Entretien avec...
Laurence Lefebvre, chef du département Forêt de l’ONF, à propos des prévisions de récolte
Récolter régulièrement du bois est une opération d’entretien de la forêt tout autant qu’une activité économique. La gestion des coupes est organisée à travers "l’état d’assiette annuel des coupes".
L’exploitation des forêts est inséparable, en amont, de leur bonne gestion sylvicole, et en aval, de la commercialisation des bois. Comment se fait le lien entre les deux ?
Laurence Lefebvre : Le programme de gestion d'une forêt qui figure dans l'aménagement forestier prévoit les coupes à effectuer par an et les surfaces concernées.
Chaque année, nous validons et précisons la pertinence de ces prévisions initiales. Une visite sur le terrain permet de constater la réalité forestière et de confirmer les parcelles concernées par la récolte. C'est ce qu'on appelle "l'état d'assiette annuel des coupes".
Il faut savoir que le cadre réglementaire nous autorise à retarder ou à anticiper les coupes de plus ou moins cinq ans. Le directeur d'agence de l'ONF a donc la faculté de moduler la prévision de l'aménagement, ce qui donne une souplesse pour s'adapter aux circonstances écologiques ou économiques. Par exemple dans le cas d'importants aléas : un incendie, une tempête conséquente ou des dépérissements forestiers suite à une sécheresse.
Toutefois, si la souplesse dont nous disposons ne suffit pas pour faire face à de tels aléas, il est nécessaire de présenter une modification de l'aménagement lui-même, approuvé par les autorités compétentes selon l'ampleur de la modification du programme initial.
Comment prévoit-on les récoltes de bois ?
L. L. : Les prévisions de récolte des aménagements s'appuient sur des inventaires du capital forestier réalisés au niveau de la forêt. A partir de l'état d'assiette des coupes de l'ensemble des forêts dont il assure la gestion, chaque responsable local peut donc estimer la récolte probable de l'année. A une plus grande échelle, nous disposons d'un outil très précieux, l'Inventaire forestier national (IFN). Chaque année la forêt française est inventoriée de manière statistique, avec un point d'échantillonnage tous les 2.000 à 2.500 hectares.
Sont répertoriées notamment les essences qui composent le stock de bois sur pied, leurs dimensions et leur accroissement durant les cinq dernières années. Ainsi, les informations communiquées par l'IFN, synthétisées par grandes régions, et confrontées aux prévisions des services locaux, nous aident à cadrer les objectifs annuels de récolte.
Cet inventaire national représente donc un instrument de pilotage pour l’ONF ?
L.L. : En terme de prévision de récolte, oui. Il nous permet, à l'échelle de grands massifs, de nous adapter à la production biologique de bois, qui s'accroît du fait du changement climatique et de l'augmentation du taux de carbone dans l‘atmosphère. Lors des vingt dernières années, la récolte a de fait été inférieure à la production biologique, et le stock de bois sur pied a augmenté, en dépit des grandes tempêtes de 1999 et 2000. Cet inventaire révèle les massifs qui ont vieilli ou sur lesquels il y a eu des prélèvements insuffisants.
Nous en tenons bien sûr compte pour situer le niveau de prélèvement et pour identifier les zones où le prélèvement est à rééquilibrer, dans le cadre de notre objectif d'accroissement de la récolte globale de bois, à la fois éco-matériau et source d'énergie renouvelable.
Comment, par rapport à ces paramètres locaux et nationaux, le sylviculteur arrive-t-il à s’adapter aux réalités du marché commercial ?
L.L. : Le forestier doit réussir à commercialiser l'ensemble des produits de la forêt en dépit des fluctuations du marché, à présent international.
Pour certains produits, tels que les chênes de futaie, la demande est constante et supérieure à notre offre : mais nous ne mettons cependant en marché que ce que permet la gestion durable. Pour d'autres produits, et c'est le cas du bois d'œuvre de hêtre, la demande enregistre des variations assez fortes d'une année sur l'autre : nous adaptons alors notre mise en marché sur une période de quelques années.
Le développement de contrats pluriannuels entre l'ONF et les scieurs, leur garantissant un approvisionnement régulier, permet d'atténuer les fluctuations de la demande. Ces contrats peuvent concerner du bois d'industrie, comme du bois énergie qui connaît un fort regain d'intérêt lié au renchérissement du prix du pétrole, ce qui permet de mobiliser des petits bois et d'intervenir plus tôt en éclaircie dans les jeunes peuplements, pour favoriser leur croissance.



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