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Histoire et patrimoine

Les forêts françaises ont été façonnées au cours des siècles par l’homme et ses activités. Ce sont des milieux peu transformés qui conservent la mémoire de l’histoire sous forme de vestiges archéologiques, naturels et culturels.

Une présence très ancienne de l'homme

Des archéologues sur un chantier de fouilles sur le site des Petits Jardins
Ce chantier de fouilles est situé sur le site des Petits Jardins © Laure Laüt

A l'époque gallo-romaine, la forêt domaniale de Tronçais était habitée. De nombreux vestiges de cette époque on été retrouvés et des fouilles sont en cours.

Forêt des ducs de Bourbon jusqu'en 1527, Tronçais devient forêt royale sous François Ier. Une carte dressée en 1665, dite "carte des frères Fleury", montre que la forêt avait déjà ses limites actuelles. Le chêne, adapté à la plaine, est choisi dans une stratégie de développement forestier.

Colbert à Tronçais, mythe ou réalité ?

  • « Colbert a façonné Tronçais »

En 1670, sous Louis XIV, Colbert a bien lancé un vaste plan de réaménagement des forêts royales, la "Réformation". Mais contrairement à ce qui est souvent dit, son action n’a pas plus concerné Tronçais que les autres forêts royales.

Si le bornage de la forêt est effectué et permet de la mettre à l'abri des empiètements des riverains, les coupes rases (ou presque) se poursuivent jusqu'en 1735, date à partir de laquelle les coupes ont été suspendues en attendant la maturité des peuplements. La récolte était censée ne commencer qu’à partir des années 1880 ! 

 

  • « Le bois de Tronçais a servi comme bois de marine » 

Sous Louis XIV, un bateau pouvait mesurer plus de 60 m de long sur 20 de large. Un vaisseau de premier rang exigeait alors de 2.000 à 4.000 troncs !

Afin de répondre aux besoins de la flotte française, Colbert a effectivement instauré un contrôle des forêts royales. Mais à part la "futaie de la grande vente" exploitée à la fin du XVIIIe siècle, la forêt de Tronçais n'a que peu contribué à la construction navale. Les bois les plus recherchés étaient surtout des bois courbes, à forts accroissements et donc... rares à Tronçais.

Une industrie au cœur du massif : les forges de Tronçais

Les forges situées au cœur de la forêt utilisaient de grandes quantités de bois
Les forges situées au cœur de la forêt utilisaient de grandes quantités de bois © Anne-Marie Granet / ONF

Dans les années 1780, l'industriel lorrain Nicolas Rambourg décide d'établir des forges et des fourneaux à Tronçais. Le site lui apporte les trois éléments indispensables à son entreprise : le minerai de fer, le bois pour la chauffe, et l'eau pour la force mécanique. Plusieurs forges sont construites (Sologne, Morat), les étangs de Tronçais, de Saloup et de Morat sont creusés, et l’étang de Saint-Bonnet est agrandi.

Nicolas Rambourg obtient des concessions pour exploiter les deux tiers de la forêt jusqu’environ 1830. Seul le centre du massif, appelé désormais "la Réserve", est conservé en futaie, Les forges utilisent par la suite la houille, relâchant la pression sur la forêt, et cessent définitivement leur activité en 1935. 

L'aménagement de 1835 fait le choix de la futaie régulière

L'aménagement de 1835 peut être considéré comme le point de départ de l'amélioration continue du massif. Après avoir constaté les dégâts liés aux forges et en suivant les principes novateurs de la toute jeune Ecole forestière de Nancy, le comte de Buffévent, alors inspecteur des Eaux et Forêts, décide de traiter l'ensemble de la forêt en futaie régulière. L’objectif est de fournir du bois d’œuvre de manière constante, grâce à une forêt équilibrée en classes d’âges.

Moins connu que Colbert, Buffévent occupe pourtant une place bien plus importante dans l'histoire de Tronçais : grâce à lui, Tronçais est l'une des plus anciennes chênaies traitées en futaie régulière de France. Il a mis en place le système de coupes progressives pour la régénération naturelle des futaies (lire l'interview ci-contre).

La forêt est traitée en futaie régulière depuis 1835
La forêt est traitée en futaie régulière depuis 1835 © Philippe Lacroix / ONF

Les aménagements suivants confortent cette décision

Il est remarquable que la forêt de Tronçais soit gérée depuis près de 200 ans avec le même objectif, confirmé par les aménagement successifs de 1868, 1898, 1928, 1952, 1976 et 2001 : une futaie régulière, équilibrée, produisant du chêne droit, de gros diamètre et d’excellente qualité.

Le cycle a été allongé : de 160 ans lors de l’aménagement de 1835, il est à plus de 200 ans aujourd’hui. La forêt étant très déséquilibrée au début du XIXe siècle (les deux-tiers avaient alors moins de 50 ans), il a fallu un cycle complet pour équilibrer la forêt, si bien que l’équilibre n’est atteint qu’aujourd’hui. Il n’y a jamais eu autant de vieux bois à Tronçais !

A partir des années 1970, la préservation du patrimoine naturel prend une place croissante dans l'aménagement et la gestion de la forêt : réserves biologiques, réseau Natura 2000…

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