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La forêt sous le regard des hommes

Gérée et entretenue, ou laissée en libre évolution, la forêt française du XXIe siècle demeure un espace qui échappe en partie à la raison. Rapide survol des usages et représentations de la forêt au fil des siècles…

La forêt celte

Il y a 2.000 ans, la Gaule était recouverte aux deux tiers par une épaisse forêt. L'homme habitait en lisière de cet univers qu'il apprit à exploiter.

La forêt constituait le principal temple de la vie religieuse des Celtes, et par conséquent des Gaulois. Ils avaient des bois sacrés (nemeton) abritant leurs saints, où les druides se rassemblaient pour parler des affaires religieuses et politiques. Le plus connu de ces bois sacrés se trouve dans la forêt des Carnutes, près d'Orléans.

La forêt féodale

La forêt est une composante essentielle de l'imaginaire médiéval
La forêt est une composante essentielle de l'imaginaire médiéval © P. Favre / ONF

Au Moyen Age, période de reconquête forestière après les défrichements gallo-romains, la forêt est très présente et indispensable à la vie. Les villages sont le plus souvent implantés dans des clairières environnées de bois. La forêt est perçue comme un lieu dangereux, car à la peur des animaux sauvages s'ajoute celle des brigands et l'inquiétude suscitée par les travailleurs de la forêt, bûcherons ou charbonniers, considérés comme des marginaux.

Sur les croyances anciennes, païennes (paganisme, du latin paganus désigne le paysan et par extension tout homme qui n'est pas soldat) viennent se greffer histoires et légendes dans lesquelles la forêt tient une grande place : des épreuves initiatiques de preux chevaliers aux hors-la-loi champions d'une cause juste, c'est l'âge des épopées et du fantastique. La période aussi où le « désert » forestier offre un lieu de recueillement aux fondateurs des premiers ordres monastiques.

L’âge de raison

A la Renaissance et à l'époque classique apparaît une nouvelle forêt, rationnelle, organisée par Colbert : la maîtrise des Eaux et Forêts met en place les moyens de surveillance et de bonne gestion des massifs boisés.

De cette forêt au bel équilibre, qui s'éclaircit au lieu de s'assombrir, le loup, le diable et les fées sont peu à peu chassés. C'est l'époque où, grâce à Duhamel du Monceau, naît la science forestière.

La forêt romantique

L'eau et la forêt sont deux grands thèmes romantiques, au même titre que l'amour, la mort ou l'errance
L'eau et la forêt sont deux grands thèmes romantiques, au même titre que l'amour, la mort ou l'errance © Patrice Delgado / ONF

Aux XVIIIe et XIXe siècles, la forêt devient le moteur de l'industrie naissante, en particulier pour son approvisionnement énergétique ou en bois d'œuvre. Si les grands massifs forestiers conservent leurs traditions légendaires, on y voit moins de fées, les rencontres avec le loup et le diable s'y font encore plus rares...

Une révolution des idées apparaît : le rationalisme impose une vision logique et scientifique du monde et, avec le « rousseauisme » qui glorifie la Nature et l'apprivoise, la crainte qu'inspire le milieu sylvestre tend à s'affaiblir. La littérature romantique, surtout allemande, s'empare de thèmes légendaires anciens et recrée une culture populaire : roman, musique, opéra, danse, arts plastiques, tout est bon pour ressusciter mythes et traditions d'antan.

La forêt des loisirs

Au XXe siècle, la forêt française regagne un terrain considérable, au point de retrouver son extension de la fin du Moyen Age. La civilisation urbaine cerne désormais de nombreux espaces boisés proches des villes, les isole, les pénètre, parfois au détriment du bon fonctionnement écologique des écosystèmes.

Le citadin utilise la forêt comme un territoire de loisirs même s'il en fait l'archétype de la Nature. L'homme s'aventure donc sans crainte en famille dans le bois. Sans crainte, vraiment ? N'arrive-t-il pas, pourtant, qu'un bruissement réveille en lui comme une peur ancienne ?

La magie de la forêt n'est jamais loin
La magie de la forêt n'est jamais loin © Anne-Marie Granet / ONF
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