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Entretien avec... Marc Michel, président de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture

« Nos programmes de recherche couvrent l’ensemble des enjeux liés à la forêt »

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© Marc Michel / Irstea
Risques naturels, changement climatique, innovation... À l'occasion de la signature, ce 31 janvier 2018, d'une nouvelle convention cadre avec l'ONF, Marc Michel, président d'Irstea, revient sur les enjeux de cette collaboration pour le domaine de la recherche sur les forêts et les espaces naturels.

Que représente pour vous la signature de cette convention entre Irstea et l'ONF ? Quels sont les enjeux de cette collaboration ?

Formaliser notre partenariat par une convention permet de se fixer des objectifs partagés pour les années à venir et de mieux programmer nos recherches en fonction des besoins exprimés par les acteurs de la forêt. Cela permet de donner un cadre commun pour assurer le transfert de la recherche dans les meilleures conditions. Comme la convention précédente qui couvrait la période 2011-2016, cette nouvelle convention met en avant certaines thématiques sur lesquelles Irstea s'est spécialisé depuis longtemps et a produit aussi bien des publications académiques que des guides pratiques pour les gestionnaires. C'est notamment le cas des risques en forêt, de la modélisation des forêts mélangées ou des applications de la télédétection. Elle met particulièrement en avant certains sujets d'actualité pour les gestionnaires tels que l'équilibre sylvo-cynégétique, les approches économiques et sociales, ainsi que le développement de techniques de génie écologique. La convention prévoit les possibilités d'échanges de données entre les 2 instituts ainsi que la possibilité pour Irstea d'installer en forêt publique des dispositifs d'observation ou des expérimentations de long terme.

Plus globalement, quelle place occupe la thématique « forêt », ainsi que la question des risques naturels, dans les travaux menés par Irstea ?

Plus de 60 scientifiques d'Irstea travaillent sur la forêt, combinant des disciplines variées, allant des sciences forestières, de l'écologie, jusqu'aux sciences humaines et sociales (économie, sociologie, géographie, sciences politiques), sans oublier la géomatique et la télédétection, qui est devenue un outil incontournable pour les forestiers. Ils sont réunis principalement dans 5 unités de recherche, implantées à Nogent-sur-Vernisson, Grenoble, Aix en Provence, Montpellier et Bordeaux. Les travaux d'Irstea couvrent l'ensemble des enjeux liés à la forêt : productifs, environnementaux, sociaux, et en particulier la question des risques naturels, sujets identitaires d'Irstea Sur ces sujets, la forêt est étudiée pour son impact sur les risques incendies et risques gravitaires (chutes de blocs en montagne). Nous nous intéressons également à l'évolution des comportements des usagers de la forêt et des acteurs de la filière face aux conséquences du changement climatique (augmentation des tempêtes, des incendies, des sécheresses, de nouveaux pathogènes...).

Irstea et l'ONF, c'est un partenariat naturel ? Quelle vision portez-vous sur les programmes de recherche menés avec les équipes de l'ONF ?

Irstea et l'ONF partagent une même culture d'origine, celle des Eaux et Forêts. Plusieurs de nos chercheurs ont d'ailleurs eu un parcours à l'ONF avant de venir à Irstea. Les programmes de recherche conduits avec les équipes de l'ONF (notamment son département Recherche-Développement Innovation) présentent l'intérêt d'être à la fois ciblés sur les besoins de l'aménagement forestier et de la gestion courante et de haut niveau scientifique, mobilisant des méthodes de pointe en modélisation, en écologie, en télédétection, lidar etc. Les 2 instituts sont aussi associés à des suivis et expérimentations de long terme, indispensables par rapport à la question forêt - changement climatique. Un des enjeux est d'intégrer de plus en plus le facteur humain. D'étudier la forêt pas uniquement au niveau de l'arbre ou du peuplement, de l'écosystème environnemental, mais à l'échelle des territoires forestiers, où s'entremêlent les différents enjeux écologiques, économiques, politiques et sociaux. C'est pourquoi l'accent mis sur les sciences humaines et sociales dans la nouvelle convention est une très bonne chose.

Si vous deviez citer un seul programme phare, quel serait-il et pourquoi ?

L'investissement de ces dernières années sur les questions des peuplements mélangés (chêne pin en structure régulière (au centre Irstea de Nogent-sur-Vernisson) et sapin-épicéa-hêtre en forêt de montagne (au centre Irstea de Grenoble) me semble très significatif pour étudier l'impact du changement climatique ; le dispositif OPTMix, installé en forêt domaniale d'Orléans avec l'aide de l'ONF est un observatoire long terme qui va étudier l'intérêt du mélange d'espèces ; On envisage d'ailleurs de renforcer les travaux sur les questions de régénération et sur les modalités de gestion en structures irrégulières (sans coupe rase). L'expérimentation, les nouveaux outils de la technologie lidar et l'utilisation de la modélisation sont pour cela des composantes bien maitrisées par nos chercheurs.

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