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A la découverte Des phéromones pour lutter contre la processionnaire du chêne

Néfaste pour les chênaies, urticante, allergisante… la chenille processionnaire du chêne est un véritable parasite. Dans plusieurs forêts de Moselle, l’ONF et l’INRA tentent de lutter contre ce nuisible à l’aide de phéromones.

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© Jean-Pierre Chasseau / ONF

La processionnaire du chêne, qu’est-ce que c’est ?

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© Thierry Lamant / ONF

La processionnaire du chêne est un papillon dont les chenilles consomment les feuilles de chênes. Celles-ci peuvent affaiblir les arbres, voire provoquer leur dépérissement si elles sont associées à d'autres facteurs. La processionnaire possède par ailleurs des poils urticants pouvant provoquer d'importantes réactions allergiques, troubles oculaires ou encore respiratoires. Invisibles à l'œil nu, ces poils gênent bûcherons, sylviculteurs et forestiers, mais aussi promeneurs et habitants des villages voisins. Présentes en Lorraine, en Champagne ainsi qu'en région parisienne, ces chenilles sont de véritables nuisibles qui s'attaquent principalement aux chênes sessiles et pédonculés.

Un partenariat ONF – INRA pour lutter contre la processionnaire

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© Lilian Micas / ONF

Depuis l'été 2016, l'ONF et l'INRA mènent en partenariat des expérimentations en forêts domaniales de Moselle. Sept parcelles de 10 hectares, infestées de processionnaires du chêne, ont été mises à disposition des chercheurs de l'INRA d'Avignon par l'ONF. Les phéromones synthétiques se sont déjà révélées efficaces contre la processionnaire du pin, l'objectif est de transposer cette méthode à sa cousine, la processionnaire du chêne. "Après 4 ans de recherches, une phéromone efficace contre la processionnaire du chêne a été trouvée. Les expérimentations en forêts de Moselle sont en cours, elles donneront leurs résultats définitifs en 2019" explique Hubert Schmuck, chef de projets complexes environnement santé des forêts.

Des phéromones pour provoquer la confusion sexuelle

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© Nathalie Petrel / ONF

Deux méthodes sont utilisées avec les phéromones. La première, dite de confusion sexuelle, consiste à inonder l'atmosphère de phéromones artificielles grâce à des diffuseurs. Cette opération se déroule de fin juillet à fin août, période durant laquelle les papillons se reproduisent. "Ainsi, il y a tellement de phéromones dans l'air que les papillons mâles ne retrouvent pas les femelles, qui en émettent naturellement, et ils ne peuvent plus se reproduire" détaille Hubert Schmuck. L'autre méthode consiste en un piégeage de masse. Des bombonnes abritant des capsules de phéromones sont disposées en forêt. Elles attireront les mâles qui seront alors piégés.

Remplacer les méthodes aux pesticides

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© Didier Auger / ONF

Jusqu'à aujourd'hui, la lutte contre la processionnaire du chêne impliquait l'utilisation du bacille de Thuringe, un insecticide biologique homologué. Appliqué par épandage, ce traitement phytosanitaire est sans danger pour les hommes et les mammifères, mais présente l'inconvénient d'agir indifféremment envers plusieurs types de papillons. En outre, "depuis le Grenelle de l'environnement, l'utilisation des produits phytosanitaires a été réduite. Qui plus est, les récentes évolutions du code de l'environnement interdisent l'utilisation de l'épandage aérien pour les usages phytocides". Une autre technique consistait, moyennant les protections adéquates, à grimper à l'arbre pour descendre et brûler le nid. Une opération couteuse et au risque de contact urticant important.

Les phéromones, une technique très prometteuse

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© Philippe Lacroix / ONF
Les phéromones utilisées contre la processionnaire du pin se sont avérées très efficaces. Elles ont passé le stade de l'expérimentation et commencent désormais à être commercialisées. Cependant, "les phéromones utilisées contre la processionnaire du chêne ne sont pas les mêmes que pour celle du pin. On ne peut pas assurer leur succès, tempère Hubert Schmuck. En outre, avec la processionnaire du chêne, on change d'échelle, les phéromones sont utilisées sur un contexte de massif". Malgré tout, cette technique semble très "prometteuse". Résultats attendus en 2019 !

Lutter contre la processionnaire du pin au Paint-ball

Expérimentation INRA en partenariat avec le CD06 Col Eze 2016.
Expérimentation INRA en partenariat avec le CD06 Col Eze 2016. © Jean-Claude Martin / INRA

Afin de réguler les populations de chenilles de processionnaire du pin par confusion sexuelle, les sociétés M2i Life Science et Nufarm ont mis au point, en partenariat avec l'INRA d'Avignon, une nouvelle technique de diffusion de la phéromone appelée « Pheroball ».

Des capsules de phéromones sont projetées sur le tronc des arbres infestés et des arbres voisins à l'aide d'un fusil de « Paint-ball ». Fixées sur l'écorce à environ 6 mètres de haut, la phéromone se diffuse hors de son enveloppe pour une durée allant de 90 à 140 jours.

Si les tests menés jusqu'à présent ont révélé l'efficacité prometteuse de ce dispositif, le coût de production des billes de phéromone reste tout de même élevé (environ 1 euro la bille) et le taux de phéromones qu'elles contiennent doit encore être ajusté pour augmenter le pouvoir confusif. La recherche continue donc pour améliorer ce projet novateur. Une autorisation de mise sur le marché provisoire a été accordée permettant ainsi la poursuite de l'amélioration de cette méthode.


L'ONF
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