3 questions à...
Pierre-Olivier Drège, directeur général de l'ONF, à propos des puits de carbone
Pierre-Olivier Drège est également président d'Eustafor (European State Forest Association, association des gestionnaires de forêts d'Etat).
La notion de "puits de carbone" est en vogue. N'y a-t-il pas un effet de mode derrière cet engouement pour la forêt ?
Pierre-Olivier Drège : Ce n'est pas un effet de mode, c'est une réalité. Pour atteindre l'objectif de division par quatre des émissions de gaz à effet de serre retenu par la France*, toutes les formes de réduction d'émission à la source mais aussi de stockage doivent être mobilisées.
Il est important aujourd'hui de prendre conscience de la capacité des forêts à stocker du carbone et, au-delà, de l'effet positif de toute substitution du bois aux énergies fossiles et aux matériaux à fort contenu énergétique, comme le béton ou l'acier.
C'est d'ailleurs l'une des raisons qui a poussé à la signature de l'accord entre les forestiers et France nature environnement lors du Grenelle de l'environnement : "Produire plus de bois, tout en préservant mieux la biodiversité."
Les règles internationales prennent-elles suffisamment en compte l'apport de la forêt dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
P.-O. D. : Il est vrai qu'à ce jour, seuls les projets de boisement/reboisement réalisés dans les pays en développement sont comptabilisés au titre du protocole de Kyoto et ouvrent droit à des crédits négociables.
Il serait bon de faire reconnaître que les forêts européennes stockent aussi du CO2 et que l'intervention humaine amplifie l'effet "puits". Justement, via l'association France Forêt, les forestiers se préparent à conduire dix projets pilotes qui évalueront les bénéfices de l'action sylvicole sur la captation du carbone.
Comment l'Europe se positionne-t-elle sur cette question ?
P.-O. D. : Compte tenu de la déprise agricole à laquelle on assiste un peu partout, et de l'augmentation du prix des combustibles fossiles, la question des plantations est au cœur des préoccupations.
Des pays aux structures forestières aussi différentes que la Suède, l'Autriche ou la Pologne s'intéressent de près au sujet.
Planter des arbres, c'est toujours entrer dans une logique vertueuse : au-delà de l'effet stockage de carbone, la valeur ajoutée en terme de lutte contre l'érosion et d'amélioration de la qualité de l'eau est indéniable.
* : La loi de programmation du 13 juillet 2006 fixant les orientations de la politique énergétique péconnise, mais ne fixe pas, comme objectif à long terme, la division par quatre des émissions de GES en France d'ici 2050.

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