base scientifique disponible.
©Martin Girard
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Chercheurs, agents de l’ONF et bénévoles et salariés du Groupe Ornithologique des Deux-Sèvres échangent sur les observations de la journée et de la soirée. Le suivi se conclut au cœur de la réserve biologique intégrale (RBI) de la Sylve d’Argenson, un espace protégé où la forêt évolue sans intervention humaine. Cette zone offre un habitat privilégié pour de nombreuses espèces, dont l’engoulevent, et permet d’observer leurs comportements dans un environnement naturel. Le suivi mené par l’ONF et ses partenaires contribue à mieux comprendre ces écosystèmes et à adapter les pratiques de gestion forestière pour préserver les équilibres naturels.
©Martin Girard
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Pour rester en immersion avec Vincent Rocheteau, forestier naturaliste, sur les traces du circaète-Jean-Le-Blanc : Le podcast de l'ONF, à retrouver ici.