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Forêt et art pictural : la symbolique religieuse, élément fondateur de la représentation de l’arbre et de la forêt

Considéré dans toutes les cultures comme une manifestation de la présence divine, l’arbre est objet de vénération. Il est une image de la communication entre le ciel, la terre et l’enfer. Doté d’une signification religieuse très forte, ce symbole perdure dans la représentation picturale.

Dans la religion chrétienne, l'arbre joue un rôle symbolique important. Dieu fait croître dans l'Eden les plantes de toute espèce, parmi lesquelles l'arbre de vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal, situés au centre du jardin. Adam et Eve, tentés par le serpent, mangent le fruit de l'arbre de la connaissance, puis subissent les conséquences de cette faute qui retombe ainsi sur tout le genre humain. Une enluminure du Codex Vigilianus (Madrid, Escurial, 927) figurant le péché originel, montre un arbre très stylisé : un tronc droit comme le manche d'une pique autour duquel s'enroule un serpent géant, couronné par un bouquet de branches garnies de feuilles ; de part et d'autre se tiennent Adam et Eve. Cette image ne vise pas à reproduire le réel. Elle n'est que le signifiant de l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui pousse, avec l'arbre de vie, au centre de l'Eden.

Dans les tableaux qui représentent la Passion et la résurrection du Christ apparaissent souvent un arbre sec et un arbre verdoyant qui symbolisent le péché et la rédemption. La présence côte à côte de ces deux arbres peut être une allusion à l'opposition entre le bien et le mal.

Cette ambivalence symbolique de l'arbre se prolonge dans la forêt. Au Moyen Age, la forêt est associée au danger, aux esprits, aux animaux sauvages. Perçue comme une jungle impénétrable, sans chemin et sans perspective, elle incarne les forces obscures, le mal. Ce n'est pas un hasard si, chez le peintre allemand Albrecht Altdorfer, le combat du Saint dans le tableau Coin de forêt avec saint Georges combattant le dragon (Munich, Alte Pinacothèque, 1510) se passe dans une forêt. Le petit dragon inoffensif, situé au pied du cheval blanc de Saint-Georges, ne semble pas être son véritable ennemi mais plutôt la forêt touffue, avec ses arbres démesurés et ses branches désordonnées qui semblent près de l'engloutir. L'importance accordée au traitement de la forêt qui envahit la totalité du tableau souligne la témérité du chevalier.

Dans d'autres oeuvres, la forêt est, au contraire, assimilée à un lieu sacré, un refuge. Les Saints sont souvent représentés dans la forêt. Dans un tableau du Florentin Fra Filippo Lippi L'Adoration dans la forêt (Berlin, Gemäldegalerie, 1459), la nativité n'est pas figurée dans une étable à Bethléem, comme le veut la tradition, mais dans une forêt enchantée. La forêt dans laquelle semble flotter l'esprit de Dieu devient le lieu paisible d'un bonheur vécu en harmonie avec la création, le lieu où se manifeste le sacré.

Lieu de l'extrême marge, la forêt incarne tout à la fois le danger, le mal - lieu d'épreuves et d'aventures - le refuge, la protection et la paix. 

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