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actu La pollution affecte les champignons mycorhiziens dont les arbres dépendent pour se nourrir
18/06/18

Les champignons mycorhiziens, auxiliaires importants des arbres, sont sensibles à la pollution azotée à partir d'un niveau bien plus faible que le seuil critique communément admis. C'est ce qu'ont pu révéler des chercheurs anglais en explorant la diversité de ces espèces sur des sites du réseau Renecofor* et de réseaux d'observation homologues d'une vingtaine de pays, à l'échelle européenne. Cette étude d'une ampleur inédite a été publiée le 6 juin dans la revue Nature.

Boletus subtomentosus
Boletus subtomentosus © Laura M. Suz / Kew Gardens
  • Une communauté d'espèces importante mais encore méconnue

Les arbres sont dotés de racines prolongées par de longs réseaux de champignons, appelées mycorhizes. Ces associations sont basées sur l'échange entre le carbone capté par les arbres dans l'atmosphère, et l'eau et les minéraux puisés dans le sol par les champignons. La nutrition des arbres en dépend. Mais tandis que celle-ci montre d'inquiétants signaux de dégradation en Europe. La diversité des mycorhizes demeure méconnue, surtout à de vastes échelles géographiques. Difficile alors de tenir compte de ces importants auxiliaires écologiques dans la gestion forestière et de prédire la réponse des écosystèmes aux changements globaux. On sait, par les inventaires de leurs parties émergées (carpophores), que la reproduction de certains champignons est sensible aux variations environnementales, mais ce qui se trame sous terre... leur croissance et leur association avec les racines est nettement moins clair.

  • Un long travail d'inventaire taxonomique

Les chercheurs de l'Imperial College de Londres et des Jardins botaniques royaux de Kew ont parcouru les forêts européennes pour identifier les champignons présents sous forme de mycorhizes sur les racines des arbres. Ils se sont appuyés sur les sites du programme international ICP Forests, l'un des réseaux de suivi environnemental les plus riches en observations et les plus étendus au monde, dont fait partie Renecofor*.

En dix ans, ils ont analysé un total de 40 000 mycorhizes à partir de 13 000 échantillons de sol prélevés sur 137 sites répartis dans 20 pays, sous le couvert des essences les plus répandues en Europe (hêtre, chêne, épicéa et pin sylvestre). Puis ils ont examiné les variations des communautés de champignons mycorhiziens en fonction des conditions environnementales mesurées sur ces sites.

  • Un seuil critique de pollution plus faible que prévu

Les résultats révèlent notamment un impact significatif des dépôts atmosphériques de polluants azotés. Au-delà d'un seuil de dépôt de 5-6 kg/ha/an d'azote, les communautés de champignons mycorhiziens sont modifiées au détriment d'espèces capables de mobiliser l'azote présent dans les matières organiques du sol, et au profit d'autres espèces moins avantageuses pour l'approvisionnement des arbres en nutriments. Or ce seuil de dépôt d'azote s'avère bien inférieur au seuil critique couramment admis en Europe (10-20 kg/ha/an).

  • Une reconnaissance du travail d'observation des écosystèmes forestiers

En explorant une composante méconnue de la biodiversité, cette étude illustre la complexité des impacts à attendre des changements globaux sur les forêts. Elle montre aussi la valeur acquise par les réseaux installés en Europe depuis 30 ans pour suivre les écosystèmes forestiers dans toutes leurs composantes (arbres, sol, atmosphère, diversité d'espèces). Une telle étude n'aurait pas vu le jour sans un tel support, et c'est là une belle reconnaissance du travail accompli par tous les acteurs impliqués, dont les agents de l'Office national des forêts en charge des sites Renecofor*.

Référence : Sietse van der Linde et al. Environment and host as large-scale controls of ectomycorrhizal fungi. Nature. 6 juin 2018.


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