+ de critères

L'aménagement forestier : une méthodologie éprouvée

Chaque forêt publique fait l’objet, tous les quinze à vingt ans environ, d’une étude approfondie par l’ONF. Cette étude débouche sur des décisions de gestion consignées dans l’aménagement forestier. De l’état des lieux à la traduction en actions des objectifs fixés, l’aménagiste suit une démarche adaptée aux enjeux, bien structurée par un plan type d’aménagement, pour aboutir à un document opérationnel.

Les aménagements se succèdent pour accompagner la vie de la forêt

L'analyse des évolutions de la forêt oriente les décisions de l'aménagement. Carte des peuplements
L'analyse des évolutions de la forêt oriente les décisions de l'aménagement. Carte des peuplements © Documents ONF

Les aménagements rythment la vie des forêts, tout en s'inscrivant dans le cycle long de croissance des arbres : 150 à 250 ans pour qu'un Chêne atteigne son âge d'exploitation, 100 à 140 ans pour le Hêtre et le Sapin, 50 à 60 ans pour le Pin maritime, une trentaine d'années pour une essence à croissance rapide comme le Peuplier.

Les aménagements sont donc des étapes qui permettent d'effectuer périodiquement les adaptations structurantes nécessaires à la bonne gestion des forêts. Ces adaptations peuvent aussi être motivées par des évolutions imprévues des peuplements, une modification des besoins en bois, de nouvelles pratiques sylvicoles ou bien encore des fonctions supplémentaires dévolues à la forêt.

Globalement, et pour permettre une lecture facilitée, un aménagement forestier (lire plus bas Les six parties d'un aménagement), se répartit en deux ensembles de chapitres :

- le premier, qui comprend les titres 1 à 3, correspond à la phase analytique de l'étude, au cours de laquelle sont réunies toutes les données qui permettront de faire des choix de gestion de la forêt

- le second, composé des titres 4 à 6, contient les décisions de gestion (les objectifs fixés pour la forêt, les essences à privilégier ou au contraire à contenir dans de justes proportions, le mode de traitement des peuplements, les surfaces à régénérer) et les décisions d'application (coupes à réaliser, travaux à effectuer et à quelle échéance).

Dresser un état des lieux très précis

Bien que non visible, la composition du sol est un indicateur de la richesse particulière du milieu
Bien que non visible, la composition du sol est un indicateur de la richesse particulière du milieu © Ulrich Erwin / ONF

L'étude des facteurs internes et externes constitue un préalable à toute rédaction d'un document d'aménagement. Facteurs internes : ils sont essentiellement écologiques ou issus d'une connaissance globale des potentialités de la forêt, qui déterminent ce qu'il est possible de faire. Facteurs externes : les demandes des différents acteurs, en premier lieu celles du propriétaire, mais aussi celles des autres partenaires (collectivités, parcs naturels, associations naturalistes, chasseurs, associations d'usagers) qui fréquentent le massif.

Les équipes chargées de l'élaboration des aménagements effectuent des reconnaissances sur le terrain pour compléter les informations que leur fournissent des documents et des études générales déjà à leur disposition.

Pour démarrer, il faut réunir des données topographiques et climatologiques, connaître la nature du sous-sol, disposer de cartes pédologiques...

Les aménagistes s'appuient aussi sur les données sur la forêt collectées à l'occasion des précédents aménagements (peuplements, volume, composition, gibier...) ainsi que sur les documents qui consignent dans le « sommier de la forêt », année par année, l'importance et la localisation des coupes, les travaux effectués...

Les données qualitatives des peuplements proviennent d'une description aussi précise que possible des différentes parcelles de la forêt, de 10 à 20 hectares chacune (lire ci-contre le Zoom sur la description des peuplements et de leur environnement au cours de la démarche d'aménagement). Ces parcelles constituent le référentiel géographique commun à toutes les interventions.

Définir le traitement sylvicole

Cette futaie de pin est menée de manière régulière, elle permet d'obtenir des arbres droits et élancés
Cette futaie de pin est menée de manière régulière, elle permet d'obtenir des arbres droits et élancés © Philippe Lacroix / ONF

L'aménagiste doit déterminer, selon le sol et le climat et en tenant compte des évolutions prévisibles de celui-ci, la composition en essences de chaque série (1) en tenant compte de la fonction prioritaire qui lui est affectée : protection contre l'érosion des sols, production de bois, préservation de la qualité des eaux, refuge de la vie sauvage (aussi bien pour la faune que la flore), respect des zones d'intérêt biologique et écologique, accueil du public.

