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Mémoire des temps de guerre

Lors des conflits, la forêt constitue un espace stratégique. Source de bois pour le front et les populations, elle forme un obstacle à la progression des troupes mais fournit également un précieux refuge. Totalement ou partiellement détruite par les combats, du fait de l’évolution des armements, le sol en conserve les traces.

Les « forêts de guerre »

En France, les massifs forestiers reconstitués après la Première Guerre mondiale ont été appelés « forêts de guerre ». En 1919, l’Etat a dressé une cartographie des zones touchées… Plus sur: Les « forêts de guerre »

Un obstacle qui constitue une frontière

Jusqu'au XIXe siècle, la guerre terrestre se déroule sur les vastes plaines, en terrain praticable et découvert. La forêt constitue un espace frontière : elle forme une rupture visuelle dans le paysage, empêchant l'observation au-delà des premiers arbres.

Les tactiques militaires développées aux époques romaines, médiévales ou modernes ont davantage besoin d'espaces dégagés pour que les armées puissent s'affronter. La forêt est alors perçue comme un obstacle naturel qu'il convient de franchir, d'où l'aménagement de voies de passage, mais est également utilisée comme abri.

A l’abri des regards

Cette photo aérienne américaine a été prise le 8 mai 1918, à 3000 m d'altitude. On y découvre l'aménagement des positions allemandes dans le Bois de Mortmare (Meurthe-et-Moselle)
Cette photo aérienne américaine a été prise le 8 mai 1918, à 3000 m d'altitude. On y découvre l'aménagement des positions allemandes dans le Bois de Mortmare (Meurthe-et-Moselle)

La forêt se révèle un très bon refuge. Une fois établies, les voies de transport permettent l'acheminement discret de matériel, de ravitaillement, mais aussi de troupes.

Durant la Première Guerre mondiale, de nombreuses zones de stockages et de cantonnements y sont établies. Les arbres servent à la construction des éléments défensifs, à l'alimentation en bois de feu, remplacent les poteaux électriques et téléphoniques et parfois des observateurs sont aménagés dans les cimes.

Mais cette couverture naturelle s'estompe peu à peu avec le développement de l'observation aérienne par le biais de l'aviation. La forêt peut alors être observée par dessus, elle peut être survolée et perd ainsi une partie de ses propriétés de frontière et de cache.

Une gestion stratégique

Vestige inattendu de la guerre, ce chêne porte les traces d'inclusion d'isolateurs électriques (Forêt communale de Saint-Baussant, Meurthe-et-Moselle)
Vestige inattendu de la guerre, ce chêne porte les traces d'inclusion d'isolateurs électriques (Forêt communale de Saint-Baussant, Meurthe-et-Moselle) © Frédéric Steinbach / ONF

En tant qu'obstacle naturel, la forêt se travaille et se gère. Dans l'Hexagone, suite à la défaite de 1870/71, le pouvoir militaire est de plus en plus associé à la gestion des zones forestières situées dans les zones frontalières. L'objectif est d'empêcher les déboisements pour conserver un « rideau défensif » végétal.

Le cadre légal permet progressivement à l'armée de contrôler les zones autour des places fortes : travaux sur les chemins et défrichements répondent à ses autorisations. A des fins d'aménagements défensifs, elle peut exproprier les propriétaires des parcelles qui lui semblent stratégiques.

Un écran fluctuant et destructible

Cet écran végétal est saisonnier puisqu'en hiver, la chute des feuilles fait disparaître le camouflage protecteur. Les massifs résineux sont quant à eux plus sensibles aux incendies. Le feu employé comme arme de guerre depuis des temps très anciens permet de débusquer l'ennemi et l'empêche de progresser à couvert. Toutefois les grandes destructions de massifs forestiers, hors propagation "naturelle" d'incendies volontaires, sont liés à l'usage du napalm, mis au point durant la Seconde Guerre mondiale mais peu utilisé sur le théâtre d'opérations européen.

La guerre synonyme de surexploitation

En Europe, l'impact des deux Guerres mondiales fut considérable sur les forêts. A la fois par les destructions directes, en particulier sur la ligne de front, mais également à cause de la surexploitation pour répondre aux besoins en bois.

Ainsi, durant la Première Guerre mondiale, il faut du bois pour consolider les tranchées, construire les abris et s'y chauffer, établir les réseaux de barbelés. Devant l'abondance des prélèvements sauvages et craignant un pillage de la ressource forestière, l'Armée française organise des commissions spéciales.

La reconstruction demande également d'énormes quantités de bois et donne lieu à des coupes excessives, sans compter la perte économique pour les communes héritant de peuplements mitraillés. De manière générale les guerres entraînent une surexploitation des ressources forestières.

Destruction et pollution

Non seulement les bombardements et tirs d'artillerie sont dévastateurs pour la forêt, mais la guerre crée aussi une pollution à long terme. Depuis la Première Guerre mondiale, les développements technologiques militaires se sont traduits par l'emploi d'armements chimiques, bactériologiques ou nucléaires qui entraînent des conséquences lourdes pour l'environnement.

Les munitions non explosées, qu'elles aient été tirées, abandonnées voire enfouies ou immergées, constituent aussi un grave danger pour le milieu et les hommes qui y vivent ou y travaillent. Même si la forêt se régénère, le milieu est contaminé et présente des taux anormaux de produits toxiques dont les conséquences à long terme restent peu connues.

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