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Fiches descriptives de champignons

Taille, chapeau, pied, habitat, odeur... : ces fiches classées par ordre alphabétique donnent une description précise des caractéristiques des principales espèces de champignons de nos régions. Un chapitre est consacré aux polypores, ces champignons qui poussent sur les troncs d’arbres.

Fiche champignon : Amadouvier

Fomes fomentarius (L. : Fr.) Fr.

Description

© Gérald Gruhn / ONF

Ce polypore à fructification coriace en forme de console plutôt massive, peut atteindre jusqu'à 40 cm de long pour un poids de 2kg.

Sa forme rappelle souvent celle d'un sabot (ongulée). Sa face supérieure est lisse, zonée par l'addition des couches annuelles successives, brun foncé, ocre-brun à rouge-brun dans la jeunesse, puis gris clair à brun pâle. La marge (frange de la fructification) est obtuse, blanchâtre en période de croissance.

L'hyménium (face inférieure fertile) est crème au début, puis ocre clair à brunâtre ou grisâtre. Il se fonce légèrement au toucher. Les pores sont arrondis et de petite taille (3 à 5 par mm).

L'Amadouvier est amer au goût et dégage une odeur agréable de champignon.

C'est une espèce pérenne qui se rencontre toute l'année sur des troncs de hêtre, aussi bien morts que vivants. On peut également rencontrer l'Amadouvier plus rarement sur d'autres feuillus (peuplier, saule, marronnier, platane) et de manière exceptionnelle sur résineux. Lorsque les fructifications apparaissent, l'arbre est condamné à court terme.

Chez cette espèce, les vieux champignons âgés de plusieurs années abritent des colonies d'insectes (familles des Ciidae, des Tenebrionidae...).

 

Confusions possibles

L'Amadouvier peut être confondu avec le polypore marginé (Fomitopsis pinicola (Fr.) Karsten) qui préfère le résineux et dont le bord de la fructification est jaune-orangé.

Ne pas confondre non plus avec le « Fomes » du forestier (Heterobasidium annosum (Fr.) Bref.) qui lui est un décomposeur du bois d'épicéa et un pathogène du pin.

La confusion avec le Phellinus nigricans (Fr.) Karten est également possible mais ce dernier a des pores arrondis (5 à 6 par mm) et sa face supérieure presque noir est fendillée. Il vient de plus sur bouleau, ce qui est rare chez l'Amadouvier.

 

Importance forestière

© Gérald Gruhn / ONF

Le rôle de l'Amadouvier est très contrasté.

D'un point de vue strictement forestier, il s'agit d'un parasite. Le champignon s'installe à l'occasion d'une blessure et infecte rapidement les tissus.

En l'absence de fructification, on peut parfois détecter les zones envahi par le mycélium grâce à des nervures longitudinales sur l'écorce (le bois prend alors un son de "tambour" à la frappe d'un maillet). La dégradation du bois est très rapide, produisant un décollement des cernes et une fragilisation de la structure. A terme, il décompose le bois en pourriture blanche.

Rien ne peut entraver la dégradation mécanique d'un arbre parasité.

Par contre, d'un point de vue environnemental, l'abondance de l'Amadouvier dans une hêtraie traduit sa naturalité. De récentes études indiquent que cette espèce est indicatrice d'une bonne diversité en champignons.

Ainsi, certains arbres hôtes pourront être laissés en place en forêt, lorsqu'ils ne présentent pas de risques particuliers pour le public. Aux abords des sites fréquentés (routes, sentiers, parking...), ils seront par contre abattus systématiquement.

Particularité : le géotropisme de l'Amadouvier

© Hubert Voiry / ONF

Sur certains arbres à terre, on peut distinguer la partie qui a poussé lorsque l'arbre était debout, de celle qui croît depuis qu'il est au sol.

L'orientation des couches successives du champignon est différente car il présente son hyménium fertile toujours vers la bas afin de le protéger des intempéries et de permettre une meilleure diffusion des spores.

Parfois même, la croissance de champignon est moindre depuis la chute la grume et on a l'impression qu'un deuxième champignon plus petit a pris le relais.

 

Usage

L'Amadouvier a connu de nombreuses utilisations en médecine au cours des siècles en raison notamment de ses vertus cicatrisantes.

© Gérald Gruhn / ONF

© Patrick Blanchard / ONF

Un peu d'histoire

L'usage du feu remonte à une époque très reculée - 500000 ans. Elle est attestée par la présence de foyers organisés (cercle de pierre, présence de charbon). Mais nous ne pouvons savoir si nos lointains ancêtres connaissaient dès cette époque le secret de sa fabrication et n'utilisaient que le feu accidentel ou naturel.

Par contre des « briquets » archéologiques comprenant un nodule de marcassite (à gauche sur la photo) et une pierre en silex (à droite sur la photo) ont été retrouvés jusque vers -18000 ans, ce qui prouve de façon certaine la maîtrise du feu.

Un homme du chalcolithique (ou âge du cuivre) trouvé dans un glacier autrichien portait sur lui un morceau de pyrite, un silex et un champignon : l'Amadouvier.


Un peu de technique

On frappe le silex contre un morceau de pyrite ou de marcassite (sulfures de fer) pour provoquer une étincelle venant se poser sur un tas d'amadouvier réduit en poudre par raclement avec un outil de pierre.

Dès que l'étincelle crée un point incandescent, il suffit alors de souffler doucement sur ce point, soit directement, soit par l'intermédiaire du chalumeau en roseau. Lorsque la poudre d'Amadouvier est bien sèche, il faut en moyenne 3 à 4 essais pour obtenir un foyer.

Ressources