Le traitement sylvicole choisi par l'aménagiste façonne à moyen et long terme la forêt, oriente, modifie et donne progressivement son aspect à la forêt. Il organise, à partir de son état actuel, l'espace forestier en déterminant la taille et la répartition des peuplements, leur composition, leur régénération.

En fonction des objectifs à long terme - par exemple, quelle production doit être privilégiée à l'échelle de 50, 100 ans et plus ! - et de l'état actuel des peuplements sur la surface traitée, et du comportement des différentes essences au regard de la lumière, l'aménagiste adoptera un traitement en futaie régulière ou irrégulière, en futaie jardinée...

(1) Série : ensemble de parcelles forestières qui présentent suffisamment d'homogénéité d'objectif pour les regrouper dans un ensemble faisant l'objet d'un développement spécifique à l'intérieur du document d'aménagement

Optimiser la production et prévoir le renouvellement

Un choix d'essences objectif a toujours été fait par un aménagiste précédent, et il n'y a pas nécessairement lieu de le remettre en cause.

Il arrive cependant, parce que les connaissances et le contexte socio-économiques évoluent, que l'on constate une inadaptation des essences actuelles : échec d'une plantation, essence actuelle introduite pour constituer un peuplement pionnier et qu'il convient de modifier au fur et à mesure que les arbres arrivent à maturité, constat que les essences existantes n'offrent pas ou plus d'intérêt économique ou répondent mal à des enjeux qui ont évolué...

Une fois les objectifs fixés et les essences choisies, l'aménagiste fixe le moment où les arbres devront être exploités. Les données utiles sont recueillies lors des observations et des mesures qu'il a effectuées au cours de l'analyse de la forêt, et vont étayer l'intensité des renouvellements à effectuer durant la période d'aménagement.

Des décisions que prendra l'aménagiste dépendront à la fois la qualité des bois au moment de leur récolte fixée par les programmes de coupes et le maintien de la forêt en équilibre entre zones en limite de vieillissement, en croissance ou en période de régénération. C'est l'état idéal vers lequel tout gestionnaire de forêt doit tendre, car il représente l'assurance de sa pérennité.

Pour le renouvellement de cette futaie de hêtres des clairières sont progressivement ouvertes où se développent de jeunes semis
Pour le renouvellement de cette futaie de hêtres des clairières sont progressivement ouvertes où se développent de jeunes semis © Patrick Barré / ONF

Les six parties d'un aménagement forestier

Les aménagements forestiers sont rédigés selon un plan type découpé en six parties :

  1. Analyse du milieu naturel : partager les conditions topographiques, climatiques, et potentialités naturelles, connaître la faune et la flore, décrire l'état actuel de la forêt
  1. Analyse des besoins économiques et sociaux : confronter l'offre de produits obtenus à ceux attendus par la société, rechercher les liens de la forêt avec le territoire, recenser les usages marchands et non marchand, préciser l'impact des actions entreprises en terme de sensibilité paysagère, de réponses à l'accueil du public, mieux cerner les attentes et pratiques des usagers, tenir compte des contraintes réglementaires
  1. Rappel de la gestion passée : au delà des choix antérieurs et des résultats obtenus, mettre en perspective l'état actuel de la forêt au regard de l'histoire et tirer leçon des réussites ou écarts constatés
  1. Synthèses portant sur les principaux objectifs, la division de la forêt en séries (c'est-à-dire le découpage de la forêt en fonction des objectifs), les choix de gestion retenus (mode de traitement, essences et critères d'exploitabilité, effort de régénération, classement des unités de gestion). Les objectifs de gestion de chaque série répondent à une typologie précise : production de bois en quantité et qualité optimale, protection physique (en zone de montagne, ou littorale) ou paysagère, intérêt écologique général et particulier, accueil du public.
  1. Programmes d'actions : coupes, travaux, maintien de la biodiversité, équilibre faune/flore, accueil du public, dispositions en faveur du paysage...
  1. Bilan économique et financier prévisionnel : ce bilan tient compte des programmes de coupes et de travaux ainsi que des opérations indispensables à la sauvegarde de la forêt ou souhaitables pour améliorer la qualité des produits et des services rendus.
Ressources