+ de critères

 

Des noms qui parlent

La forêt, l’arbre et les activités pratiquées en forêt se cachent souvent derrière les noms de lieux. Ces toponymes forestiers sont les témoins précieux de l’histoire du paysage et des hommes qui l’ont occupé. Encore faut-il pouvoir les débusquer !

Nommer les choses, c'est les faire exister et pouvoir partager autour d'elles. Les noms de lieux racontent l'histoire de ceux qui les ont baptisés et de leur cadre de vie.

La toponymie (du grec topos : lieu et onoma : nom) étudie l'origine et l'évolution de ces noms de lieux, les toponymes. Elle renseigne sur un passé qui parvient jusqu'à nous parfois uniquement grâce à la désignation d'un lieu qui n'a plus rien à voir avec la description d'où il tire son nom. Et parmi les toponymes, de très nombreux dérivent de l'univers de la forêt.

Une histoire à suivre

Tel nom de village, de lieu-dit ou de hameau nous apprend qu'avant, ici, se trouvait un bois ; tel autre que là, il y avait des frênes ou des châtaigniers ; qu'ici la forêt a été défrichée ou encore qu'on y faisait paître les bêtes.

Pour lire l'origine d'un nom, il faut pouvoir se référer à certains repères, connaître les populations qui s'y sont succédées, retrouver les premières désignations avant que les facéties de la langue ne s'emparent du toponyme au point de le rendre méconnaissable.

Désigner le type de formation végétale, l’espèce dominante ou son utilisation

On peut classer les toponymes forestiers en trois grandes familles.

La première est celle des termes qui décrivent le type de formation végétale : forêt, bois, lande ou encore garrigue.

Viennent ensuite les toponymes provenant de l'espèce d'arbre dominante, voire de l'essence : chêne, orme, noisetier, mais aussi chêne vert, chêne pédonculé, chêne kermès...

Enfin les usages constituent une troisième famille : exploitation du bois, pâture, récolte de baies ou encore fabrication de charbon.

Le frêne et le chêne déclinés au fil des lieux

Les noms qui dérivent du frêne ont une origine principalement latine (fraxinus) ou germanique (ask ou asch qui a donné esche en allemand) : Ascq, Aschbach, Eix, Achiet, Esquay, Acheville, Eschau, mais aussi Beaufresne, Fresne, Fragnes, Fraisse, La Frasse, Le Freche, Fralignes, Fesnières, Franey, Fremontiers ou Frasseto.

Les termes dialectaux du chêne vont de chane, chaniot, chagne, chaignou, à caine, cassanéa, casso, cassou, coural, quêne, quesne, tsaine, derf, derv, dreff, dero, eeck, eek, eeke, eyk ou encore jarri. On imagine la variété des toponymes qui en dérivent.

Préciser autant que possible

Ces trois ensembles schématiques peuvent se superposer.

Ainsi un toponyme peut par exemple dériver d'un terme désignant « un taillis de chênes où vont pâturer les bêtes » : c'est la « garrissade » des Cévennes dont on trouve une variante « garrissal » dans le Limousin. Le but est de désigner un lieu tout en décrivant sa nature.

Aussi les adjectifs et plus généralement l'accolement de plusieurs noms, l'ajout de suffixes ou de préfixes sont fréquents pour plus de précision et finalement aboutir à un nom original.

Autant de langues que de régions et de peuplements

Par ailleurs, comme pour « garrisade » et « garrisal », les termes varient d'un dialecte, d'un patois à l'autre, quand il ne s'agit pas de langues différentes.

On se trouve alors confronté à l'histoire du peuplement de la France avec des toponymes dérivant des différentes formes du gaulois, du latin, du germain, du basque, du breton mais aussi de l'occitan, du savoyard, du picard ou encore du corse.

Sans oublier leurs variations au cours du temps, les diminutifs, les adaptations phonétiques voire les transcriptions erronées !

Le souvenir des défrichements du Moyen Age et des activités humaines

Il est intéressant de noter que de nombreux toponymes remontent aux défrichements du Moyen Age entre les XIe et XIIIe siècles.

Les zones gagnées sur les friches donnent les noms Buissonnet, Buisson, Buisset, Bouige, Bouygue, Bouzigue, Artige, Artigues, Artigenave, Lartigues, Novelles, ou encore Noves. L'essartage donnera Essards, Essert, Lessard, Issards, Essertennes, Dussard, Dessart.

De cette époque proviennent également les toponymes Brulat ou Usclat et ceux désignant une terre inculte : Erm, Herm, Lherm, Lermet, De l'herm. On reconnaît là certains patronymes.

Les noms de nombreux cantons et lieux-dits rappellent aussi que les implantations proto-industrielles pouvaient être nombreuses en forêt jusqu'au XIXe siècle. On peut citer « la Verrerie ».

Sans oublier qu'au-delà des Dubois et autres Forest, Poirier ou Aulnay, de nombreuses familles portent un nom issu de l'univers de la forêt. Vaste histoire également, mais laissons-la à l'anthroponymie !

Pour en savoir plus

Ressources