Connaissances
Le terrain de chasse du roi - Les capitaineries royales en Ile-de-France
| Collection | Bibliothèque du roi Modus |
|---|---|
| Author | Alexis Hluszko |
| Editor | Montbel |
| Published in june 2009 - 240 pages - Format : 13 x 20 cm |
Une étude inédite sur la chasse dans les capitaineries en Ile-de-France, terrain de chasse réservé au roi et aux princes, à la fin de l'ancien régime et sous la Révolution. Elle s'appuie sur de nombreux documents, anecdotes et témoignages et évoque la rupture révolutionnaire et la démocratisation du droit de chasse.
Le terrain de chasse du roi - Les capitaineries royales en Ile-de-France
La pratique quasi tolérée d'une chasse non noble sous l'ancien régime
Bien que les dispositions législatives proscrivent l'exercice roturier de la chasse, tout laisse à penser que, dans le bassin parisien, des exploitants aisés et des roturiers, bourgeois ou non, ont pu s'adonner à des formes de chasse pour lesquelles ils bénéficiaient de tolérances tacites.
Une frange de la bourgeoisie côtoyait de par son assise dans la société d'ordre - aux contours de plus en plus flous à mesure que l'on s'avance vers la fin de l'ancien régime - une partie de la noblesse. Dans le cadre de ces modes de vie convergents, d'échanges et d'invitations, des bourgeois aisés ou en voie d'anoblissement furent conviés à suivre des chasses nobles, ou à y participer. Au-delà de ces occasions ponctuelles, de riches bourgeois vivant noblement ont également pu profiter avec régularité des opportunités offertes par les officiers des capitaineries qui affermaient des cantons de chasse éloignés des demeures et lieux fréquentés par le roi lors de son séjour dans les capitaineries comme certains témoins le rapportent.
Historiquement, une ordonnance de Charles VI datant de 1366, avait autorisé la chasse aux « bourgeois vivant de leurs rentes ». En 1601, une nouvelle ordonnance supprime cette disposition. Il n'en demeure pas moins qu'à l'aube de la Révolution un « marchand ou tout roturier possédant fief ou haute justice peut chasser et permettre à ses enfants ou amis de chasser sur ces terres ». Si le nombre d'intéressés fut vraisemblablement restreint, on voit bien qu'une certaine perméabilité des règlements, voire des aménagements négociés au cas par cas, a profité à des bourgeois avertis et aisés qui ont pu jouir d'une activité cynégétique - discrète car marginale et donc peu connue - sous l'ancien régime.
Bien que l'affermement du droit de chasse ait en principe été interdit, il était bien pratiqué et permettait à des roturiers aisés de chasser sur les grands domaines agricoles, dans les plaines céréalières ou dans les grands massifs boisés d'Île-de-France. Des arrêts réitérant cette interdiction ont régulièrement été pris, illustrant bien que les dispositions originelles restrictives étaient outrepassées.
Une certaine tolérance encadrait et limitait une pratique trop ouverte de l'affermement du droit de chasse. Cette tolérance constituait de facto une soupape de sécurité permettant aux uns de chasser et aux autres de percevoir une rémunération, mais générant aussi un flou aux contours variables.
Certains modes de chasse particuliers et n'entrant pas en concurrence directe avec les modes de chasse noble, par essence ostentatoires, étaient ainsi affermés par des propriétaires terriens et tolérés par le pouvoir. Celui-ci préférait légaliser et encadrer certaines pratiques précises et ainsi canaliser la chasse plutôt que d'avoir à lutter contre un braconnage d'ampleur qui aurait entraîné des tensions perpétuelles et incontrôlables. Ainsi J. Henriquez précise dans son Dictionnaire raisonné du droit de chasse, ou Nouveau code des chasses paru en 1784 qu'il « est défendu de l'affermer [la chasse] et de la comprendre dans le bail d'une terre mais qu'il est permis de louer la chasse aux lapins dans les garennes, considérée comme un objet de profit et de revenu et non comme un droit honorifique... qu'il est... permis de louer la chasse aux oiseaux de passages tels que les oies sauvages, canards, bécassines, pluviers, vanneaux... [et] ... que l'on considère comme un revenu casuel dont on ne peut tirer du profit que pendant quelques mois de l'année ; d'ailleurs, cette chasse ne se fait que sur les rivières, étangs et dans les endroits marécageux dès lors il n'y a pas lieu de craindre que ceux à qui on l'a louée tirent sur le gibier ordinaire... »
Certains roturiers bénéficiaient de ces dispositions pour pratiquer des types de chasse qui n'entraient pas directement en concurrence avec les modes cynégétiques nobles. Dans le droit fil de ces dispositions, un fermier pouvait être autorisé par le seigneur de fief à chasser . Il existait dans ces cas des formes d'accord entre les deux parties concernant la fourniture de gibier en échange du droit de chasse. Ce type de cession du droit de chasse pouvait également intervenir entre un seigneur de fief ou haut-justicier valétudinaire et un chasseur dont il était responsable, à condition de faire enregistrer cette décision au greffe de la maîtrise.
On voit que des tolérances et des déclinaisons locales permettaient de déroger au cadre législatif de l'ancien régime restrictif si l'on considère uniquement les fondements généraux de ce dernier.
Il existait bien, à l'aube de la Révolution, des formes de chasse roturières tolérées et dont les limites mouvantes reposaient sur des dispositions législatives circonscrites, des niches, que les usages locaux fondés sur des rapports de force, mais aussi le pragmatisme des acteurs en présence intégraient avec plus ou moins de discrétion et d'habileté à leurs profits respectifs. On peut aussi rappeler que les pratiques et les tolérances étaient différentes selon les provinces, puisque dans certaines régions du sud-ouest du royaume par exemple, les tolérances en matière de chasse étaient beaucoup plus lâches que dans d'autres. Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'aujourd'hui encore cette région est particulièrement attachée à ses particularismes locaux et qu'une forte pratique cynégétique y perdure.
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Le terrain de chasse du roi - Les capitaineries royales en Ile-de-France
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Le terrain de chasse du roi - Les capitaineries royales en Ile-de-France
L'ouvrage décrit le fonctionnement des capitaineries : leur évolution, les usages, l'organisation et l'importance de la chasse nobiliaire et royale.
Il présente ensuite les revendications du tiers état et les tensions dans le monde rural à l'approche de 1789. La pratique du piégeage et les circuits de braconnage y sont largement décrits.
Enfin, la partie sur la Révolution relate l'engouement désordonné des nouveaux citoyens chasseurs, les débats parlementaires qui accompagnèrent ces bouleversements, et les difficultés pour régir et organiser la pratique cynégétique dans un pays en plein bouleversement.
TABLE DES MATIÈRES
Préface de Jean-Noël Cardoux
Introduction
Première partie : La chasse et son évolution sous l'ancien régime
Deuxième partie : Protestations, cahiers de doléances et fièvres populaires
Troisième partie : La chasse sous la Révolution
Conclusion
Annexes
Bibliographie et sources
Editor's comments
Cet ouvrage découle du mémoire universitaire d'Alexis Hluszko, qu'il a soutenu en juin 1989, année du bicentenaire de la Révolution.