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La forêt conserve la "mémoire" de l’histoire

Les forêts françaises ont été largement façonnées au cours des siècles par l’homme et ses activités. La forêt conserve la "mémoire" de l’histoire sous forme de vestiges archéologiques, mais aussi naturels. Ces vestiges "bioculturels" aident les forestiers à mieux comprendre l’état actuel de la forêt et ainsi à mieux la gérer.

L’histoire est aussi un élément de compréhension de l’état actuel de la forêt

La forêt européenne, et la forêt française en particulier, souvent considérée comme l'archétype de la nature, a pourtant été façonnée par l'homme et ses activités au fil des siècles : activités forestières bien sûr, mais aussi activités agricoles, pastorales ou industrielles. Là où aujourd'hui la forêt semble avoir toujours existé, des vestiges archéologiques mais aussi naturels trahissent parfois un passé différent.

La forêt cache parfois un passé douloureux : devant les nécessités de la restauration des terrains en montagne pour lutter contre les risques naturels, les villageois de Chaudun ont abandonné leur village vendu à l'Etat en 1895 (Forêt domaniale de Gap-Chaudun, Hautes-Alpes)
La forêt cache parfois un passé douloureux : devant les nécessités de la restauration des terrains en montagne pour lutter contre les risques naturels, les villageois de Chaudun ont abandonné leur village vendu à l'Etat en 1895 (Forêt domaniale de Gap-Chaudun, Hautes-Alpes) © Anne-Marie Granet / ONF

L'histoire, au même titre que les paramètres du milieu naturel (sol, climat, topographie), est un élément de compréhension de l'état actuel de la forêt. Les chercheurs ont pu montrer qu'elle affecte parfois pendant très longtemps les écosystèmes et les peuplements forestiers.

Ainsi, une occupation gallo-romaine peut avoir une incidence aujourd'hui encore sur la biodiversité et la fertilité des terrains, donc sur la croissance des arbres, et ce 2.000 ans après... De même, la présence de noyaux forestiers anciens dans les forêts domaniales, souvent plus protégées du fait d'une origine royale, est particulièrement favorable à la biodiversité.

Forêt royale ou monastique, « cantonnement des droits d'usage » ayant donné lieu à la création de forêts communales après la Révolution, boisements du XIXe siècle effectués dans le cadre des lois de restauration des terrains en montagne..., chaque forêt a son histoire qu'il est important de connaître pour mieux comprendre son état actuel et donc mieux la gérer.

A ce titre, les gestionnaires forestiers intègrent les principaux éléments de l'histoire dans l'aménagement forestier. De même, la toponymie forestière, riche en signification sur l'histoire ou les peuplements forestiers, est conservée. Les archives de la forêt et les cartes anciennes sont une mine d'informations précieuses que le gestionnaire se doit de conserver puis de verser aux archives nationales. 

Le patrimoine bioculturel mérite d’être préservé

La forêt de Saint-Antoine, aujourd'hui haut lieu de biodiversité, conserve la mémoire des activités industrielles (forges, verreries...) qui se sont poursuivies jusqu'au XIXe siècle (Haute-Saône)
La forêt de Saint-Antoine, aujourd'hui haut lieu de biodiversité, conserve la mémoire des activités industrielles (forges, verreries...) qui se sont poursuivies jusqu'au XIXe siècle (Haute-Saône) © Anne-Marie Granet / ONF

Sur le terrain, l'histoire laisse des vestiges, souvent ténus, archéologiques mais aussi naturels. Ils constituent ce qui, dans le cadre d'un programme LIFE franco-suédois, a été appelé le « Patrimoine bioculturel ».

Ces vestiges naturels de l'histoire sont menacés par la disparition des pratiques traditionnelles qui leur ont donné naissance et par la gestion forestière pratiquée sur des milieux devenus forestiers. Leur repérage et leur identification sur le terrain nécessitent une approche pluridisciplinaire qui combine sciences humaines et sciences forestières.

Un projet de démonstration basé sur les expériences concrètes de sites français et suédois a été réalisé dans le cadre du programme LIFE « Héritage bioculturel forestier ».

Ces éléments naturels d'origine anthropique ont parfois une valeur patrimoniale forte qui justifie leur préservation. Le plus souvent, ce sont des éléments de nature ordinaire que l'on ne peut comprendre que par l'histoire. Dans tous les cas, la connaissance du contexte historique aide à mieux déterminer la gestion adaptée à l'enjeu.

L'approche bioculturelle constitue aussi un élément d'appropriation des enjeux forestiers ainsi qu'un support pédagogique de valeur pour comprendre l'impact de l'homme sur des milieux présumés naturels. A ce titre, la mise en valeur de certains sites pour le public, et les scolaires en particulier, s'avère intéressante. 

L’approche bioculturelle, pour que l’éducation à l’environnement n’oublie pas l’homme

« La forêt, « miroir » de l'histoire des hommes. Voilà qui peut surprendre à l'heure où les médias et certains spécialistes parlent plus volontiers de forêts « primaires » ou « naturelles ». C'est trop vite oublier que les espaces sylvicoles d'Europe occidentale sont demeurés au moins jusqu'au début du XXe siècle des espaces nourriciers pour les populations locales. Phase ultime d'un ambitieux programme Life européen consacré aux héritages bioculturels en forêt, le présent dossier pédagogique ambitionne de montrer à un jeune public que la forêt d'autrefois était un monde grouillant de vie avec ses charbonniers, ses bûcherons et bien d'autres personnages emblématiques. »

Voici ce que disait l'historien Emmanuel Garnier dans la préface d'un livret pédagogique « La forêt à Livre ouvert, l'exemple des Ballons comtois », réalisé en 2003 à l'initiative de l'ONF dans le cadre du programme LIFE « Héritage bioculturel ».

Réalisé en collaboration avec l'Education nationale et la Maison des Vosges saônoises, ce guide s'appuyait notamment sur la mise en valeur du patrimoine bioculturel du site d'une ancienne verrerie, la Verrerie de Miellin, située en forêt domaniale de Saint-Antoine, aujourd'hui réputée pour sa haute valeur naturelle.

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