+ de critères

 

3 questions à... Hubert Voiry, animateur du réseau mycologie de l’ONF

Le réseau mycologie de l'ONF a été créé en 2004 et compte aujourd’hui 12 membres à travers la France.
Hubert Voiry est aussi ingénieur au service patrimonial de l’Agence ONF Vosges Montagne.

La mycologie à l’ONF, une nouveauté ?

Hubert Voiry : Non, bien sûr. Les champignons font partie de la vie de la forêt et du bois. Les forestiers cohabitent avec depuis longtemps. Mais la création de ce réseau allait de pair avec les préoccupations de l'ONF en matière de biodiversité, au même titre que les inventaires de faune ou de flore, le réseau de réserves biologiques dirigées et intégrales ou la participation active au réseau Natura 2000.

Il était logique que l'ONF, gestionnaire de plus du quart de la forêt française, se dote d'une structure pérenne pour prendre en charge un enjeu naturaliste mais aussi scientifique, sociologique et économique. Et s'organise pour sensibiliser toujours plus les forestiers à l'importance des champignons.

Quels sont justement les enjeux ?

Le réseau mycologie se réunit une fois par an pour échanger, se perfectionner et réaliser des inventaires (ici à Fontainebleau en 2005)
Le réseau mycologie se réunit une fois par an pour échanger, se perfectionner et réaliser des inventaires (ici à Fontainebleau en 2005)

H. V. :  On peut dire en schématisant : sans champignons, pas d'arbres et donc pas de forêt ! Donc l'enjeu est de taille pour les forestiers. Mais la mycologie et en particulier l'écologie des champignons est une science difficile qui conserve encore un voile de mystère. Les connaissances sont encore partielles et l'influence des techniques sylvicoles relativement peu connues, mais cela progresse. Notre réseau de spécialistes est une réponse intéressante pour se tenir au courant.

Au départ, les membres du réseau ont acquis une connaissance taxinomique générale en adhérant à une association. A présent, nous cherchons à nous perfectionner dans la connaissance des champignons du bois (polypores et espèces voisines) et dans la recherche d'espèces indicatrices de continuité forestière. Ceci est cohérent avec l'orientation des autres réseaux naturalistes et avec la connaissance des associations mycologiques davantage centrée sur les champignons à lames.

Nous servons aussi d'interface entre l'ONF, les associations regroupées au niveau régional et national, et les chercheurs ou universitaires. Les nombreuses associations sont composées de personnes qui ont une très bonne connaissance taxinomique et qui font beaucoup d'observations. Cette veille nous permet d'être à l'écoute des connaissances, des programmes de recherche, des publications...

Quel est votre programme de travail ?

H.V. : En résumant, l'objectif c'est de mieux prendre en compte la biodiversité fongique dans la gestion. Pour cela, il faut réaliser des inventaires, mettre au point des protocoles, organiser des formations.

Mais en matière mycologique, beaucoup reste à construire en France et on ne peut y aller seul. C'est pourquoi nous avons signé une convention avec la Société mycologique de France (SMF), organisme fédérateur des associations qui a aussi une expérience en inventaire mycologique à travers les placettes RENECOFOR. La SMF met au point un référentiel national qui permettra de disposer d'une base taxinomique et de réaliser des analyses patrimoniales

Nous travaillons aussi avec les chercheurs ou universitaires qui sont intéressés par une coopération dans un domaine où les spécialistes sont rares. Nous avons établi des relations privilégiées avec trois laboratoires de recherche fortement impliqués dans l'étude fondamentale et appliquée des macromycètes forestiers :

  • le laboratoire de l'Inra à Bordeaux étudie le déterminisme de la fructification du cèpe, les traitements sylvicoles améliorant et la mycorhization d'espèces comestibles. Leur réseau d'observation et d'expérimentation compte des placettes en forêt privée et soumise
  • celui de Nancy étudie la génétique et la biodiversité des communautés fongiques et des truffes et la mycorhization contrôlée à objectif production de bois. La coopération avec l'ONF est ancienne : réseau de placettes expérimentales, projet Cenococcum...
  • le laboratoire du CNRS de Montpellier étudie la diversité génétique et géographique des lactaires à lait coloré, la mycorhization à objectif bois et à objectif champignon et nous mettons en place des collaborations.

Nous organisons aussi des stages d'initiation pour diffuser de la connaissance en interne. Nous avons enfin contribué à la mise au point un Cd rom qui intéresse les experts du réseau Arbre Conseil® de l'ONF.

En inventaire, nous avons réalisé en 2005 et 2006 avec des spécialistes de la SMF les inventaires des champignons sans lames dans les célèbres réserves de Fontainebleau. Un groupe qui nous intéresse plus particulièrement. Nous avons aussi commencé à tester un protocole d'inventaire de champignons lignicoles dans une réserve biologique des Alpes. Enfin, nous travaillons avec l'aide du Cemagref à la mise au point d'un protocole mycologique centré sur les lignicoles pour évaluer l'impact de la gestion sur la biodiversité fongique.

Ressources