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La Forêt dans le cinéma : la forêt, élément fondateur du film d’aventure classique et du cinéma fantastique

Dès les débuts du cinéma, la forêt fait son apparition et joue un rôle non négligeable. Elle permet de planter le décor et donne le ton au film.

Le motif de la forêt apparaît dès les années 20 dans le premier grand film d'aventure : Robin des bois (Allan Dwan, 1922, avec Douglas Fairbanks). Ce film, qui coûta un million de dollars de l'époque et fut la première grande sortie populaire des studios d'Hollywood, fait de la forêt une composante essentielle de la dramaturgie. L'histoire est connue : pour renverser l'usurpateur du trône d'Angleterre, un jeune noble resté fidèle à son roi parti en Croisade, se réfugie dans la forêt de Sherwood. Il lève une bande de bandits rebelles et combat son ennemi en volant aux riches pour donner aux pauvres. Le scénario s'inspire d'une légende médiévale.

Omniprésente, la forêt, à la fois abri et refuge, garantit l'anonymat au jeune noble dénommé "Robin". Protectrice, elle est l'espace où se régénèrent la fidélité, la droiture, l'honnêteté et la pureté. Elle est aussi la condition de l'exercice de la justice pour tous - un monde idéal, parallèle, où règne la fraternité.

En 1938, le remarquable remake de Michael Curtiz avec Errol Flynn et Olivia de Haviland, est considéré comme la quintessence du film d'aventure classique hollywoodien. Ce film, l'un des premiers tournés en technicolor, pousse encore plus loin la symbolique de la forêt en y intégrant de nombreux systèmes d'opposition fondés sur les couleurs. Comme pour rehausser la valeur signifiante affectée à la couleur dans la dramatisation, le contraste est marqué entre les tonalités vives des costumes des personnages et l'environnement froid des murs du château. Robin des bois, tout de vert et d'ocre vêtu, porte haut les couleurs de la forêt, qui se détachent nettement des tons ternes du mur du château et des uniformes des gardes.

Au contraire de Robin des bois, Tarzan l'homme-singe, autre grand film d'aventure tourné en 1932, présente un visage de la forêt hostile. La forêt tropicale, exotique et inconnue, est associée au danger, à la sauvagerie et au droit du plus fort. Elle est dépeinte en opposition au monde civilisé. Inquiétante, elle abrite des espèces animales dangereuses, des tribus sauvages effrayantes. Elle permet néanmoins au héros d'échapper à ses ennemis en sautant d'arbres en arbres et de vivre son amour avec Jane, hors de toute considération sociale, de pouvoir ou de richesse.

Dès les débuts du cinéma fantastique, la forêt occupe une place de premier plan. Dans l'un des plus grands films de ce genre : Nosferatu, une symphonie de l'horreur réalisé par F.W. Murnau en 1921, l'histoire débute par une scène terrible dont la forêt est le décor. Nosferatu, adapté du roman Dracula de Bram Stocker, commence lorsqu'un agent immobilier de Brême se rend dans les Carpates afin d'apporter un titre de propriété au Comte Orlock, qui n'est autre qu'un terrifiant vampire. Dès les premières séquences, le jeune agent immobilier traverse la forêt montagneuse d'Europe centrale, sur la route qui mène au château de Nosferatu. Une forêt décharnée, haute et froide, presque morte et pourtant qui semble si puissante tant elle est étendue. À mesure que le jeune homme approche du château, le pouvoir maléfique de cette forêt, totalement déserte, aux confins du monde, devient de plus en plus insistant. Corrompue par le mal, soumise ou alliée au vampire - on ne sait - elle protège le château. Le passage vers la mort, le désespoir et la peur, symbolisé par un pont, se trouve justement au coeur de cette forêt. "Et quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre" est l'un des cartons les plus célèbres du cinéma muet. La forêt incarne ce lieu de transition entre le monde rationnel, rassurant, peuplé d'humains ordinaires et celui, terrifiant, de l'occulte et du fantastique, habité par les monstres et autres créatures du diable. Avec Nosferatu, le ton est donné. D'emblée la forêt occupe un rôle-clef dans le cinéma fantastique, et en particulier dans les films d'épouvante.

Tantôt enchantée, tantôt maléfique, la forêt est indissociable des films fantastiques de Walt Disney. Dans Blanche neige et les sept nains (1937), premier long-métrage animé de l'histoire du cinéma, la forêt est d'abord présentée comme intimidante et hostile. Blanche neige y est conduite malgré elle par un garde-chasse qui a pour mission de la tuer. La forêt se révèlera bonne et pleine de vie. Les animaux qu'elle abrite ne tarderont pas à voler à son secours, l'emmenant jusqu'à la maison des sept nains.

Dans La Belle au bois dormant (1959), la forêt est maléfique. Les arbres, ensorcelés et soumis au mal, composent un impénétrable rideau de ronces et de branches, coupantes, piquantes et acérées. Le château dans lequel repose la belle princesse est rendu inaccessible. Pourtant, pour la délivrer de son sortilège, le prince devra traverser cette forêt hostile. Instrument du mal, le décor de cette forêt maléfique fut particulièrement soigné par les dessinateurs qui s'inspirèrent de la peinture chinoise du XVe siècle, d'estampes japonaises ainsi que des vastes et mystérieuses forêts américaines ou anglaises.

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